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ÉconomieUnion européenne

L'Autriche sabre dans l'éducation pour sauver une banque

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 14 avril 2014 à 14:59 - Mis à jour le 14 avril 2014 à 15:25

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Pour ériger une structure de défaisance à sa banque en faillite HAA, Vienne a décidé de couper dans son budget de l'éducation.

Où trouver de l'argent lorsque l'on doit sauver une banque en faillite ? Le gouvernement de « grande coalition » autrichien a une solution : en réduisant le budget de l'éducation. C'est en tout cas la seule parade que Vienne a pour le moment trouvé pour combler le financement nécessaire du « sauvetage » de Hypo Alpe Adria, une banque nationalisée en 2009 et criblée de créances douteuses.

Grandeur et décadence de HAA

Hypo Alpe Adria (HAA) était une petite banque reprise par la bavaroise BayernLB dans la première partie des années 2000. Basée dans la capitale du Land de Carinthie, Klagenfurt, elle a connu alors une forte croissance dans les pays de l'ex-Yougoslavie grâce à la garantie accordée par le Land, alors dirigé par le populiste Jörg Haider. Mais avec la faillite de Lehman Brothers en 2008, HAA est devenue incapable de se refinancer sur les marchés, alors même que son portefeuille d'actifs se dévalorisait à grande vitesse. En 2009, BayernLB jette l'éponge. Le gouvernement fédéral autrichien nationalise la banque, mais n'agit pas plus avant.

HAA, un cauchemar pour Vienne

Au fil du temps, HAA devient un cauchemar pour l'Autriche. Les pertes se succèdent, lourdes. En 2013, la banque a encore perdu 2,7 milliards d'euros. En tout, HAA a déjà coûté 3,6 milliards d'euros au budget autrichien. Pour les politiques viennois, il faut faire cesser l'hémorragie. Mais comment ? HAA est invendable en l'état. Quant à la faillite, elle est exclue car elle activerait immédiatement une garantie de la Carinthie de 12 milliards d'euros. Ignorer cette créance reviendrait pour la Carinthie à se déclarer en faillite. Et comme chacun s'attend à ce que l'Etat fédéral se porte solidaire de ses Länder dans ce cas, le crédit de l'Autriche en aurait affreusement souffert !

Le choix de la Bad Bank

Restait la dernière solution, prise après des mois de discussions : ériger une « Bad Bank » pour placer les mauvaises créances de HAA. Mais cette méthode n'est pas indolore. Il faudra assumer les pertes de cette Bad Bank, mais dans l'immédiat, les experts estiment qu'il faudra 1,4 milliard d'euros pour ériger cette structure à l'automne. Or, pour la grande coalition autrichienne, il ne peut être question de dépasser la limite de 3 % du PIB pour le déficit public. Il fallait donc faire des économies.

L'école victime des « efforts »

L'effort a été demandé au ministère de l'éducation. Sur le papier, les économies ne semblent pas considérables : 57 millions d'euros cette année, 60 millions d'euros l'an prochain. Mais dans la pratique, les effets de ces mesures vont être durement ressentis parce qu'ils touchent directement l'organisation des établissements et la scolarité quotidienne des élèves. L'une des principales mesures concerne ainsi la taille des classes qui est fortement relevée.

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Pour simplifier, le nombre d'élève par classe pourra dépasser 30 élèves, ce qui était impossible jusqu'ici. Dans le nouveau projet de collège (Neue Mittelschule, NMS) lancé en 2012 et qui a vocation à devenir la règle l'an prochain, la principale innovation, le travail en équipe de deux professeurs, est réduite d'un tiers par rapport à ce qui se fait aujourd'hui. Surtout, plusieurs parlementaires considèrent qu'il faudra aller plus loin, car ils estiment qu'il faudra 200 millions d'euros d'économies. On pourrait donc avoir un gel des salaires des enseignants ainsi que la remise en cause de l'école tout au long de la journée (Ganztagschule) et de la généralisation de la NMS.

Hurlements dans le monde politique et la société civile

Evidemment, ces mesures ont fait hurler dans le monde politique et professoral. Les Verts estiment que « l'on saigne les écoliers pour HAA. » Même si le syndicat enseignant est proche du parti conservateur ÖVP qui est dans la coalition, il a estimé « ne comprendre absolument pas pourquoi nos enfants devrait payer pour les banques et les spéculateurs. » Les associations de parents d'élèves sont outrées et proclament que « les enfants sont les victimes », tandis que les écoliers ont même lancé une pétition. Mais rien n'y fait. Vienne, comme Paris, doit présenter son plan de stabilité à la Commission dans le cadre du semestre européen et, même si le pays n'est pas en procédure de déficit excessif, le gouvernement ne veut pas se faire taper sur les doigts par Bruxelles.

L'Autriche, élève moyen

Beaucoup en Autriche s'inquiètent des conséquences à long terme de ces économies. L'Autriche est en milieu de tableau du classement PISA de l'OCDE. Le résultat est assez bon en mathématiques (18ème, la France est 25ème, l'Allemagne 16ème), mais il est décevant en compréhension de l'écrit (27ème, la France est 21ème, l'Allemagne 19ème). L'école autrichienne est jugée fortement inégalitaire et les investissements dans l'éducation sont, à 3,6 % du PIB, inférieurs à 4 % du PIB, la moyenne de l'OCDE.

Nouvelle pression sur le gouvernement avant les Européennes ?

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Le gouvernement se sent sans doute un peu plus fort. En un mois, les populistes de droite eurosceptiques de la FPÖ ont chuté de 23 % à 18 % dans les sondages (contre 13 % en 2009), les deux partis de la coalition, ÖVP et SPÖ, sont passés de 44 % à 50 % (54 % en 2009) et ce sont les Libéraux de Neos qui devraient faire une percée dans l'opinion à l'occasion des élections européennes avec 13 ou 14 % des intentions de votes, contre 5 % aux élections législatives de l'an passé. Mais Neos est aussi un parti de protestation contre la « grande coalition » et cette affaire pourrait affaiblir les partis de gouvernement.

Romaric Godin

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