L'Allemagne entre inquiétude et ouverture

Outre-Rhin, l'inquiétude domine les éditoriaux de la presse après la victoire de François Hollande et la CDU, le parti d'Angela Merkel, déjà menaçante. Mais le ministre des Affaires étrangères se montre conciliant.

3 mn

Guido Westerwelle, ministre allemand des affaires étrangères. Copyright AFP
Guido Westerwelle, ministre allemand des affaires étrangères. Copyright AFP

Le parti de la chancelière allemande, la CDU, n?a guère attendu pour défier François Hollande. A peine le nom du nouveau président de la République française connu, un porte-parole des conservateurs allemands, Andreas Schockenhoff, a enjoint le nouvel élu à « clarifier sa position sur la modification du traité budgétaire européen ». Et de mettre en garde le futur locataire de l?Elysée : « tout le monde veut une croissance durable en Europe, mais ceci ne doit pas se faire aux dépens de la politique de stabilité et de la discipline budgétaire, sinon il y aura de nouveaux accès de nervosité sur les marchés ». « La France doit ratifier vite le traité budgétaire », a-t-il conclu. Preuve supplémentaire de la mauvaise humeur qui doit régner à la chancellerie ce dimanche soir.

La gauche se réjouit

Pour autant, le ministre fédéral des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, ancien leader libéral, a dimanche soir ouvert une porte au nouvel élu. Tout en affirmant que le traité budgétaire était « décidé et devait être ratifié», il a affirmé vouloir travailler « étroitement avec Paris » à un « pacte de croissance ». Mais le même ministre a dans une interview à la Frankfurter Allegemeine Zeitung à paraître lundi insister sur sa méthode pour parvenir à la croissance : des réformes structurelles. Pas sûr que le nouvel élu français l?entende ainsi. Outre-Rhin, la victoire de la gauche française a clairement partagé les deux camps politiques. Le leader des Verts, Jürgen Trittin, y a vu une « défaite d?Angela Merkel », tandis que Sigmar Gabriel, le président du SPD social-démocrate, parlait d?un « vent nouveau en Europe ».

Les inquiétudes des éditorialistes

Du côté des éditorialistes de la presse allemande, c?est l?inquiétude qui dominait. François Hollande fait clairement peur, par exemple, au Rheinische Post de Düsseldorf qui consacre un long article aux conséquences de l?alternance en France. « Sur le banc des accusés du nouveau président, il y a la politique de consolidation budgétaire d?Angela Merkel », souligne-t-il. Pour lui, François Hollande, « veut, comme la gauche grecque, de la croissance avec plus de dépenses de l?Etat » quand il faudrait plus de flexibilité du marché du travail et un recul de l?endettement public. « François Hollande n?est pas le genre de personne à suivre un autre programme que celui qu?il a proposé dans la campagne », regrette-t-il avant de prophétiser : « l?Europe se trouve devant des temps difficiles ».

D?autres quotidiens, comme l?Offenburger Tageblatt ou le Westfalen Blatt de Bielefeld, avouent leurs « inquiétudes » devant le nouvel élu. La Frankfurter Allgemeine Zeitung, elle, prévient que François Hollande n?aura pas d?état de grâce » et qu?il sera très important pour lui de tenir ses promesses sur le traité européen. Et beaucoup, outre-Rhin, comme l?éditorialiste de la Nürnberger Zeitung de Nuremberg, prévoient qu?il « faudra du temps pour construire une relation de confiance » entre Paris et Berlin.

Espoirs

Il y a cependant des voix dissonantes qui espèrent un renouveau de la relation franco-allemande. Le Reutlinger General Anzeiger rappelle que le prédécesseur socialiste de François Hollande, François Mitterrand, avait fini par abandonner sa « politique de gauche ». Plus critique envers Angela Merkel le Donaukurier d?Ingolstadt se demande si, en exigeant une politique de croissance, le nouveau président français ne va pas « éviter Angela Merkel et l?Europe de se fourrer dans une impasse ». Et de rappeler que l?exemple grec montre où mène la colère des citoyens. De son côté, le Financial Times Deutschland analyse le danger pour la chancelière : François Hollande va défier son « pouvoir en Europe ». Mais la Märkische Oderzeitung de Francfort-sur-l?Oder, remarque que « le nouveau président français ne s?établira pas comme un adversaire de la chancelière au niveau européen. Il sait que l?enjeu est trop important et on a, sur les deux rives du Rhin, conscience de cela ».

3 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 13
à écrit le 08/06/2012 à 11:09
Signaler
http://www.20minutes.fr/societe/diaporama-1910-photo-693746-provoc-benetton

à écrit le 08/05/2012 à 12:50
Signaler
Malheureusement, Truk, si Hollande cherche à se distinguer de la politique en vigueur en Allemagne et partout ailleurs en Europe, ça tournera à la déroute. C'est comme un particulier qui serait surendetté et qui dirait à son banquier qu'il va dépense...

le 09/05/2012 à 0:12
Signaler
Malheureusement, prospero, Hollande - dont je me fiche comme d'une guigne dans l'absolu - ne cherche pas à se distinguer. Il cherche à arrêter le massacre engagé par le funeste duo Merkel Sarkozy. Leur austérité ne règle rien, elle aggrave tout. La q...

à écrit le 08/05/2012 à 9:26
Signaler
Ils ont raison d'être inquiets les dirigeants allemands : ils viennent de perdre leur meilleur allié, celui qui cédait à toutes leurs injonctions, celui qui protégeait le mieux leurs intérêts, celui qui était leur plus zélé valet ; ils viennent de pe...

à écrit le 07/05/2012 à 16:57
Signaler
L'axe franco-allemand a conduit l'Union Monétaire au bord du précipice. Il faut absolument que les décisions soient prises de façon démocratique et que les int^rets de chaque pays soient pareillement réspectées et prises en considération. Espérons qu...

à écrit le 07/05/2012 à 16:06
Signaler
la relation avec l'Allemagne deviendra un peu plus subtile, car le jeu de Hollande est de faire entrer tous les socles de l'Europe: commission, ministres,dans la négociation, tous les pragmatiques aussi confrontés à la crise: si Merkosy a existé ce n...

à écrit le 07/05/2012 à 10:41
Signaler
Sarkozy est parti : tant mieux. Un partie de son fidèle électorat qu'il a trompé en 2007 va revenir. On pourrait se diriger vers une cohabitation. A moins que l'UMP se déchire.

le 07/05/2012 à 11:16
Signaler
L'UMP va se diviser comme ils ont divisé les Français.

le 07/05/2012 à 19:55
Signaler
erreur, je pense que c'est la gauche qui divise les gens, c'est eux qui montre des différences, qui créent des cités à part, la gauche prend les gens pour des cons et dépendants.

à écrit le 07/05/2012 à 2:17
Signaler
La meilleur façon de garantir une croissance durable pour les pays en difficulté et déficitaires c'est d'empêcher les déficits de la balance commerciale. Les excédents énormes et chroniques de la balance commerciale allemande sont aussi les déficits ...

le 07/05/2012 à 10:44
Signaler
Ok, mais vous faites comment pour réduire les différences de compétitivité des différents pays composant la zone Euro ainsi que pour régler les autres problèmes structurels de la même zone ? Moi, je ne vois pas,à moins que l?Allemagne ne décide de re...

le 07/05/2012 à 11:12
Signaler
+1 ... et après la Gréce et ses votes "extrêmes" , la France risque de suivre très rapidement , le FN à 20 % ... puis peut être à 30 un jour ou l'autre ....

le 07/05/2012 à 16:51
Signaler
@ Lol , il suffirait par exemple de permettre aux pays à balance commerciale déficitaire d'appliquer une TVA différente selon que les produits soient importés ou fabriqués sur place. Par exemple une VW-Golf couterait EUR 15.000,- si elle est fabriqué...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.