Des candidats aux européennes dénoncent les accords de partenariats entre l'UE et les pays en développement

Premier bailleur de fonds publics au monde, l'UE ne semble pas être à la hauteur de sa réputation. Loin d'être épargnés par la crise, les pays en développement ne supporteront pas une diminution de la solidarité internationale.

Les répercussions de la crise se mesurent jusque dans la politique européenne d?aide au développement. Face à ce constat, cinq "eurocandidats" ont été invités par Coordination sud, la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale, à débattre vendredi 15 mai au sénat. Au vu du montant des crédits engagés par les Etats membres, les ambitions consignées dans la stratégie européenne pour l?Afrique d?octobre 2005 risquent de rester lettre morte.

"L?objectif visant à porter l?aide publique à 0,56% de la richesse européenne ne sera pas atteint", prévient Jean-Louis Vielajus, président de Coordination Sud, posant ainsi les termes du débat. Il décline le sombre tableau de résultats enregistrés par les Etats membres: "l?Italie a réduit son aide de plus de 50% et la France est atone", regrette-t-il. Il nuance toutefois son propos en vantant l?action des "Etats vertueux", à l?instar de la Grande-Bretagne ou de l?Espagne, qui n?ont pas revu à la baisse le montant accordé aux pays en développement.

Le fléchissement des aides européennes augure un surplus de difficultés pour les pays pauvres. Ainsi que le signale Jean-Louis Vielajus, la crise récente des Etats développés est à relativiser, eu égard "aux deux années de crise que traverse l?Afrique". Il poursuit son réquisitoire implacable, martelant son discours de chiffres saisissants mais bien connus: «un milliard de personnes sous-alimentées cette année, 100 millions de personnes supplémentaires vivant avec moins de 1dollar par jour". "La crise financière ne vient pas du Sud mais il la subit", résume Jean-Louis Vielajus.

Effets pervers de la Convention de Cotonou

Si l'approche idéologique des candidats aux européennes diffère - Michel Barnier, tête de liste UMP en Ile-de-France, déplorant l?attitude "systématiquement hostile" à l?égard de l?Europe de Patrick Le Hyaric, qui mène la liste francilienne du Front de Gauche -, tous s?accordent à dénoncer les effets pervers des accords de partenariat économique (APE) prévus par la Convention de Cotonou signée le 23 juin 2000.

Les APE font en effet considérablement évoluer la nature des relations entre l'UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). En consacrant le libre-échange, ils abolissent les droits de douane sur les produits européens destinés au marché africain et mettent un terme aux dispositifs d?indemnisation des produits agricoles et des minerais. La suppression de ces avantages risque de déstabiliser les économies africaines déjà malmenées.

Abondant dans ce sens, Bernard Lehideux, numéro deux de la liste MoDem en Ile de France, a souligné que la négociation des APE avait été menée "par le commissaire en charge du Commerce et non du développement". Harlem Désir, qui mène la liste francilienne du PS, a saisi l?occasion d?épingler l?action de Michel Barnier. Celui-ci "promet d?augmenter les restitutions, ce qui est en totale contradiction avec la politique européenne de développement", a-t-il objecté. L?intéressé s?est défendu d?un tel projet, tout en restant pour le moins ambigu : "ce n?est pas la forteresse qui est la réponse mais nous devons préserver la préférence communautaire", assure-t-il.

Le débat s?est également attardé sur les modalités de la gestion des fonds européens octroyés au titre du développement. Selon Yannick Jadot, tête de liste d?Europe Ecologie dans la région Ouest, "l?aide est insuffisante mais surtout, elle ne bénéficie pas aux secteurs prioritaires comme l?éducation, la santé, l?agriculture vivrière ou la prévention des conflits". "Le parlement souhaitait que 20% de l?aide profite aux secteurs d?avenir mais la Commission n?a pas suivi", renchérit Bernard Lehideux. S?il est élu, le candidat du MoDem souhaite proposer "l?introduction d?un rapport du parlement européen sur la cohérence des politiques de développement."

Michel Barnier (UMP), fait des accords régionaux son cheval de bataille, sous la bannière "penser global, agir régionalement". Affirmant qu?il est nécessaire de "bâtir des politiques régionales intégrées", il appelle de ses v?ux la constitution de projets agricoles conjoints. "Ce n?est pas le libre-échange, ce n?est pas le commerce qui va nourrir l?Afrique."

Harlem Désir (PS), affiche l?ambition de mener "une politique dont l?objectif est le développement des pays partenaires". "Pendant très longtemps, on a lié l?aide à l?application de doctrines, ou à l?obtention de contrats visant la construction d?équipements collectifs par les entreprises du pays qui accordaient l?aide." Il souhaite revenir sur les APE, reprochant notamment à la Commission européenne de vouloir y inclure les accords sur les services. Une telle perspective contraindrait en effet les pays du sud à ouvrir leurs marchés aux multinationales européennes, "notamment pour le secteur de l?eau".

Yannick Jadot (Europe Ecologie), estime que les aides doivent en priorité être affectées "à la lutte contre le changement climatique" et que l?UE doit également accepter "le droit légitime des pays du Sud de revendiquer leur souveraineté alimentaire". Il s?est enfin attaché à dénoncer vivement l?issue du G20. Le sommet aurait, selon lui, permis de "donner des milliards au FMI et à la Banque Mondiale, qui ont porté la destruction des services publics dans les pays du sud, sans que l?on n?ait changé leurs mandats".

Bernard Lehideux (MoDem), opte pour une hiérarchisation des priorités: "la reconstruction de l?agriculture" est au premier rang de ses préoccupations, suivie de l?éducation et du développement des infrastructures. Il plaide également en faveur "d?une représentation de l?Union africaine au G20".

Patrick Le Hyaric (Front de gauche), fustige la stratégie des firmes multinationales, qui "achètent des terres dans les pays en développement pour produire des agrocarburants ou de l?huile de palme. Les multinationales réalisent 125 milliards de profit dans les pays africains, qu?elles rapatrient ensuite dans les paradis fiscaux. Alors que 30 milliards suffiraient pour redonner une bouffée d?oxygène au continent africain", assène-t-il.


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Commentaires 4
à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Je suis contre HADOPI,aux européennes je ne vais pas voter pour l'UMP qui à créé cette loi ! ! Les députés socialistes ont déposé mardi le recours au Conseil constitutionnel, et soulevé ainsi onze points d'inconstitutionnalité contre la loi Hadopi.l...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Depuis plusieurs semaines, agacés par la tenue des débats sur la loi Hadopi,les initiatiateurs du site DeputesGodillots.info dénoncent quotidiennement ceux des députés qui ne viennent pas dans l'hémicycle pour débattre et comprendre la loi mais simpl...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Nicolas Dupont-Aignan publie son nouveau livre sous licence libreTrès opposé à la loi Création et Internet qu'il juge faite pour "les amis du Fouquet's", Nicolas Dupont-Aignan met ses actes en accord avec ses paroles. Dans la perspective des élection...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Que vient faire la loi Hadopi dans cette rubrique. Il y a vraiment des polarisés (sans doute des pirates acharnés)

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