Combat de coqs pour la présidence d'une institution en déclin

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Le Conseil économique et social européen aura en 2013 un nouveau président. Le favori, Henri Malosse, tente de sauver l'image et l'utilité d'une institution à la dérive...

À l'heure où George Clooney en personne vante les mérites de célèbres capsules aux couleurs variées, l'homme de soixante ans obligé d'attendre l'arrivée de sa secrétaire pour pouvoir faire un café digne de ce nom est devenu une rareté. J'en ai rencontré un. Henri Malosse est sur le point d'atteindre le faîte d'une carrière menée depuis plus de 30 ans aux confins de la politique et de l'entreprise. Ce 11 juillet, il concourt pour sa reconduction à la tête du "collège employeurs" du "CESE", en clair le Comité Économique et Social Européen, où il est entré il y a... 17 ans. S'il parvient à ses fins, il sera automatiquement nommé président du CESE en avril 2013.

Une institution en perte de vitesse

Depuis sa création il y a un demi-siècle, le CESE a perdu beaucoup de son lustre. Il est dépassé d'un côté par la montée en puissance du Parlement européen, de l'autre par celle de lobbys et des partenaires sociaux érigés en co-législateurs. Les avis du CESE rendus au rythme prodigieux de 270 par an ne sont que consultatifs et d'une qualité inégale si bien que personne n'y accorde une quelconque attention. À part ses 344 membres, peu de gens savent d'ailleurs ce qu'est ce Conseil. Et ceux qui le connaissent ne s'y intéressent pas beaucoup... à part naturellement ses 344 membres. C'est pourquoi Henri Malosse fait appel à une agence de relations presse pour signaler ses ambitions. Heureusement, il n'a pas de problème avec cela. Le café est jaunâtre et froid, le rendez-vous arrangé mais l'homme imprégné de la dignité de la fonction à laquelle il prétend en dépit du déclin de l'institution.

Un système de nomination par rotation

La rotation des dirigeants du CESE obéit à une routine qui laisse peu de place aux surprises. S'il est réélu président du groupe "employeurs", l'un des trois, avec celui des "intérêts divers de la société civile" et des syndicats qui composent cette assemblée représentative des "forces vives" de l'économie européenne, Henri Malosse est destiné à succéder à l'agriculteur danois Staffan Nilsson. "Tous les postes sont attribués par un système de rotation par groupe", explique l'intéressé. Il a donc attendu patiemment son tour en se faisant réélire à deux reprises président du "groupe 2", celui des employeurs. "Sans concurrent", précise-t-il avec fierté.

Un suspense inédit

Mais cette fois-ci, ce n'est pas tout à fait le cas. Philippe de Buck, actuel directeur général de Business Europe, le "Medef européen", s'est porté candidat contre lui. Même si Henri Malosse s'estime largement favori, le suspense persistera jusqu'à la mi-journée, le vote des 114 membres du collège étant à bulletin secret. Il n'a pas que des soutiens. Son concurrent français ne fait pas l'unanimité. "C'est une souris qui s'est installée dans un fromage. Il vit du CESE depuis 20 ans", tranche une connaissance peu admirative. Sur son CV, il signale comme dernière "réalisation européenne" sa participation à la "campagne d'information sur le marché unique, sur l'euro et sur l'élargissement", il y a... 10 ans. Le duel du jour n'honore pas l'institution. C'est un peu comme si le challenger du Président du Comité économique et social français Jean-Paul Delevoye n'était autre que... Michel Guilbaud, l'actuel directeur général du Medef, et non sa présidente Laurence Parisot.

Des membres non rémunérés, mais...

Sans être rémunérés, les 344 membres du CESE peuvent tirer quelques revenus des généreux frais de mission et per diem accordés par la maison. "Tu peux vivre du CESE. Il faut faire des missions tout le temps et tu récupères le différentiel. C'est une cuisine sordide", note une source bien informée.

De farouches ennemis

Le CESE a de farouches ennemis... dont les plus actifs occupent vis-à-vis de lui une place surplombante, tant au plan symbolique que géographique: le Parlement européen dont le bâtiment est perché en amont du parc Léopold, le CESE étant en aval. En 2011, le député libéral finlandais Carl Haglund a relancé une campagne pour la suppression du CESE dont le budget s'élève à 200 millions d'euros pas an, ce qui serait peu s'il remplissait sa fonction de représentant de la société civile mais est beaucoup trop pour une institution qui "ne contribue pas significativement au processus démocratique", soulignait Haglund.

Une voix inaudible

Les critiques ont vraiment commencé pendant la convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing dont certains membres proposaient de ravaler le CESE au rang de forum de la société civile, un projet toujours d'actualité pour certains. Depuis elles n'ont jamais vraiment cessé. "La dernière fois qu'ils ont fait quelque chose d'utile c'est quand la France leur a demandé de rédiger la Charte des droit fondamentaux", juge une source européenne. Interrogé sur son ambition à la tête du CESE, Philippe de Buck concédait récemment dans un entretien avec Euractiv : "L'idée est que référence soit faite à ce que dit le CESE". Et d'admettre qu'il s'agissait là d"un rêve". "Dans le processus législatif, notre voix ne peut se faire entendre", admet de son côté Henri Malosse.

D'injustes critiques ?

Il est convaincu que le CESE est injustement condamné. "On est les seuls en prise avec le réel", dit-il, les membres du CESE étant sensés conserver leur activité professionnelle. "Les parlementaires sont toujours par monts et par vaux, particulièrement les Français qui n'ont pas de circonscription. Les lobbys représentent les intérêts privés, nous, l'intérêt général. On est la seule institution à pouvoir être la bonne conscience de l'Europe, mais malgré cela, personne ne s'intéresse à nous", dit-il. "La différence entre les lobbys et nous, c'est la légitimité", dit-il. L'élection de ce jour est sensée le montrer.


 

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a écrit le 14/07/2012 à 9:26 :
C'est drôle, je fais cette année des recherches sur le CES européen et en lisant votre article j'y trouve à la fois des informations intéressantes pour le grand public sur une institution très méconnue et le trou béant du journalisme people.
Le titre et les sous-titres sont à la limite du racolage, la personne que vous avez interviewée traitée comme un moins que rien sur la base de faits certes, mais tournés d'une manière tellement hautaine et insultante qu'on finit par se demander quel intérêt vous avez à écraser ce Monsieur... Sans doute le mauvais café et le rendez-vous arrangé... Auquel, visiblement, vous n'étiez pas non plus dérangée d'aller.
Au final en lisant le premier commentaire on voit bien tout "l'intérêt" de votre article. Vous avez tiré à boulet rouge sur une institution, flinguant au passage le type qui vous a rencontré, mais le lecteur n'a toujours pas d'information sur le fonctionnement ou l'objectif de ce conseil, les théories qui vont derrière... Bref le pourquoi du comment il y a encore aujourd'hui ces bureaux à Bruxelles, malgré des critiques populistes comme les vôtres.
J'espère que vous vous êtes bien défoulée, ce serait déjà ça. Parce qu'en terme d'information, ça ne vaut pas un clou.
a écrit le 12/07/2012 à 19:13 :
Mais combien nous coûtent ce conseil ? Nous saturons de payer pour du n'importe quoi...

Retournons à l'utile bien oublié ces 3 dernières décennies avant qu'il ne soit trop tard.

http://www.observatoiredessubventions.com/
Réponse de le 13/07/2012 à 9:44 :
le budget de l'Union est en ligne ici : http://eur-lex.europa.eu/budget/www/index-fr.htm
le budget net en 2012 du CESE s'élève à 117 millions d'euros, dont +/- 50% pour assurer le fonctionnement dans les 22 langues officielles. Ramené aux nombres d'habitants, cela donne 20 centimes par personne et par an

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