Gaz de France touché par la crise gazière Russie-Ukraine

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Gazprom s'est engagé à réapprovisionner ses clients européens dès demain soir, suite au recul de leurs livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine. Accusé par Moscou, Kiev nie avoir prélevé du gaz destiné à l'Europe mais menace de le faire si les températures baissent.

La crise politique majeure qui a éclaté ce week-end entre Moscou et Kiev commence à faire sentir ses effets dans toute l'Europe. Alors que le géant gazier russe Gazprom a mis hier à exécution sa menace de couper ses livraisons de gaz à l'Ukraine, les retombées du conflit sur les pays voisins sont déjà palpables. L'Europe reçoit plus du quart de ses besoins en gaz via le gazoduc ukrainien. Alors qu'une salve de pays d'Europe de l'Est, dont la Hongrie, l'Autriche, la Pologne et la Croatie, ont tour à tour annoncé ce matin un recul de leurs approvisionnements en gaz russe transitant par l'Ukraine, les grandes économies de l'ouest ont dressé cet après-midi des constats tout aussi alarmants.

Gaz de France a fait part cet après-midi d'une diminution de 25 à 30% de gaz russe livré. "Malgré les mesures prises et anticipées par le groupe pour faire face à la situation, nous sommes préoccupés au cas où la réduction des volumes contractuels de gaz en provenance de Russie devait se prolonger.(...) Nous espérons que cette diminution des livraisons sera passagère car elle se produit au coeur de l'hiver", a déclaré le président de GDF Jean-François Cirelli. La Commission européenne a prévu une réunion d'experts mercredi pour se pencher sur les conséquences de ce conflit.

Afin de rassurer les esprits, le géant gazier russe Gazprom a garanti sans conditions en fin de journée l'approvisionnement de l'Union européenne dans les 24 heures. "Demain soir, les livraisons de gaz en Europe seront totalement rétablies conformément à ces contrats", a déclaré le vice-président de Gazprom Alexandre Medvedev, cité par les agences russes. Gazprom a décidé d'envoyer dans le gazoduc destiné aux consommateurs européens 95 millions de mètres cubes de gaz supplémentaires par jour pour compenser les "prises illégales" de Kiev, a précisé Alexandre Medvedev.

Accusé par Gazprom d'avoir prélevé en une journée 100 millions de mètres cubes de gaz destinés à l'Europe, l'Ukraine n'a cessé de démentir cette information... tout en menaçant d'effectuer des prélèvements en cas de baisse des températures. "Si les températures passent en-dessous de zéro, moins trois ou moins cinq degrés, nous allons consommer du gaz russe que nous recevons en paiement de son transit conformément aux conditions contractuelles existantes" avec le gazier russe Gazprom, a déclaré le ministre de l'Energie Ivan Platchkov, cité par l'agence Interfax-Ukraine.

Le monopole semi-public Gazprom a commencé hier à couper progressivement ses livraisons à l'Ukraine après le refus de ce pays d'accepter le quadruplement du prix de gaz. Cherchant à désamorcer le conflit, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, a estimé ce matin sur LCI que la Russie et l'Ukraine devaient payer leur énergie au prix du marché. Pour son deuxième jour à la tête du G8, la Russie voit son image ternie par cette querelle, interprétée comme sa revanche sur une Ukraine devenue pro-occidentale depuis l'arrivée au pouvoir de Victor Iouchtchenko. Non seulement Vladimir Poutine remet en cause le bien-fondé de la politique de bas prix accordé du temps de l'Union Soviétique, mais nul doute qu'il cherche également à éviter un effet de contagion de la révolution orange aux pays voisins, dont la Biélorussie et la Russie elle-même.

Déjà affaibli par le ralentissement économique dont souffre actuellement l'Ukraine, Victor Iouchtchenko pourrait pâtir de ce nouvel obstacle lors des prochaines élections en mars. Reste que si Kiev se trouve extrêmement dépendant de la Russie pour son approvisionnement en gaz et ses exportations de métaux, en particulier d'acier, la Russie apparaît également tributaire de la république ukrainienne, par laquelle transite l'essentiel de ses exportations à destination de l'Europe. Il est probable, dans ces conditions, que le bras de fer entre les deux pays limitrophes se soldera par une augmentation plus modérée des prix du gaz russe à destination de l'Ukraine.

Les répercussions ne se sont pas faites attendre sur les marchés. A Londres, le prix du gaz naturel a bondi de 8% dans la journée. "Parce qu'ils peuvent se substituer au gaz, le pétrole et l'électricité devraient connaître la même envolée demain lorsque ces marchés rouvriront", indique Dominique Barbet, chez BNP Paribas. L'économiste précise que le gaz russe représente 30% de la consommation allemande, et près d'un quart de la consommation italienne et française.

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