Christian de Boissieu : "la baisse de l'euro est une bonne chose"

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Alors qu'une nouvelle réunion de l'Eurogroupe à lieu à Bruxelles et que le groupe de travail présidé par le président du Conseil européen sur la gouvernance économique de l'UE se met en place, le président du Conseil d'analyse économique, Christian de Boissieu, revient sur la baisse de l'euro.

L'euro a atteint son plus bas niveau depuis 2006. Est-ce grave ?

Je suis davantage préoccupé par les raisons qui sont derrière la baisse de l'euro que par la baisse en elle-même. La baisse de l'euro, aujourd'hui à 1,23 dollar, est une bonne chose car elle redonne de la compétitivité aux entreprises européennes. Lorsque l'euro valait 1,50 dollar, je trouvais cela inquiétant pour la compétitivité des entreprises et la croissance européenne. Donc, cet avantage là me parait l'emporter sur les inconvénients, qui sont aujourd'hui limités car il n'y a pas de vrai danger d'inflation. Par ailleurs, le niveau actuel de l'euro demeure au-dessus de sa valeur d'introduction en 1999 à 1,17 dollar. Le taux de change d'équilibre est enfin estimé autour de 1,10 dollar. Sur cette base, on peut considérer que l'euro reste surévalué. Cela me parait bon à prendre si l'euro se stabilise à ce niveau-là.

Les raisons pour lesquelles l'euro baissent me préoccupent davantage, à savoir la crise grecque, les doutes des marchés sur la capacité des pays européens à réduire rapidement leurs déficits et leurs dettes publics et à s'unir pour apporter une réponse convergente et solidaire aux problèmes. La France, l'Allemagne et d'autres pays européens divergent sur un certain nombre de sujets tels que l'application du plan de Bruxelles de 750 milliards d'euros. Les défis qui sont posés par la crise grecque, les effets de contagion et les incertitudes sur la zone euro elle-même nécessitent une Union européenne unie, pragmatique, convergente et solidaire. Si on y parvient, on pourra surmonter la crise actuelle.

Que mettez-vous derrière les mots "unie", "pragmatique", "convergente" et "solidaire" ?

L'Europe a été pragmatique avec le plan de 750 milliards car ce mécanisme de soutien n'était pas prévu par les traités européens sans être incompatibles. L'UE a donc pu apporter des éléments de gouvernance européenne. On peut regretter que l'Europe ait tardé à se mobiliser mais elle a été pragmatique à l'instar de ce qu'elle avait fait en octobre 2008 face à la crise bancaire.

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a écrit le 21/05/2010 à 8:18 :
Deux observations sur ces propos académiques: 1/ La baisse de l'euro ne redonne pas de la compétitivité à l'Europe. Elle redonne de la compétitivité à l'Europe hors Allemagne. L'Allemagne était parfaitement compétitive avec un euro plus cher du fait de l'imbrication de son industrie dans les pays d'Europe centrale et orientale. En acceptant la baisse de l'euro l'Allemagne fait une entorse grave et sacrificielle à sa philosophie économique,monétaire et sociale. 2/ Ce mécanisme de soutien "pragmatique" est absurde et n'était pas cautionné par l'Allemagne à juste titre. Notre voisin aurait préféré organiser l'insolvabilité de la Grèce face à ses créanciers. C'est à dire les faire renoncer à une partie de leurs créances. Ca aurait fait du bruit dans le monde de la finance et ça aurait fait réfléchir à deux fois les banques de faire du portage de dette souveraine avec effet de levier. Heureusement pour l'Europe et ironie du sort, il s'est avéré que les banques publiques allemandes détenaient un très gros paquet de dette grecque, ce qui a dissuadé à contre coeur Mme Merkel d'aller jusqu'au bout d'une décision de bon sens. D'où son accusation contre les banques d'avoir "extorqué" des milliards aux Etats.

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