Le bilan de la Présidence française de l'UE passé au crible (2/3)

 |   |  907  mots
Alors que la Présidence française de l'UE touche à sa fin, EurActiv.fr fait le point sur les avancées et les prochaines étapes des dossiers qui figuraient au rang des priorités annoncées de la PFUE. L'accord sur le paquet énergie-climat à été salué, mais qu'en est-il de sa mise en œuvre? Quant à l'Europe de la défense, ses marges de progression sont importantes.

Climat ? « L?Europe toute seule ne stabilisera rien »

«Nous n?y arriverons jamais» répétaient encore les négociateurs français du paquet énergie-climat au mois d?octobre dernier, tant la crise financière mettait en péril la conclusion du texte.

Qualifié, notamment par le président français, d?accord «historique», le paquet énergie-climat a cependant été vivement critiqué par les ONG de protection de l?environnement et les Verts européens. Pour arracher un accord aux pays d?Europe centrale et orientale, particulièrement à la Pologne, ainsi qu?à l?Allemagne, et relever le défi politique que la France s'était fixée pour sa présidence, «il fallait être capable de se coucher», estime Renaud Crassous, spécialiste de l'économie de l'environnement et des politiques climatiques au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired).

Il est vrai que le calendrier était serré. Présentées le 23 janvier 2008, les propositions de la Commission européenne sur le climat ont été adoptées en première lecture en un an. Une gageure pour un texte européen.

«Les affaiblissements importants subis par le texte seront graves si ces résultats sont gravés dans le marbre», souligne Renaud Crassous. Evoquant notamment le caractère «flou» de certains aspects, il ajoute: «Les industriels eux-même ne sont pas capables de savoir ce qu?ils feront. De plus, il n?est pas illogique qu?une entreprise aille produire de l?acier en Inde si ce sont les Indiens qui le consomment».

«Demander aux Polonais d?augmenter d?un coup le prix de l?électricité de 300% serait socialement irresponsable», a indiqué Nicolas Sarkozy, lors de la conférence de presse de clôture du Conseil européen le 12 décembre, pour justifier la mise en place de quotas gratuits dans le système d?échange de quotas d?émission. «Mais les prix de l?électricité vont, quoiqu?il arrive, augmenter de 300% en Pologne. Cela ne dépend pas des quotas d?émission», lance Bruno Crassous.

Reste la mise en ?uvre dans les Etats membres. «Un vrai défi», estime le chercheur. Si le gouvernement français s?est réjoui du vote du Grenelle 1 par l?Assemblée nationale en octobre, le Sénat ne l?a pas encore examiné. En tout, l?adoption des projets de loi Grenelle 1 et 2 pourrait prendre un an de retard.

Mais c?est surtout l?impact sur la scène internationale du compromis arraché par la Présidence française de l?UE qui pourrait se révéler crucial. «Si cet accord sert de levier et permet d?embarquer la Chine, les USA et l?Inde, on va gagner beaucoup en termes de baisse d?émission de CO2, souligne Renaud Crassous. L?Europe toute seule ne stabilisera rien».

Défense - "Les Britanniques sont restés figés"

"Face à l'ampleur des menaces et des crises, le développement d'une Europe de la défense efficace est une nécessité stratégique" avait annoncé Nicolas Sarkozy lors de ses v?ux au corps diplomatique en janvier 2008.

Pourtant, lorsqu?on lui demande si la Présidence française de l?UE a tenu ses promesses en matière d?Europe de la défense, Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l?Institut de Recherche Internationale et Stratégique, répond par la négative. Avant d?ajouter, toutefois, que «la configuration politique était telle qu?on pouvait s?y attendre». Avec une administration américaine en attente de nouvelles nominations et le traité de Lisbonne dans les limbes, la tâche était ardue.

Comment, dans ces conditions, surmonter «la suspicion que la PESD [politique européenne de sécurité et de défense] pourrait représenter un danger pour l'OTAN, dans une sorte de jeu à somme nulle, les progrès de la première marginalisant la seconde», s'interroge Justin Vaisse, maître de conférence à Sciences Po, dans une étude publiée par la Fondation Robert Schuman au mois de juin 2008.

Le refus de Gordon Brown de valider la création d?une cellule de commandement et de planification de l?UE illustre l?échec de la Présidence française sur ce point. «Cela aurait été une avancée majeure», souligne Jean-Pierre Maulny. Mais les Britanniques, selon lesquels cette structure doublonne avec l?OTAN, «sont restés figés sur le sujet». Une situation qui semble justifier la critique faite dès l?origine à la Présidence française de l?UE : donner des gages du réengagement de la France dans le commandement armé de l?OTAN a lié les mains du pays pour faire pression sur les Américains au sujet de la PESD.

Quelles sont aujourd?hui les solutions pour faire avancer la PESD alors que la crise économique risque d?entrainer un recentrage des dépenses d?armement au niveau national?

«Encore une fois le vrai progrès de l?Europe politique eut été cellule de commandement et de planification. Pour le reste des dossiers, on voit se dessiner cette idée de groupe pionner à géométrie variable et par projet sur les capacités. Pour le futur il faudrait néanmoins réfléchir à une avant-garde politique de quelques Etats qui serait beaucoup plus structurée politiquement avec des obligations juridiques et qui aurait compétence pour la sécurité collective», conclut Jean-Pierre Maulny.

Site Euractiv.fr

Lire article 1/3

Lire article 3/3

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :