Les Italiens dans la rue contre l'austérité à la Mario Monti

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Alors que l'opinion semble accepter la nécessité d'une intervention sur les comptes publics, les syndicats mobilisent massivement les salariés, notamment sur la question des retraites.

Ils manifestaient depuis des années en ordre dispersé. L'opposition à la cure d'austérité décidée par Mario Monti les a rassemblés. Les trois principaux syndicats transalpins Cgil, Cisl et Uil qui ensemble réunissent plus de douze millions d'adhérents ont appelé les Italiens à une grève générale de trois heures hier en fin d'après-midi, à la suite de l'échec d'une réunion de la dernière chance dimanche soir avec le président du Conseil. Les trois confédérations souhaitaient principalement que le gouvernement revoie la réforme des retraites annoncée le 4 décembre dernier dans le cadre du plan de rigueur et qui prévoit notamment un gel pour les deux prochaines années de l'indexation des pensions de plus de 960 euros par mois et une augmentation du nombre de cotisations nécessaires (à 42 ans pour les hommes et à 41 ans pour les femmes) pour partir en retraite. « Le gouvernement doit savoir que pour nous les 40 ans sont un chiffre magique et intouchable » avait mis en garde Susanna Camusso, la secrétaire générale de la Cgil, la plus puissante des confédérations.

Au cours de la réunion, dimanche, les syndicalistes ont également protesté contre l'introduction d'une taxe foncière appliquée à tous les propriétaires quel que soit leur niveau de ressources et plus généralement contre une cure d'austérité « socialement insupportable ». Selon les trois organisations, le gouvernement aurait pu notamment taxer davantage les gros patrimoines plutôt que de « frapper les plus démunis ». « Le gouvernement nous a écoutés mais il ne nous a fourni aucune réponse substantielle » ont déploré dimanche soir les responsables syndicaux. Le président du Conseil a réaffirmé que la « situation financière est extrêmement sérieuse » et qu'il considérait comme un « impératif le maintien du montant de la cure d'austérité (30 milliards d'euros) ainsi que la composition et la nature structurelle des mesures ». « Le plan de rigueur est une instigation à la rébellion », a proclamé hier, Raffaele Bonanni, le secrétaire général du syndicat « modéré » Cisl.

Indignation

Auprès de l'opinion publique, l'urgence d'une intervention sur les comptes publics est assez largement partagée, alors que la dette avoisine les 120% du PIB. Nommé il y a environ un mois, en pleine tempête financière, pour succéder à Silvio Berlusconi, Mario Monti continue d'ailleurs de bénéficier de la confiance d'une grande majorité de la population (65%). Mais dans le même temps 69% des personnes interrogées déplorent que la cure d'austérité soit inéquitable parce touchant d'abord « les travailleurs et les retraités ». L'augmentation de la TVA de deux points en 2012 est rejeté par 82% des Italiens, de même que la taxe foncière (à 68%), la hausse des taxes sur les carburants qui est déjà entrée en vigueur et l'augmentation de l'âge de départ en retraite (à 69%). Particulièrement pénalisés par la réforme, les salariés nés en 1952, s'indignent de la mesure dans la presse . Un homme qui atteindra 60 ans en 2012 ne pourra en effet partir en retraite qu'en 2018. « Nous y étions presque, il va falloir qu'on attende des années », estiment en susbtance et en choeur les victimes de la réforme.

Au parlement, Mario Monti continue sur le papier de disposer d'une large majorité. Mais les premières fissures apparaissent. Outre la populiste Ligue du Nord qui s'est placée dans l'opposition dès la formation du nouveau gouvernement et dont les dirigeants disent comprendre « les raisons des syndicats », l'Italie des Valeurs, le parti de l'ancien juge Di Pietro, qui a voté la confiance à Mario Monti, a annoncé en revanche qu'il n'approuvera pas la cure d'austérité. Hier, certains députés du Parti démocrate (centre-gauche) sont également descendus manifester alors qu'officiellement le PD soutient Mario Monti. Dans ce contexte délicat, ce dernier pourrait dans les prochains jours poser la question de confiance sur le plan de rigueur et, in-extremis, le ministre du Travail Elsa Fornero a indiqué hier soir qu'elle pourrait apporter quelques modifications à la réforme des retraites.

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Commentaires
a écrit le 13/12/2011 à 7:02 :
La rigueur est forcement plus contesté la ou les gens n'ont que de quoi survivre.
Il suffit de regarder dans les statistiques pour se rendre compte de la différence de revenus entre le Nord et le Sud.
Quoi d'étonnant donc que les peuples se révoltent.
La rigueur va accroitre les différences déjà existantes, alors que ce qu'il faut c'est une plus grande convergences des économies de l'Union Monétaire.
La tendance actuelle cependant va dans le sens contraire, les divergences ne font qu'augmenter et certains pays du Sud deviendront en fait, si nous n'intervenons pas, des républiques bananières.
(Le terme de république bananière désigne à l'origine un pays peu développé, dont l'industrie repose typiquement sur la seule production de bananes (olives), et dirigé par une petite ploutocratie autoritaire.) Comme c'est le cas déjà en Grèce et en Italie
Et c'est peut-être et même probable cela que l'axe franco-allemand veut.
On peut dans ces circonstances comprendre les Anglais qui de nouveau sont les seuls à refuser la dominance Allemande (servie et suivie par un Vassale fidèle?)

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