Propositions contestées de la France dans les négociations sur le climat

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Les propositions formulées par Paris pour dynamiser les négociations sur le climat, dans un mémorandum dont Euractiv.fr s'est procuré une copie, peinent à satisfaire les exigences des défenseurs de l'environnement.

La course au "leadership" va bon train en matière de climat. Jeudi 26 juin, lors du Conseil des ministres de l'Environnement qui s'est tenu à Luxembourg, Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a soumis à la discussion un mémorandum sur le climat. En une vingtaine de pages, le document propose un condensé de mesures destinées à obtenir "un accord idéal" au sommet de Copenhague, en décembre 2009.

Reprenant les objectifs qui font consensus entre les Vingt-Sept (limitation du réchauffement à 2°C par rapport au niveau préindustriel et réduction de 50% des émissions mondiales en 2050 par rapport à 1990), le texte s'attarde sur les volets-phares de la lutte contre le changement climatique, tout en réitérant l'idée portée par la France de développer les réseaux d'électricité en Afrique.

Mutisme sur le montant financier

Au c?ur des enjeux: le franchissement du cap de l'adaptation aux énergies renouvelables, aux technologies propres et à la prévention des risques environnementaux par les pays en voie de développement. La réalisation de ces objectifs est subordonnée au déploiement d'un financement conséquent, dont le mémorandum définit les finalités mais non le montant.

Une lacune que les ONG de défense de l'environnement n'ont pas manqué de dénoncer. C'est le propre de la France de délivrer "de beaux discours incantatoires", sans qu'ils ne se "traduisent par des gestes concrets", regrette Karine Gavant, chargée de campagne climat à Greenpeace France.

Le texte ne présente "rien de nouveau qui permettrait de lever les blocages sur le financement", renchérit Damien Demailly, son homologue du WWF France. Alors que le gouvernement français botte en touche, le premier ministre britannique Gordon Brown, a proposé le 26 juin, sans consulter ses partenaires, un plan de 100 milliards d'euros par an pour la période 2013-2020. Il a insisté sur la nécessité de "faire évoluer le débat actuellement dans l'impasse de chiffres hypothétiques vers une négociation active sur des [...] contributions réelles".

La France se contente de soutenir un mécanisme de répartition des efforts financiers calculé à partir des émissions historiques et actuelles de C02, puis pondéré par le PIB de l'Etat. Il s'agit donc de la copie exacte de la proposition mexicaine, accueillie favorablement en mai 2009 par les Etats membres du Forum des économies majeures (EurActiv.fr, 28/05/2009). Pour Karine Gavant, ce mode de financement ne doit pas occulter la proposition norvégienne, car les deux systèmes "peuvent se compléter", avance-t-elle. Le premier permet d'apprécier l'effort financier que chaque Etat doit fournir, alors que le second repose sur "une levée de fonds pérennes", grâce à la mise aux enchères des crédits d'émissions accordés aux pays industrialisés.

Une approche aventureuse et risquée de la lutte contre la déforestation

Le traitement reservé à la déforestation par le mémorandum français fait également l'objet de critiques. Celle-ci est une source majeure de gaz à effet de serre puisqu'elle génère 20% des émissions totales. Qualifié "d'inquiétant" sur ce sujet par Jérôme Frignet, chargé de la campagne forêt à Greenpeace France, le texte proposé par le gouvernement fait selon lui la part belle à "l'objectif d'absorption" de C02, mettant ainsi de côté le problème de la déforestation.

Cette dérive encouragerait les Etats à développer la culture de nouvelles plantations qui permettent de retenir le CO2, alors que l'objectif entériné par le Conseil de l'UE en décembre 2008 vise avant tout à réduire de 50% la déforestation tropicale brute à l'horizon 2020. Le responsable de Greenpeace France ne réfute pas les bienfaits de l'absorption, mais redoute que cette pratique n'ouvre la voie à la "multiplication de monocultures d'eucalyptus, par exemple, qui nuisent à la biodiversité".

Deuxième zone d'ombre : le mode de financement de la lutte contre la déforestation. A l'issue du Conseil de l'UE de décembre 2008, il était prévu qu'une contribution publique de 15 à 25 milliards permette de satisfaire l'objectif de limitation de la déforestation sur la période 2012-2020. Mais pour Jérôme Frignet, le mémorandum "opère un revirement aventureux", "en contradiction avec la position européenne".

Le texte propose, dès 2012, une prise en charge par le marché de l'objectif de réduction des émissions liées à la déforestation. Les Etats qui atteignent cet objectif se verraient octroyer des crédits d'émissions appelés à être revendus aux acteurs industriels des pays développés.

Le responsable de Greenpeace France redoute alors que "l'afflux de crédits ait un impact négatif sur le prix de la tonne de CO2", dont l'affaiblissement du coût découragerait l'adaptation des entreprises aux impératifs environnementaux. Une conséquence qui, selon lui, augmenterait le risque de voir la lutte contre le changement climatique escamotée par "la foi dans le marché [...], un outil de régulation qui ne fonctionne pas toujours", conclut-il.


Le site EurActiv.fr

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
les pandas seront ils bientôt de retour???

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