Henri Sterdyniak : "la France et l'Allemagne sont engagées dans un combat autodestructeur pour la zone euro"

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Professeur associé à l'Université de Paris IX-Dauphine et économiste à l'OFCE, Henri Sterdyniak critique l'opposition franco-allemande sur la situation grecque et estime ridicule un éventuel recours au FMI par Athènes.

Est-il concevable de sanctionner un Etat qui est dans une situation de fragilité comme la Grèce ?

Le système de la zone euro n?est pas satisfaisant, ses règles sont inapplicables. Le pacte de stabilité et de croissance ne fonctionne pas. La France et l?Allemagne, ainsi que l?ensemble des Etats, ne l?ont pas respecté, il est difficile de punir la Grèce en sachant que l?on ne l?a pas fait pour les autres pays. Par ailleurs, la situation est particulière aujourd?hui dans un contexte de crise économique. Les déficits et l?augmentation de la dette publique que connaissent les Etats, dans la plupart des cas ne sont pas dus à leur irresponsabilité, mais au fait qu?il y a eu un dérèglement du système financier.

La Grèce a reconnu ses erreurs, et élaboré un programme. L?Europe ne peut avoir une autre stratégie que celle de l?indulgence pour les pêcheurs repentis. Il faut garantir que la Grèce restera dans la zone euro. Dans ce contexte les propos de la chancelière allemande sont contre-productifs et déplacés. Ils symbolisent précisément ce qu?il ne faut pas faire. C?est ce genre de déclarations qui sèment le doute sur les marchés.

Quelles peuvent être les mesures prises par l?UE ?

Les mesures à prendre sont extrêmement simples. Sur le court terme, il faut tout d?abord enregistrer les décisions que la Grèce a prises pour réduire son déficit public, et vérifier qu?elles sont effectivement suivies d?effets. Ensuite, il faut affirmer clairement que l?Union européenne est disposée à prêter à la Grèce à un taux satisfaisant, parce qu?elle considère qu?il n?y a aucun risque que la Grèce ne respecte pas ses engagements. On montrera ainsi aux marchés qu?ils font fausse route, ce sera un signe fort. Il faut garantir les dettes publiques, sinon on sera en permanence à la merci des marchés financiers. Ils sont avides et cherchent les failles. Dès qu?il y a une petite faiblesse, ils essayent de spéculer contre cette faiblesse. Il faut faire passer le message à ceux qui spéculent contre la Grèce, qu?ils perdront de l?argent, et que si demain ils spéculent contre l?Irlande, l?Espagne ou le Portugal ils perdront à chaque fois de l?argent.

A moyen terme, il faut remettre sur la table la question de la coordination des politiques économiques en Europe, pour éviter d?en arriver à ces situations. Ce n?est certes pas l?urgence, il faut déjà garantir aujourd?hui que la maison ne brûle pas, avant de s?attaquer au papier peint.

Selon vous, le recours au FMI contribuerait-il à aviver le feu, en envoyant un message négatif aux marchés ?

Ce serait ridicule à tout point de vue. Peut-on concevoir qu?une ville française ou un Etat américain fassent appel au FMI ? L?appel au FMI pour la Grèce serait contraire aux principes de la zone euro, qui est une zone monétaire unifiée avec une politique de change unique. L?ensemble des pays de la zone peut éventuellement faire appel au FMI, mais rien ne justifie qu?un pays seul fasse appel au FMI. La zone euro n?a pas besoin du FMI. Si la Grèce faisait appel au FMI, l?unité de la zone euro serait remise en cause. Ce ne serait pas un bon signe, cela signifierait que le FMI commence à rentrer dans les affaires européennes.


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Commentaires
a écrit le 07/04/2010 à 14:35 :
Excellente analyse d'un spécialiste clairvoyant.

Culpabilité du monde politique complaisant voire complice de toutes ces exactions financières.

Une notion très importante doit être inscrite dans la loi : celle de crime économique.
a écrit le 23/03/2010 à 14:01 :
"ne sont pas dus à leur irresponsabilité..." j'adore ! une petite visite chez Goldman sachs avec le gouvernement Grec et on en reparle cher professeur ! Quand on mélange économie avec escroquerie il y a de grandes chances que ça ne marche pas. C'est bien de juger le Capitalisme ou le Socialisme mais il faut surtout juger ceux qui détruisent ces types de sociétés. Ne pas sauver les banques privées atteintes de folie c'est ça le capitalisme et réguler via un état fort c'est ça le socialisme je n'ai pas à donner mon avis sur mes choix mais en tout les cas on voit bien qu'aux USA ou en Europe ce n'est pas de ça qu'il s'agit, il s'agit de la fin d'un système basé sur le non respect de l'une ou l'autre de ces options avec une sorte de mélange bidon qui permet tout les excès..
a écrit le 23/03/2010 à 11:53 :
"Peut-on concevoir qu?une ville française ou un Etat américain fassent appel au FMI ?"
Excellente question/remarque.
Un état américain ferme la moitié des écoles, licencie pompiers et médecins, mais ne demande pas l'aide du FMI.
Il faut libéraliser, c'est bon pour la planète.
a écrit le 23/03/2010 à 11:09 :
Quel militantisme anti-libéral ! les grecs ont chante tout l'ete, qu'ils dansent maintenant ! Laisser faire le FMI creera un choc salvateur aux yeux non seulement des politiques mais aussi des citoyens, qui sont tous bien moins pro-europeens qu'on veut bien l'entendre...

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