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ÉconomieUnion européenne

Comment l'Allemagne a évité le chômage par le "Kurzarbeit"

Romaric Godin

Publié le 19 janvier 2012 à 05:30 - Mis à jour le 19 janvier 2012 à 05:31

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Le chômage partiel a été la clé de la résistance du marché de l'emploi outre-Rhin en 2009. Mais la recette n'est pas forcément exportable en France.

Une des clés du "miracle de l'emploi" allemand a été la bonne résistance du marché du travail pendant la très profonde crise de 2009 où le PIB avait chuté de 5,1 %. Cette résistance a été en grande partie expliquée par les mesures de chômage partiel ("Kurzarbeit") qui ont permis de réduire le temps de travail sans augmenter le chômage. Au même moment, la France s'est entêtée dans les subventions aux heures supplémentaires, favorisant les réductions d'effectifs. Résultat : avec une réduction du PIB deux fois moins forte, la France a connu une envolée du chômage.

En Allemagne, il est normalement possible pour une entreprise de prendre des mesures de chômage partiel pendant 6 mois pour des raisons conjoncturelles lors d'une "baisse temporaire, considérable et inévitable de l'activité causée par des raisons économiques". Dans ce cas, l'agence fédérale de l'emploi (BA) paie 60 % à 67 % des salaires. Les entreprises ne peuvent y avoir recours que lorsque les autres mesures de réductions du temps de travail ont été épuisées, notamment les comptes épargne temps et la suppression des heures supplémentaires. En juin 2009, le gouvernement fédéral a décidé de rallonger la durée possible du Kurzarbeit à 24 mois. En juillet, il annonçait que la BA prendrait en charge la totalité des charges sociales des salariés placés en chômage partiel. Ces mesures, qui ont été depuis supprimées, ont permis aux entreprises industrielles allemandes d'attendre la reprise de leurs carnets de commande. Lorsque le rebond de la demande est intervenu à l'automne 2009, les entreprises sont progressivement sorties de ces dispositifs et ont ainsi pu traverser la crise sans avoir recours à des licenciements massifs. Au plus haut, plus de 1,1 million de salariés ont bénéficié de ces mesures. Fin 2010, ils n'étaient plus que 200.000.

Trois facteurs déterminants

Le succès du Kurzarbeit s'explique cependant par trois facteurs déterminants qui laissent sceptiques quant à son exportation pure et simple dans l'Hexagone. D'abord, il y a eu une volonté véritable des chefs d'entreprise d'éviter les suppressions d'emplois. Compte tenu des évolutions démographiques outre-Rhin, beaucoup d'entreprises sont confrontées à des pénuries de candidats dans des métiers techniques et ont donc évité de réduire inconsidérément leurs effectifs. Autre condition : une reprise rapide. Alimentée par les exportations, celle de l'Allemagne a été fulgurante dès 2009. Le chômage partiel, même subventionné, coûte en effet fort cher et n'est guère tenable sur le long terme. Autrement dit, si la récession avait été plus longue, l'Allemagne n'aurait sans doute pas échappé à des licenciements massifs. Enfin, dernière condition, celle du financement. En 2009, le déficit de l'assurance-chômage a atteint 14 milliards d'euros. En 2010, la BA a encore accusé un déficit de 8 milliards d'euros. Et si Berlin a bien versé 5 milliards d'euros à l'agence, l'essentiel a été assuré par la BA elle-même qui a utilisé les réserves constituées lors des années 2006-2007 où, après les réformes Schröder, elle avait dégagé de forts excédents.

Romaric Godin

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