La Pologne, le champion européen de la croissance

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Le palais de la culture et de la science, à Varsovie.
Le palais de la culture et de la science, à Varsovie. (Crédits : Reuters)
La Pologne a encore au troisième trimestre affiché le plus fort taux de croissance de l'UE. Voyage au coeur de ce pays modèle. Aujourd'hui, les raisons du succès.

Un îlot de croissance et d'optimisme au cœur de l'Europe. C'est ainsi que les Polonais aiment à décrire leur pays. Non sans raison. Au troisième trimestre, la Pologne a enregistré une croissance de 0,9 % de son PIB. C'est trois fois plus que la moyenne de l'Union européenne (UE) et le plus fort taux connu pour les 21 pays qui, vendredi, ont dévoilé leurs chiffres de croissance. Cette donnée trimestrielle n'est cependant pas un accident. Sur un an aussi, la Pologne affiche le plus fort taux de croissance d'Europe (3,4 %) et, si l'on en croit les prévisions de la Commission européenne, le pays devrait afficher en 2015 et 2016 une des deux meilleures croissances du continent.

Une économie résistante aux crises

Ce n'est pas non plus une nouveauté. Le pays avait attiré les regards des investisseurs lorsque, en 2009, « l'annus horribilis » de l'économie européenne, elle avait réussi à afficher une croissance de 1,6 %, en partie grâce à la dévaluation du zloty. Le premier ministre d'alors, Donald Tusk, avait posé devant une carte de l'Europe rouge vif avec une seule tâche « verte », son pays. Evidemment, il serait un peu biaisé de dresser des comparaisons entre une Pologne qui est encore dans un processus de « rattrapage », avec un PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat encore inférieur de 32 % à la moyenne de l'UE, et des économies plus mûres comme l'Allemagne ou la France. Mais il n'empêche : la Pologne surpasse des pays au niveau de vie comparable comme la Hongrie, la Slovaquie, la Bulgarie ou la Roumanie. Résistante et performante, la croissance polonaise fait des envieux et la fierté de ses habitants. Mais quel est son secret ?

L'atout du coût du travail

Il conviendrait plutôt de parler de « secrets » au pluriel, tant les atouts sur lesquelles repose l'économie polonaise sont multiples. Le principal demeure le faible coût du travail, quoiqu'en dise les Polonais qui n'aiment guère que l'on réduise leurs forces à cette seule donnée. Mais il n'empêche. A 7,5 euros de l'heure en moyenne dans l'économie marchande, la Pologne est le cinquième pays le moins cher de l'UE, derrière la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie et la Lettonie. Mais avec une quantité et une qualité de main d'œuvre souvent supérieure à ces pays. Face à ses grands concurrents, la Pologne peut encore s'appuyer sur une main d'œuvre 5,3 % moins chère que la Hongrie, 15 % moins chère que la Slovaquie et 45,3 % moins chère que la République tchèque. Pour ne rien dire évidemment des pays plus à l'ouest...


Cet atout est souvent déterminant. D'autant qu'il est lié à une politique très active d'avantages fiscaux pour les entreprises. Si le niveau de l'impôt sur les sociétés, à 19 %, n'est pas déterminant dans une région où il est souvent à ce niveau (Hongrie, République tchèque) ou inférieur (Roumanie, Lituanie, Lettonie), les exemptions accordées dans les 14 zones économiques spéciales et les subventions accordées aux investissements permettent souvent de réduire sensiblement le poids de l'impôt. Tout ceci contribue à attirer les capitaux étrangers, sans lesquels il ne saurait y avoir de croissance polonaise.

Après l'industrie, les services et l'agriculture


La Pologne demeure donc une terre d'accueil privilégiée pour les délocalisations. Industrielle, bien sûr. Les activités de production représentaient 32 % des investissements directs étrangers cumulés à fin 2012. Les exportations industrielles, notamment vers l'UE (75 % des exportations) continuent logiquement à jouer un rôle dans le succès du pays. Mais d'autres secteurs se développent comme l'agro-alimentaire qui s'appuie sur de grandes exploitations agricoles à l'ouest, ou les services. La Pologne devient le lieu de destination de beaucoup de services aux entreprises. Les activités de « BPO » (Business Process Outsourcing), qui regroupent d'immenses plateformes de délocalisation des ressources humaines, de services informatiques ou de services financiers. On cite notamment beaucoup le cas des implantations du groupe indien d'informatique Infosys, d'IBM ou de Cap Gemini. La facilité de trouver une main d'œuvre bon marché, formée, compétente et polyglotte a permis un développement rapide de ces activités. Ce secteur emploie désormais 130.000 personnes, alors qu'il n'existait pas voici quinze ans. Cracovie est devenue la deuxième ville au monde pour ces activités que l'on trouve aussi en masse à Wroclaw, dans le sud-ouest du pays, où l'on signale même déjà un manque de main d'œuvre.

La forte demande intérieure

Mais ce développement vers l'étranger n'est pas le seul moteur de la croissance polonaise. Les exportations polonaises représentent 47 % du PIB, bien loin des proportions tchèque, slovaque ou balte qui frôlent ou dépassent les 100 % du PIB. Le principal moteur, depuis quelques années, de la croissance est même la demande intérieure. La construction et la consommation des ménages y jouent un rôle déterminant. Il est vrai que la Pologne a un marché intérieur très large puisque c'est le pays le plus peuplé de l'Europe centrale. Les Polonais sont 38 millions d'habitants, c'est près de deux fois plus que les Roumains, quatre fois plus que les Tchèques et les Hongrois et huit fois plus que les Slovaques. Le potentiel de développement de la consommation s'appuie sur la hausse des salaires qui a atteint 19 % entre 2008 et 2013. C'est une progression assez rapide au regard de celles de la région, mais on a vu que la compétitivité polonaise disposait d'une marge de manœuvre importante. A cela s'ajoute le bas niveau des prix. Selon Eurostat, les prix polonais sont les deuxièmes plus bas dans l'UE, à égalité avec la Roumanie, et représentent 57 % du niveau moyen européen. Seule la Bulgarie est meilleure marché. Dans certains cas, comme les prix alimentaires, la Pologne est même le pays le moins cher d'Europe. Et comme l'inflation est maîtrisée et est même négative depuis quelques mois, le revenu disponible favorise les dépenses. Pour le plus grand bonheur des firmes de distributions françaises qui sont omniprésentes dans le pays.

L'importance des fonds européens

L'autre moteur de la demande intérieure, ce sont les fonds européens. La Pologne est le pays qui a sans doute le plus profité du grand élargissement de 2004. Entre 2004 et 2020, les deux programmes de fonds structurels devraient permettre à l'économie polonaise de toucher, en tout, une manne de plus de 150 milliards d'euros, soit un peu moins de 10 milliards par an. C'est un peu comme si, en moyenne, chaque année, le pays connaissait un plan de relance de 2,5 % du PIB. C'est donc considérable. L'argent européen s'est principalement investi - mais pas seulement - dans les infrastructures qui étaient particulièrement défaillantes dans le pays. Beaucoup d'autoroutes et de routes nationales ont été construites et modernisées, mais il reste aussi beaucoup à faire, particulièrement dans les chemins de fer. Ces fonds européens n'alimentent pas seulement les dépenses de construction, ils permettent aussi un désenclavement de certaines régions et une amélioration de l'attractivité du pays et donc de sa croissance.

C'est un formidable amplificateur de croissance pour la Pologne qui, il convient de le souligner, a plutôt bien réparti et utilisé l'intégralité de ces fonds. Une des clés de la réussite de l'utilisation de ces fonds, c'est la faible corruption dans une région où elle est encore fréquente. Selon le classement de perception de la corruption de Transparency International de 2013, la Pologne est 38ème, devant toutes les économies d'Europe centrale de l'UE, mais aussi devant l'Espagne et l'Italie. Tout ceci donne à la Pologne une image de stabilité renforcé non seulement par la solidité du système bancaire, mais aussi par la longue domination, depuis 2007, du parti libéral très favorable aux investisseurs et aux employeurs, Plateforme civique (PO).


Pour le moment, l'optimisme règne en Pologne. Certes, la croissance fluctue au gré des évolutions de l'économie européenne, mais, s'appuyant sur des consommateurs frénétiques et des fonds européens généreux, elle semble capable de passer sans encombre à travers toutes les crises. En sera-t-il encore longtemps ainsi ? Nul ne le sait, mais il est certain que, désormais, la Pologne doit faire face à plusieurs défis.

Demain : les défis d'avenir de l'économie polonaise.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2014 à 12:19 :
Aux frais des contribuables français et européens pour le grand profit de la grande Allemagne et des racketteurs yankee,et on oublie bien sur la France naïve qui ne fait pas partie de l'accord,du deal honteux!
a écrit le 18/11/2014 à 21:33 :
Facile avec notre argent et quand la France est un contributeur net à l'Union européenne, Union qui nous fait perdre de 7 à 9 milliards d'euros annuels depuis 10 ans pour permettre à la Pologne et aux autres entrants de se développer et nous concurrencer.. Car la vraie raison du développement des pays de l'est est leur entrée dans l'Union géographique en les appâtant de nos subventions et à la seule fin de superposer la carte de l'Otan -d'intérêts us et non européens- pour contraindre la géopolitique russe et installer les missiles de l'Otan à ses frontières. La construction européenne n' étant en fait qu'une superposition d'intérêts nationaux divergents exacerbés et ne pouvant fonctionner puisque entretenue dans la division par les maitres d'outre atlantique tenant ses leaders.. La France avait tout à perdre économiquement dans cette Union, elle est en train de tout y perdre, l'Allemagne tout à y gagner puisqu'on développait dans cet élargissement un important gisement économique sous la forme d'un marché en devenir dans son hinterland de l'est et sachant qu'elle ne serait pas impactée grâce à une industrie spécifique ultra spécialisée faite de machines outils et grosses voitures de luxe, toutes deux à forte valeur ajoutée. Ainsi pendant que l'Europe s'étendait à l'est, elle participait à ruiner les pays du sud, en fait les généreux pourvoyeurs de son développement dans l'incompréhension de ses peuples assortie du silence assourdissant de ses gouvernants, un comble! Les analyses de François ASSELINEAU président de l'UPR, seul parti qui prône la sortie inconditionnelle de l'Union par l'article 50 du TUE sont sur UPR. fr et permettent de démystifier cette Europe là et d'en découvrir les vraies motivations, un must. Dès lors rien ne pourra vous échapper des vraies raisons de notre infortune actuelle et future et qu'il est encore temps de corriger..
a écrit le 18/11/2014 à 19:45 :
Très bonne nouvelle ...la Pologne va pouvoir investir dans du matériel militaire Français afin de renvoyer l' ascenseur . Cela fait chaud au cœur de voir une Europe unie ......
a écrit le 18/11/2014 à 16:18 :
On nous a fait le coup il y a quelques années avec l'Islande, l'Irlande, la Grèce, j'en passe et des meilleurs. La Pologne est un pays très joli (contrairement à certaines idées reçues) et très sympathique, mais c'est un fait que sa population est moins élevée aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Où sont donc passés tous ces habitants perdus ???? Un peu partout, en Allemagne beaucoup, en Angleterre beaucoup, en Suède, en France, en Belgique, aux USA un peu. Je n'ai pas de problème avec ça, mais c'est toujours plus facile de faire baisser le chômage quand 1) tous les jeunes chômeurs quittent le pays et 2) que les décès sont supérieurs aux naissances. Je dis cela aussi pour tous les pseudo-économistes qui commencent à s'extasier sur la pseudo baisse du chômage en Espagne et au Portugal, car c'est exactement la même chose qui s'y produit.
a écrit le 18/11/2014 à 16:07 :
Les commentaires montrent que peu de Français connaissent ce pays et parlent polonais.
C'est un pays dynamique, qui soigne sa culture et qui un jour dépassera la France.
a écrit le 18/11/2014 à 14:41 :
ils partent de zéro, et en plus bof bof pays...encore à des siècles
a écrit le 18/11/2014 à 13:15 :
Dans l'UE, le parasitisme fonctionne en circuit fermé, l'un après l'autre, suivant sa compétitivité, il se nourrit des déficits des autres! Respectant ainsi le dogme en cours de "la concurrence libre et non faussée"! Grâce a cette manoeuvre, et l'intégration de nouveau États, on compte, avec le temps, créer le "nouveau" peuple européen!

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