L'Allemagne entre inquiétude et ouverture

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Guido Westerwelle, ministre allemand des affaires étrangères. Copyright AFP
Guido Westerwelle, ministre allemand des affaires étrangères. Copyright AFP
Outre-Rhin, l'inquiétude domine les éditoriaux de la presse après la victoire de François Hollande et la CDU, le parti d'Angela Merkel, déjà menaçante. Mais le ministre des Affaires étrangères se montre conciliant.

Le parti de la chancelière allemande, la CDU, n?a guère attendu pour défier François Hollande. A peine le nom du nouveau président de la République française connu, un porte-parole des conservateurs allemands, Andreas Schockenhoff, a enjoint le nouvel élu à « clarifier sa position sur la modification du traité budgétaire européen ». Et de mettre en garde le futur locataire de l?Elysée : « tout le monde veut une croissance durable en Europe, mais ceci ne doit pas se faire aux dépens de la politique de stabilité et de la discipline budgétaire, sinon il y aura de nouveaux accès de nervosité sur les marchés ». « La France doit ratifier vite le traité budgétaire », a-t-il conclu. Preuve supplémentaire de la mauvaise humeur qui doit régner à la chancellerie ce dimanche soir.

La gauche se réjouit

Pour autant, le ministre fédéral des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, ancien leader libéral, a dimanche soir ouvert une porte au nouvel élu. Tout en affirmant que le traité budgétaire était « décidé et devait être ratifié», il a affirmé vouloir travailler « étroitement avec Paris » à un « pacte de croissance ». Mais le même ministre a dans une interview à la Frankfurter Allegemeine Zeitung à paraître lundi insister sur sa méthode pour parvenir à la croissance : des réformes structurelles. Pas sûr que le nouvel élu français l?entende ainsi. Outre-Rhin, la victoire de la gauche française a clairement partagé les deux camps politiques. Le leader des Verts, Jürgen Trittin, y a vu une « défaite d?Angela Merkel », tandis que Sigmar Gabriel, le président du SPD social-démocrate, parlait d?un « vent nouveau en Europe ».

Les inquiétudes des éditorialistes

Du côté des éditorialistes de la presse allemande, c?est l?inquiétude qui dominait. François Hollande fait clairement peur, par exemple, au Rheinische Post de Düsseldorf qui consacre un long article aux conséquences de l?alternance en France. « Sur le banc des accusés du nouveau président, il y a la politique de consolidation budgétaire d?Angela Merkel », souligne-t-il. Pour lui, François Hollande, « veut, comme la gauche grecque, de la croissance avec plus de dépenses de l?Etat » quand il faudrait plus de flexibilité du marché du travail et un recul de l?endettement public. « François Hollande n?est pas le genre de personne à suivre un autre programme que celui qu?il a proposé dans la campagne », regrette-t-il avant de prophétiser : « l?Europe se trouve devant des temps difficiles ».

D?autres quotidiens, comme l?Offenburger Tageblatt ou le Westfalen Blatt de Bielefeld, avouent leurs « inquiétudes » devant le nouvel élu. La Frankfurter Allgemeine Zeitung, elle, prévient que François Hollande n?aura pas d?état de grâce » et qu?il sera très important pour lui de tenir ses promesses sur le traité européen. Et beaucoup, outre-Rhin, comme l?éditorialiste de la Nürnberger Zeitung de Nuremberg, prévoient qu?il « faudra du temps pour construire une relation de confiance » entre Paris et Berlin.

Espoirs

Il y a cependant des voix dissonantes qui espèrent un renouveau de la relation franco-allemande. Le Reutlinger General Anzeiger rappelle que le prédécesseur socialiste de François Hollande, François Mitterrand, avait fini par abandonner sa « politique de gauche ». Plus critique envers Angela Merkel le Donaukurier d?Ingolstadt se demande si, en exigeant une politique de croissance, le nouveau président français ne va pas « éviter Angela Merkel et l?Europe de se fourrer dans une impasse ». Et de rappeler que l?exemple grec montre où mène la colère des citoyens. De son côté, le Financial Times Deutschland analyse le danger pour la chancelière : François Hollande va défier son « pouvoir en Europe ». Mais la Märkische Oderzeitung de Francfort-sur-l?Oder, remarque que « le nouveau président français ne s?établira pas comme un adversaire de la chancelière au niveau européen. Il sait que l?enjeu est trop important et on a, sur les deux rives du Rhin, conscience de cela ».

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a écrit le 08/06/2012 à 11:09 :
http://www.20minutes.fr/societe/diaporama-1910-photo-693746-provoc-benetton
a écrit le 08/05/2012 à 12:50 :
Malheureusement, Truk, si Hollande cherche à se distinguer de la politique en vigueur en Allemagne et partout ailleurs en Europe, ça tournera à la déroute. C'est comme un particulier qui serait surendetté et qui dirait à son banquier qu'il va dépenser encore davantage, qu'il souhaite payer plus d'intérêts, etc. La France est plus à gauche que le reste de l'Europe ; elle a accumulé depuis 1981 une dette faramineuse, à laquelle il faut ajouter la dette (énorme) de la Sécurité sociale, celle des collectivités locales... Les banques françaises comme la Société générale et le Crédit agricole sont les plus précaires d'Europe : elles ont un levier de près de 50 (rapport entre les fonds propres et l'argent prêté) ; il faudra que l'Etat dépense ces centaines de milliards d'euros pour les recapitaliser. Un proche de Merkel a rappelé qu'il y avait 10% de chômage en France, des millions d'immigrés parqués dans des banlieueset n'ayant pas eu de contact prolongé avec le marché du travail...

Bref, la France est en situation de très grande faiblesse et n'a plus qu'à se serrer la ceinture pour solder la facture de toutes ces années vécues à crédit. On a vécu BIEN AU-DESSUS de nos moyens.
Réponse de le 09/05/2012 à 0:12 :
Malheureusement, prospero, Hollande - dont je me fiche comme d'une guigne dans l'absolu - ne cherche pas à se distinguer. Il cherche à arrêter le massacre engagé par le funeste duo Merkel Sarkozy. Leur austérité ne règle rien, elle aggrave tout. La question n'est pas encore celle du bien fondé de tel ou tel acquis social, mais de savoir quel est le moment judicieux pour introduire plus de rigueur. Et la réponse est simple : on introduit plus de rigueur quand les choses vont... bien ! Il est plus facile de couper dans les coûts quand le contexte est porteur. Le pire ? lancer l'austérité en pleine récession car ça l'aggrave, dans un cercle vicieux quasi infini. Votre discours est celui de Laval dans les années 30 (il n'était pas encore le sinistre Laval de la collaboration - ce n'est pas cette odieuse comparaison que je veux faire, j'espère que vous le comprenez) : "on a vécu au dessus de nos moyens", "on est trop endettés", "il y a trop d'état", "il faut se serrer la ceinture" etc. Résultat, sa politique nous a littéralement tués économiquement tandis que le Royaume-Uni pratiquait la relance, bien que plus endetté que nous alors, et s'en sortit fort honorablement par rapport à nous. Quant au proche de Merkel, n'écoutez pas ces sinistres personnages, d'autant que l'Allemagne est - si si - en très mauvaise posture : si l'Euro explose, les productions allemandes verront leurs prix à l'export monter de 15 à 50% selon les marchés. Autant dire que les VW polo qui passeraient de 15 000 Euros à l'équivalent de 19 500, peu seraient vendues ! Et là, tout leur système reposant sur les exportations pour compenser leur vieillissement explose en vol ! Or, ils n'ont pas assez d'actifs. Il y a 12 millions de jeunes en France, 8 millions en Allemagne. Pour 66 millions d'habitants chez nous, 84 chez eux. C'est là-dessus que va jouer Hollande, s'il n'est pas trop idiot : les Allemands sont paradoxalement dos au mur. Et ils le savent.
a écrit le 08/05/2012 à 9:26 :
Ils ont raison d'être inquiets les dirigeants allemands : ils viennent de perdre leur meilleur allié, celui qui cédait à toutes leurs injonctions, celui qui protégeait le mieux leurs intérêts, celui qui était leur plus zélé valet ; ils viennent de perdre M. Sarkozy. Maintenant, ils devront faire face à quelqu'un de pas franchement solide, mais qui obéira un peu moins facilement aux ordres de Berlin.
a écrit le 07/05/2012 à 16:57 :
L'axe franco-allemand a conduit l'Union Monétaire au bord du précipice.
Il faut absolument que les décisions soient prises de façon démocratique et que les int^rets de chaque pays soient pareillement réspectées et prises en considération.
Espérons que Hollande soit à la hauteur de la situation et refuse d'être le vassal de Merkel et de faire dans la collaboration comme le faisait Sarkozy qui a vendu l'Europe pour quelques déniers.
a écrit le 07/05/2012 à 16:06 :
la relation avec l'Allemagne deviendra un peu plus subtile, car le jeu de Hollande est de faire entrer tous les socles de l'Europe: commission, ministres,dans la négociation, tous les pragmatiques aussi confrontés à la crise: si Merkosy a existé ce n'est pas un effet du hasard, mais résulte des volte- face sarkoziennes, d'abord se rapprocher de Londres (!!!), puis aller outre-Rhin sans réelle intelligence des rapports franco-allemands.
a écrit le 07/05/2012 à 10:41 :
Sarkozy est parti : tant mieux. Un partie de son fidèle électorat qu'il a trompé en 2007 va revenir. On pourrait se diriger vers une cohabitation. A moins que l'UMP se déchire.
Réponse de le 07/05/2012 à 11:16 :
L'UMP va se diviser comme ils ont divisé les Français.
Réponse de le 07/05/2012 à 19:55 :
erreur, je pense que c'est la gauche qui divise les gens, c'est eux qui montre des différences, qui créent des cités à part, la gauche prend les gens pour des cons et dépendants.
a écrit le 07/05/2012 à 2:17 :
La meilleur façon de garantir une croissance durable pour les pays en difficulté et déficitaires c'est d'empêcher les déficits de la balance commerciale.
Les excédents énormes et chroniques de la balance commerciale allemande sont aussi les déficits des autres. Ce sont des emplois perdus en faveur de l'industrie allemande, ce sont des revenus fiscaux perdus en faveur des finances allemandes.
Donc évitons les déficits des balances commerciales et nous diminuerons ainsi les déficits budgétaires. Nous aurons moins de chômage et une croissance durable.
Le succès de l'Allemagne c'est fait aux dépens des autres pays de l'Union Monétaire par le biais des excédents commerciaux. Pour éviter ceux-ci il faudra soit changer les accords ou créer une vraie Union Fiscale pour l'Union Monétaire. Les traités actuels avantagent les économies fortes et désavantages les économies faibles, ce qui fait que les divergences augmentent alors que idéalement elles devraient diminuer, en fait il faudrait arriver à une convergence des économies.
Réponse de le 07/05/2012 à 10:44 :
Ok, mais vous faites comment pour réduire les différences de compétitivité des différents pays composant la zone Euro ainsi que pour régler les autres problèmes structurels de la même zone ? Moi, je ne vois pas,à moins que l?Allemagne ne décide de reverser ses excédents aux autres par différents moyens de transfert, ce que je pense impossible à l?heure actuelle...
Réponse de le 07/05/2012 à 11:12 :
+1 ... et après la Gréce et ses votes "extrêmes" , la France risque de suivre très rapidement , le FN à 20 % ... puis peut être à 30 un jour ou l'autre ....
Réponse de le 07/05/2012 à 16:51 :
@ Lol ,
il suffirait par exemple de permettre aux pays à balance commerciale déficitaire d'appliquer une TVA différente selon que les produits soient importés ou fabriqués sur place.
Par exemple une VW-Golf couterait EUR 15.000,- si elle est fabriqué en Grèce et 20.000,- si elle fabriqué en Allemagne ou ailleurs qu'en Grèce.
Cela inciterait Volkswagen a construire des usines en Grèce plutôt qu'en Chine.
Ainsi non seulement la balance commerciale serait rapidement équilibrée mais le chômage serait aussi résorbé.
Il est évident qu'il faut trouver un moyen de compenser les différences quelques fois énormes dues aux différents avantages naturels entre les pays de l'Union Monétaire.

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