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ÉconomieFrance

Grand Paris : "Où l'Etat va-t-il trouver l'argent?"

Propos recueillis par Pierre Kupferman et Stéphanie Tisserond

Publié le 22 février 2010 à 07:45

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Hostile au Grand Paris, Jean-Paul Huchon explique pourquoi et comment il compte s'opposer à ce projet. Interrogé sur la réforme territoriale, il répond que la Région continuera à avoir les moyens de ses ambitions.

D'après ce que j'ai compris, le Grand Paris relève d'une volonté présidentielle et vous êtes contre le projet présenté par Christian Blanc. En cas de réélection, quelle sera votre position ? Comment comptez-vous vous y opposer ?

J-P.H. Le Grand Paris, c'est un projet de métro qui passe dans des zones non urbanisées, qui est entièrement souterrain, et qui ne desservira que les pôles d'excellence, excellence pour l'économie mais désastreux pour le voyageur transporté, puisque c'est du travail-travail et non domicile-travail. Or, les entreprises veulent que les salariés soient le moins loin possible de leur lieu de travail. Donc je suis contre le projet de loi Grand Paris tel qu'il est, parce que ce sont 35 milliards d'euros qui vont être utilisés sur un moyen de transport qui n'a pas d'intérêt pour les Franciliens aujourd'hui, ni même demain et je dirai même après-demain puisque tout cela se fera en 2035. Par ailleurs, c'est autoritaire, c'est Napoléonien. On crée une nouvelle administration, celle du Grand Paris, alors que le Stif existe déjà. Donc on va avoir deux réseaux, l'un géré par l'Etat, l'autre par la région. Sur les deux réseaux, on n'aura pas la même tarification. Il faudra changer de ticket. Tout cela ne tient pas debout.

La Tribune : Quelle est votre marge de man?uvre contre ce projet ?

J-P.H. Nous allons nous battre. J'attends le vote au Sénat, le 7 mai. Avant ce jour, il y a le 21 mars, jour des résultats des élections régionales. Croyez-vous vraiment que, par rapport au refus manifesté par la région, si jamais je suis confirmé avec une majorité plus forte, on va pouvoir nous traiter comme si nous n'existions pas ? Je ne le pense pas. Par ailleurs, où l'Etat va-t-il trouver de l'argent pour faire cela ? Christian Blanc nous parle de partenariat public-privé (PPP), mais savez-vous comment fonctionne un PPP ? C'est l'entreprise qui fait l'avance des fonds et qui construit. Le problème, c'est que pour emprunter, l'entreprise s'appuie sur une notation financière. Et aucune entreprise n'a la notation financière de la région. Aucune. J'ai une notation AAA. Il n'y a pas une entreprise, dans la situation de crise, même parmi les plus grandes, qui ait une telle notation. Résultat : cela coûte beaucoup plus cher d'emprunter et, après, on ferait payer cela aux contribuables. Mais, c'est quelque chose d'aberrant !

Quelle est votre position sur la réforme territoriale ? Dans les entreprises, on casse les structures, on fait disparaître des niveaux de décision. Est-ce un bien ou un mal ? La réalité est là. Aujourd'hui, la démarche de l'Etat est contraire, on crée de nouvelles structures, n'en faisant disparaître aucune, me semble-t-il...

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J-P.H. Moi, je suis régionaliste et ce, pas d'aujourd'hui ; j'étais avec Michel Rocard et Pierre Mendès-France en 1965 au colloque de Grenoble, qui a inventé la notion de régionalisation. Pour moi, il y a un échelon de gestion des problèmes transversaux -aménagement du territoire, éducation, développement économique, recherche université- qui doit se faire à un niveau qui n'est pas clientéliste, pas trop local et en même temps pas au niveau national. Donc je suis régionaliste et j'estime qu'on doit étendre les compétences des régions. Quant à toutes ces histoires sur le « millefeuilles », l'excès de structures, c'est juste de la politique, si j'ose dire, trop simpliste. La vie est beaucoup plus compliquée que cela. Ainsi, en Ile-de-France, nous avons inventé un système de partenariat original, celui des financements ajoutés. Lorsqu'on réalise le tramway entre Porte de Châtillon et Vélizy-Viroflay, qui est une grande zone de l'emploi en Ile-de-France, 78% est apporté par la région et le reste par les deux départements (Hauts-de-Seine et Yvelines) qui pourtant ne sont pas de la même couleur politique que moi. Mais, là-dedans, il n'y a rien de choquant dans le fait de mettre des efforts en commun. Je suis pour la logique contractuelle de manière générale et cela fonctionne très bien. Voyez aussi le T2, qui passe en bas de votre rédaction : il a été financé par la région à 60%, par le département des Hauts-de-Seine à 10%, par la Ville d'Issy-les-Moulineaux à 5%, par la Ville de Paris à 5%, ... et par l'Etat à 0%. Qui est efficace aujourd'hui ?

Jean Ancely. Vous dites, le millefeuille, c'est une tarte à la crème. . Mais dans les faits, je ne connais pas un maire, un président de conseil général, un président de région qui n'y va pas de sa pierre... J'habite une commune où la première chose que le maire a faite a été de créer un nouveau pôle emploi, un pôle de compétitivité économique...

J-P.H.. C'est l'Etat qui crée des structures nouvelles, pas les collectivités locales.. La fameuse suppression des conseillers régionaux et généraux va représenter 0,0,3% de l'ensemble des budgets. Pendant ce temps là, le gouvernement, lui, entasse des milliards de dette et des milliards de déficit. Comment peuvent-ils nous mettre en accusation, alors que nous, nous avons un budget à équilibrer ? C'est la loi, je ne peux pas faire autrement. Eux, ils peuvent financer du fonctionnement, des fonctionnaires, des acquisitions, tout ce qu'ils veulent ; ils ne financent pas de l'investissement. Nous, nous avons un budget équilibré et nous finançons l'investissement. Aujourd'hui, la gestion des collectivités locales est bien plus efficace que celle de l'Etat. Il faudra bien qu'on en prenne conscience.

Jean Ancely. Comment allez-vous financer votre programme après la réforme de la taxe professionnelle ? Vous ne pouvez plus guère augmenter les impôts, si j'ai bien compris...

J-P.H. Nous allons être plus sélectifs sur les critères d'attribution des aides, en privilégiant tout ce qui est en faveur du développement durable -la construction de lycées et de bâtiments à basse consommation, le développement du recueil des eaux de pluie, etc.- et tout ce qui est de caractère social -prise en charge d'une association de prévention pour éviter le développement de la délinquance par exemple. Cela signifie que nous subventionnerons un peu moins d'autres secteurs. Mon début de carrière, c'était fonctionnaire à la Direction du budget, j'y suis resté 11 ans. Je sais ce que c'est tout ça. Bon an mal an, avec un budget de 5 milliards d'euros, nous avons les moyens de notre politique et nous commençons franchement à en avoir ras-le-bol que des gens nous donnent des leçons, alors que, tous les jours, eux inventent des dépenses supplémentaires ou des impôts supplémentaires sans en référer à qui que ce soit et avec une inefficacité économique avérée aujourd'hui.

Propos recueillis par Pierre Kupferman et Stéphanie Tisserond

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