Fret ferroviaire : la libéralisation du secteur inquiète

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Alors que les syndicats de la SNCF appellent à la grève, ce mardi 20 octobre, notamment pour exprimer leur inquiétude sur l'avenir du fret, en Europe le secteur est plutôt morose.

Tout au long de l'année 2008, le fret ferroviaire a connu une dégradation constante, amplifiée, à partir du mois d'octobre, par les premiers effets de la crise économique mondiale. Résultat : un recul de 5% (trafic exprimé en tonnes/kilomètre*) par rapport à l'année précédente.

Depuis le début de l'année 2009, l'activité Fret de la SNCF est plutôt en difficulté, par rapport à la moyenne européenne. Le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a annoncé, mercredi 16 septembre, que l'Etat consacrerait plus de 7 milliards d'euros pour le fret ferroviaire d'ici à 2020.

Mais au-delà des chiffres, c'est la libéralisation du secteur qui inquiète. Entamée en 2007, conformément aux règles communautaires, la mise en concurrence du secteur a abouti à l'entrée de nouveaux opérateurs sur le marché français.

Au bout de deux ans, Véolia a ainsi conquis près de 10% du marché, avec 4,5 milliards de tonnes-kilomètres transportées en 2005, contre 37,03 milliards pour la SNCF. "Ce pourcentage est à peu près comparable à ce qui s'est passé en Allemagne au bout de la même période" après la libéralisation, analyse Alain Bonnafous, chercheur au laboratoire d'économie des transports.

Pour l'économiste, la branche Fret de la SNCF souffre de l'entrée en concurrence du secteur, essentiellement à cause de ses coûts de production, "supérieurs à 30% par rapport au reste du marché".

Evoquant l'avenir du secteur, il estime qu'"il n'y a aucune raison que les entrants se retirent, à moins qu'ils ne rencontrent des entraves très fortes". Car si les concurrents de la SNCF ont pu connaître, en 2007, certaines difficultés, notamment dans leur relation avec Réseau ferré de France (RFF), la situation s'est nettement améliorée aujourd'hui. "Un nouvel entrant n'a aucune difficulté quant à l'allocation par RFF de créneaux horaire pour le transport de marchandises, autrement appelés "sillons fret"", poursuit l'économiste.

Le précédent allemand

Mais pour Alain Bonnafous, la France demeure un "cas singulier" dans le paysage européen. "La France est le seul pays dont la part du chemin de fer est décroissante", explique-t-il. Selon lui, "le handicap de l'opérateur historique est très important". Il évoque notamment le "refus du changement".

En Allemagne, le mouvement est engagé depuis plus de dix ans. Récemment, une étude prospective, Fret 2030, a pronostiqué une croissance soutenue du trafic ferré, "avec un tonnage domestique stagnant, mais une augmentation des distances de transport", note un rapport du Conseil national des transports publié en janvier 2009.

Outre-Rhin, 318 opérateurs ferroviaires privés se partagent un réseau ouvert à la concurrence depuis 1994. Mais en réalité, 40 à 50 d'entre eux, réalisant 20% de part de marché, sont réellement actifs. Et la filière de fret ferroviaire de la Deutsche Bahn, la compagnie historique, est le deuxième opérateur derrière l'ukrainien UZ.

A Bruxelles, le parlement devrait examiner, dans les mois qui viennent, une proposition de règlement sur le fret en deuxième lecture. Le texte vise à mettre en place des corridors ferroviaires internationaux "pour un fret compétitif". La Commission propose la création d'au moins un corridor international par Etat membre d'ici à 2012. Aujourd'hui, seuls six corridors de ce type existent en Europe.

 

(*) Tonne-kilomètre : la tonne kilomètre est une des unités de mesure du trafic ferrovière et correspond au transport d'une tonne sur une distance d'un kilomètre.

 

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Commentaires
a écrit le 20/10/2009 à 14:38 :
Je pense que les salariés du Fret SNCF constituent une des pires corporations existantes actuellement... Pas étonnant que les coûts soient supérieurs de 30 % par rapport au privé, pour une qualité de service moindre !
a écrit le 20/10/2009 à 9:05 :
A "entreprise" singulière, cas singulier !! A ce stade ce n'est plus du handicap mais de la perte totale et irréversible d'autonomie...
a écrit le 20/10/2009 à 6:17 :
Que les salariés s'inquiètent, cela se comprend; mais les syndicats ne vont pas se battre contre les moulins à vent: ils SE DOIVENT d'expliquer aus salariés qu'il ne sert à rien de se dresser contre l'inéluctable et contre l'avenir; à eux, et ce n'est pas une sinécure, de trouver LA solution qui leur permettra de négocier le meilleur prix du travail du cheminot. Cela demande pas mal d'imagination; peut-on leur faire confiance, à eux qui vivent encore dans l'univers communiste, c'est toute la question.

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