Mario Draghi a-t-il déjà abandonné ses objectifs de Jackson Hole ?

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Mario Draghi n'a pas cherché, cette fois, le conflit avec l'Allemagne
Mario Draghi n'a pas cherché, cette fois, le conflit avec l'Allemagne
Lors de sa conférence de presse mensuelle, Mario Draghi a détaillé son programme de rachat d'actifs. Mais il a aussi beaucoup reculé dans ses exigences face à l'Allemagne.

Mario Draghi hésite indubitablement à aller plus avant dans sa politique non conventionnelle. Lors de sa réunion mensuelle de Naples, ce 2 octobre, le Conseil des gouverneurs de la BCE a adopté les détails techniques -qui étaient attendus- des programmes de rachat de produits de titrisation qui avaient été annoncés lors des réunions de juin et septembre.

Concrètement, le programme de rachat d'obligations sécurisées (covered bonds), autrement d'obligations garanties par des programmes immobiliers ou de la dette de collectivités territoriales, débutera dès la mi-octobre. Le programme de rachat des produits de titrisation de crédits appelés ABS (Asset Backed Secutities, titres garantis par des actifs) suivra. Les titres acceptés seront grosso modo ceux acceptés par la BCE aujourd'hui comme collatéraux à l'exception des titres grecs ou chypriotes, aujourd'hui refusés. Certains bénéficieront d'une dérogation sous plusieurs conditions (rapport mensuel de l'état des actifs, valeur des actifs en garantie supérieure à 25 % au prix du produit, etc.). Les deux programmes ont une durée de deux ans.

Un QE, mais privé

Il s'agit donc bel et bien d'un assouplissement quantitatif (QE, pour "Quantitative Easing") à l'européenne, puisqu'il n'y aura pas de stérilisation et qu'il y aura de la création monétaire pure. Mario Draghi n'a pas caché ce jeudi que le but était de faire revenir le bilan de la BCE « à son niveau du début de 2002. » Il a confirmé que cela pouvait entraîner jusqu'à « 1.000 milliards d'euros » supplémentaire sur ce bilan. Mais Mario Draghi a bien insisté sur le caractère « maximal » de ce chiffre. On est donc à un maximum de 42 milliards d'euros de rachat d'actifs en moyenne par mois, encore en deçà du programme américain. Les mesures pourront être stoppées à tout moment. Le but, c'est que cet argent créé aille soutenir directement le crédit aux entreprises, particulièrement aux PME, y compris dans les pays périphériques où la situation reste très difficile comme la Grèce et Chypre.

Unanimité

Sera-ce efficace ? Mario Draghi a précisé que son « ultime référence » quant au succès ou non de ces programmes sera l'évolution des anticipations d'inflation. Il a plusieurs fois martelé que « le conseil des gouverneurs était unanimement prêt à aller plus loin dans les mesures non conventionnelles si l'inflation faible persistait durablement. » Evidemment, le mot important est ici unanimement qui sonne étrangement un mois après le vote négatif de la Bundesbank sur la baisse des taux.

Changement de ton

Il sonne d'autant plus étrangement que, au cours de cette réunion d'octobre, le ton a nettement changé par rapport à celle du mois dernier. Voici un mois, dix jours après le discours de Jackson Hole, Mario Draghi avait défié clairement Angela Merkel en réclamant des Etats qui le pouvaient des mesures de relance budgétaire. Le président de la BCE avait alors affirmé clairement que « la politique monétaire ne pouvait pas seule faire remonter l'inflation. » Rien de tel ce mois-ci. Mario Draghi a déroulé les détails techniques et s'est dit certain de l'efficacité des mesures prises pour faire rebondir l'inflation.

Prendre acte du refus allemand d'aller plus loin

Surtout, il a modifié son discours sur les Etats. Il a passé beaucoup de temps à réclamer des « réformes structurelles », il a notamment pris l'exemple de la France ou d'un petit entrepreneur italien harassé par les règles et les taxes, mais il n'a évoqué qu'une fois l'idée que ceux qui ont une marge de manœuvre budgétaire d'agir en faveur de l'économie. Tout se passe comme si le mur du refus dressé à Berlin par Wolfgang Schäuble et Angela Merkel durant le mois de septembre avait porté ses fruits. Mario Draghi prend acte qu'il ne parviendra pas à faire bouger l'Allemagne. Il se contente donc de mener sa politique non conventionnelle « dans le cadre de son mandat. »

« Pas de marché »

« Il n'y a pas de grand « marché » ici », a ainsi clairement affirmé Mario Draghi. « Nous savons que nos mesures seraient plus efficaces si d'autres politiques étaient menées. Mais nous nous contentons de remplir la tâche dictée par notre mandat. Chaque acteur a son propre rôle à jouer. » Ces phrases résonnent comme l'abandon d'une stratégie qui avait débuté à Jackson Hole le 22 août et qui visaient à faire pression sur Berlin. Mario Draghi recule clairement et, selon toute vraisemblance, l'unanimité sur laquelle il a tant insisté durant la conférence de presse signifie qu'il n'y aura pas de QE public. Le rappel au « mandat » est également significatif alors que Mario Draghi se rendra à Luxembourg le 14 octobre pour s'expliquer sur l'OMT. L'Allemagne n'ira pas plus loin et la BCE en prend acte.

A court de solutions

Ce recul de la BCE n'est peut-être que temporaire. Mais c'est une mauvaise nouvelle pour une zone euro qui aurait besoin d'une politique coordonnée pour éviter cette fameuse période de « longue inflation. » Comme l'a souligné un journaliste italien, les mesures de la BCE, quoique utiles ne sauraient régler le problème principal de plusieurs grands pays : celui de la demande. A quoi bon emprunter pour investir si la demande est durablement faible et si la pression sur les prix et les coûts va s'accentuer ? Il n'est pas certain que ces 1.000 milliards d'euros « maximum » puissent réellement parvenir à sortir la zone euro de l'ornière. Mais Mario Draghi semblait ce jeudi à court d'idée pour aller plus loin. On comprend donc la déception du marché après cette conférence de presse. A 17 heures, le CAC 40 perdait ainsi 2 %, l'euro reprenant 0,25 %.

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Commentaires
a écrit le 03/10/2014 à 15:34 :
Vous savez, pour le moment, le Système fonctionne très bien, avec une destruction des classes moyennes et un aspirateur des 99% vers les 1% qui fonctionne à plein. Le Japon a montré qu’on peut aller en dette au-delà des 200% sans souci, il suffit de plisser les yeux. Avant un changement important de système, la priorité est de tondre les moutons “à la chypriote” et “à la grecque” :
- en saisissant une bonne partie des dépôts bancaires
- en les fracassant avec des impôts, TVA, taxe sur les produits pétroliers.
Demain, on verra...
a écrit le 03/10/2014 à 9:04 :
Pas à la botte de Merkel , mais à celle d Obama , tant que le traité trans pacifique ne sera pas signé , avec le paravent Merkel tout de même .
a écrit le 02/10/2014 à 23:02 :
BCE EGALE BUNDESBANK POINT BARRE merkel KAISER donne ses orfres à MARIO qui nous les transmet stop à l euro de MERDE qui n arrange que les allemands et qui appauvrit les autres
a écrit le 02/10/2014 à 21:07 :
Quand on lit Mr Godin on est frappé par une chose : l'Europe fédérale que tout le monde réclamme à tort et à travers, elle existe déjà : c'est l'Europe Fédérale D'Allemagne !!! dirigée d'une main de fer par Margaret Merkel !!! Cette nouvelle nation reprend l'ancienne Allemagne Fédérale à laquelle ont été ajoutés un certain nombre de landers qui ont pour nom France, Italie, Espagne, Portugal... Comme vous pouvez le constater, l'intégration de ces nouveaux landers ne se fait pas sans heurt mais elle est en bonne voie ! La République française est morte. Vive l'Europe Fédérale D'Allemagne ! Peuple de France, ne pleurez pas. Vous avez tout à gagner à faire partie de cette Europe Fédérale d'Allemagne. Vous allez savoir ce que veut dire l'ordre et l'efficacité de l'obéissance alors que vous n'avez vécu que dans l'anarchie et l'inéfficacité de la désobéissance !
a écrit le 02/10/2014 à 18:09 :
"Mario Draghi recule clairement et, selon toute vraisemblance, l'unanimité sur laquelle il a tant insisté durant la conférence de presse signifie qu'il n'y aura pas de QE public."

Mais qui en doutait ? Personne, puisque c'est LA condition sine qua non sur laquelle l'Allemagne ne reviendra jamais.
a écrit le 02/10/2014 à 17:20 :
L'abandon de cette stratégie est le premier pas de démantellement de l'euro qui deviendra un simple indice
Réponse de le 02/10/2014 à 17:49 :
J'aimerais que vous ayez raison...

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