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ÉconomieUnion européenne

Emploi : pourquoi Merkel s'intéresse tant aux jeunes et pas au chômage en général ?

Romaric Godin

Publié le 04 juillet 2013 à 14:54 - Mis à jour le 04 juillet 2013 à 14:59

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La chancelière allemande ne parle plus que de réduire le chômage des jeunes dans les pays d'Europe du sud. Mais il s'agit là surtout d'une stratégie de communication.

Angela Merkel a une obsession depuis quelques semaines : le chômage des jeunes, particulièrement en Europe du sud. Elle ne peut supporter de voir 66 % des jeunes Grecs et 56,5 % des jeunes Espagnols au chômage. Elle ne veut pas, a-t-elle encore martelé, d'une « génération perdue » en Europe. Aussi, elle ne ménage pas ses efforts. Mercredi à Berlin, elle a convoqué un sommet où tout le gratin de la politique européenne est venu pour trouver des solutions. Et, contrairement à ses habitudes, elle déverse des milliards d'euros pour sauver la jeunesse européenne : 24 milliards d'euros serait mobilisés.

Des statistiques à prendre avec précaution

Cette belle mobilisation d'Angela Merkel n'est pourtant qu'illusion et, vraisemblablement, que pure action de communication. D'abord, cette mobilisation laisse penser que le principal problème des pays périphériques européens est le chômage des jeunes et non le chômage lui-même. Ceci est effectivement faux. Les chiffres des statistiques ne prennent en effet en compte en effet que les jeunes de 15 à 24 ans effectivement à la recherche d'un emploi. Or, ceux-ci ne représentent pas, loin s'en faut, l'essentiel de cette génération. Comme l'explique dans une interview à la Süddeutsche Zeitung l'économiste du CEPS Daniel Gros, le taux de chômage des jeunes en Grèce atteint 66 %, mais seulement 9 % des Grecs de 15 à 24 ans sont sur le marché du travail. Autrement dit, seulement 6 % de cette « génération perdue » recherche effectivement en vain un emploi.

La plupart des chômeurs ne sont pas jeunes

Par ailleurs, comme le souligne Daniel Gros : « La plupart des chômeurs sont des adultes. » Avec la crise, les travailleurs les plus âgés sont également touchés par le chômage, ce qui pose un problème de pauvreté des personnes âgés au moment même où les « réformes structurelles » obligent à cotiser plus longtemps pour toucher une retraite. Malheureusement, Eurostat ne fournit pas de statistiques sur ce sujet, il se contente de distinguer les 15-24 ans des 25-74 ans ! En réalité, dans les pays périphériques de la zone euro, ce qui coûte le plus cher à la fois financièrement, socialement et politiquement, c'est le chômage en général, pas uniquement celui des jeunes. En s'effrayant des taux de chômage des moins de 25 ans, on oublie un peu vite les taux de chômage globaux qui, en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Irlande atteignent des niveaux dignes de la crise des années 1930. En concentrant ses efforts sur le chômage des jeunes, on perd l'occasion de s'atteler au problème crucial du chômage des salariés âgés, à celui de la formation et de la reconversion des adultes. Autant de sujets qui ne peuvent être traités par des Etats sous respiration financière artificielle.

Quelle est la vraie cause du chômage ?

Surtout, en isolant le problème du chômage des jeunes, on espère évacuer la responsabilité dans les problèmes sociaux actuels de la crise. On comprend la logique qui est à l'?uvre : en consacrant des milliards à la formation des jeunes, on assure que les jeunes retrouveront du travail. Il n'y aurait donc aucun problème d'offre sur le marché de l'emploi, aucun problème conjoncturel et aucun problème structurel causé par la crise elle-même. Si les jeunes Grecs n'ont pas de travail, c'est parce qu'ils sont mal formés. Evidemment, cette vision ne tient pas à l'épreuve des faits. Certes, il existe depuis longtemps un problème d'employabilité de la jeunesse dans ces pays, mais le chômage des jeunes n'était pas si élevé avant la crise et, on l'a vu, ce n'est pas le problème central aujourd'hui. Il sera toujours temps d'y venir une fois la croissance revenue. Le chômage des pays périphériques est causé en grande partie par l'effondrement de la demande intérieure, par le credit crunch, par l'absence de perspectives et par la désindustrialisation qui, dans certains pays comme l'Italie, s'est aggravé avec la crise.

Ne pas parler des politiques de dévaluations internes

Autrement dit, la vraie raison de l'explosion du chômage dans ces pays, c'est la politique de dévaluation interne choisie en 2010 et 2011 par les Européens sous l'impulsion de l'Allemagne. C'est du reste logique puisque l'esprit de cette politique vise à comprimer les coûts en pressant les salaires. Le chômage est alors un « mal nécessaire » et son augmentation la preuve que « l'ajustement » est à l'?uvre. Mais, de cela, on ne veut pas entendre parler à Berlin. Car ce serait faire de la chancelière une des responsables de ces chiffres qui l'émeuvent tant. D'autant que, malgré ses grands discours, Angela Merkel et son gouvernement ne veulent pas démordre de cette stratégie. Ce jeudi encore, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a invité les Grecs, qui mènent une politique de dévaluation interne depuis 2010, à « poursuivre leurs efforts afin de retrouver la croissance. »

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Bataille de la communication

C'est tout le sens de cet engagement allemand pour « l'emploi des jeunes » : en faire un cas à part, indépendant de la crise et de la politique menée par les Etats périphériques, que l'on pourrait régler à coup d'actions ponctuelles. On prend soin de le distinguer du chômage en général qui, lui, ne semble pas inquiéter Angela Merkel. En passant, la chancelière, en portant sa sollicitude sur les jeunes européens, est certaine de gagner la bataille de la communication. Qui pourrait lui contester le droit de se lancer dans un si noble combat ? Mais c'est un combat qui ressemble un peu à celui que les épouses de présidents français mènent contre la faim des enfants dans les pays peu développés. Il est noble, remarquable, émouvant, mais inefficace. On peut apprécier les résultats positifs de cette politique : elle évite ainsi d'assumer ses responsabilités tout en montrant une compassion qui lui donne une image positive. Pour la chancelière, ce combat a aussi une valeur électorale à moins de trois mois des élections fédérales.

Politique efficace ?

Si Angela Merkel souhaitait réellement lutter contre le chômage, celui des jeunes, comme les autres, elle ne se contenterait pas de fournir des milliards d'euros à des dispositifs d'Etat. Elle permettrait aux pays périphériques d'améliorer réellement et moins douloureusement la compétitivité des pays périphériques par une politique active en Allemagne. La « résolution des déséquilibres » se ferait alors des deux côtés. Mais l'Allemagne continue à améliorer sa compétitivité, rendant la tâche des pays en crise quasi impossible. Encore ce jeudi l'office fédéral des statistiques allemand Destatis a souligné que les salaires réels allemands avaient reculé de 0,1 % au premier trimestre 2013 pour la première fois depuis 2009. Le refus de l'Allemagne de rééquilibrer son propre modèle est le moyen le plus sûr de maintenir dans les autres pays d'Europe un chômage élevé. Malgré les désolations et les milliards d'Angela Merkel.

Romaric Godin

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