Nicolas Véron (Bruegel) : "le slogan de gouvernement économique européen est devenu vide de sens"

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Chargé de recherche et directeur du développement du "think tank" Bruegel, Nicolas Véron, revient sur le rôle des agences de notation et les conséquences de la crise pour l'UE.

L?UE tend à rejeter la responsabilité de la crise grecque sur les agences de notations accusées d?aggraver la crise en notant les Etats de façon irréaliste. Les agences de notation font-elles mal leur travail ?

De manière générale, les agences de notation ne peuvent pas être accusées d?être responsable de la crise grecque. En effet, les marchés ont revu à la baisse les anticipations sur la dette grecque bien avant que les agences de notation ne le fassent. Ce retard par rapport aux marchés est d?ailleurs habituellement le cas en matière de notation du risque souverain.

En revanche, je n?ai pas compris les raisons qui ont poussé les agences à choisir la journée d?hier [le 28 avril] pour dégrader la note de l?Espagne, compte tenu des turbulences qui avaient lieu sur les marchés financiers. Il n?y a évidemment pas de bons moment pour annoncer une dégradation de notes, mais on ne peut pas dire que les agences de notation étaient en quoi que ce soit à l?origine de l?inquiétude des investisseurs sur la soutenabilité de la situation budgétaire grecque.

L?UE est-elle coupable de ce qui arrive à la Grèce ? Tout le monde savait que la Grèce truquait ses comptes mais les Etats ont laissé faire?

Les Etats membres ont décidé d?avoir un système de décision publique incomplet en matière de politique budgétaire dans la zone euro. On peut donc dire que l?UE est responsable. Mais l?UE n?est jamais que la somme de ses Etats. Ce sont ces derniers qui se mettent d?accord sur les traités institutionnels.

Evidemment, Eurostat n?avait pas énormément de pouvoirs pour aller auditer les chiffres grecs. Compte tenu de la crise grecque, il faut espérer qu?à la suite des discussions en cours, une meilleure fiabilité des données Eurostat, basées sur des statistiques macroéconomiques nationales, verra le jour. Néanmoins, je crois que la Grèce est avant tout responsable du trucage des chiffres et n?a pas pris les mesures budgétaires qui auraient été nécessaires.

La crise grecque peut-elle vraiment activer la mise en place d?un gouvernement économique européen ?

Le slogan de gouvernement économique européen a été tellement rebattu qu?il est devenu vide de sens. Il faut être plus précis. Je pense qu?on est encore loin d?un budget européen avec une fiscalité européenne même si certains pourraient trouver cela souhaitable pour faire face à des situations comme celle de la Grèce. Mais, les Européens ont pour le moment fait le choix de conserver leur souveraineté budgétaire. La question est donc de savoir comment rendre le système durable et résistant face à un certain nombre de chocs.

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