« Tourisme social » élu mot le plus laid de l’année en Allemagne

Le jury de linguistes met les pieds dans le plat du débat sur l'immigration intraeuropéenne en Allemagne en faisant de "Sozialtourismus" le mot le plus laid de 2013.
Logo du jury élisant le mot le plus laid de l'année en Allemagne
Logo du jury élisant le "mot le plus laid" de l'année en Allemagne (Crédits : dc)

Chaque année, un jury de linguistes allemands élit le « Unwort » de l'année. Le concept n'est pas aisé à traduire rapidement en français. Littéralement, on pourrait le traduire par le « non-mot », mais le sens n'en est guère éclairé. En réalité, il s'agit de choisir un mot, souvent un néologisme ou un mot forgé que la langue allemande permet tant de construire, qui a fait la « une » des médias durant toute l'année… et que le jury juge particulièrement laid.

Laideur morale autant que linguistique

La laideur de ces mots n'est pas seulement linguistique ou sonore, elle est aussi (et surtout) morale. Et souvent, dans le choix de « l'Unwort », le jury adresse une critique franche des mondes politique et médiatique allemands et, en regard, de la société allemande.

En 2011, le mot « Döner-Morde » (« meurtre-kebab ») pour désigner les meurtres néo-nazis visant la communauté turque, notamment (mais pas seulement) les vendeurs de sandwich, avait été choisi parce qu'il « dissimulait les fondements politiques » des actes et « qu'il discriminait les victimes » de ces meurtres.

En 2010, après le début de la crise de la zone euro, c'est « alternativlos » (« sans alternative ») qui avait été désigné, en raison du caractère anti-démocratique de sons sens.

Un mot « discriminant »

Pour 2013, le jury a choisi le terme « Sozialtourismus », tourisme social, qui a fleuri surtout en fin d'année, sous la pression de certains partis politiques, principalement la CSU bavaroise. Repris dans tous les journaux d'Allemagne, ce terme s'est rapidement étendu à la langue courante. Il entend dénoncer l'immigration réelle, supposée ou crainte de travailleurs d'Europe de l'est, particulièrement de Bulgares et de Roumains, pour qui le marché du travail allemand a été ouvert le 1er janvier 2014. Pour le Jury, ce terme « discrimine les hommes qui, par pure nécessité cherchent un avenir meilleur en Allemagne et dissimule leurs droits fondamentaux sur ce point. »

Ce choix est un soufflet jeté au débat public actuel en Allemagne sur l'immigration intra-européenne. Un débat qui s'est encore durci ces derniers jours en raison d'une polémique avec la Commission européenne sur l'accès des étrangers européens aux prestations sociales.

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