Au PS, la guerre est déclarée entre idéalistes et réalistes

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Le PS renoue avec les démons de la division. Le parlement du parti a voté mardi soir à une large majorité les propositions sur "l'égalité réelle" élaborées par Benoît Hamon mais les "réalistes" emmenés par François Hollande, Manuel Valls ou Pierre Moscovici sont entrés en résistance contre "la machine à promesses" pour la présidentielle de 2012.

C'est un débat qui n'est pas près de donner envie à Dominique Strauss-Kahn de revenir se frotter à la vie politique française, et à celle de son parti en particulier. Les socialistes réunis mardi soir en conseil national ont adopté à une large majorité le texte sur "l'égalité réelle" élaboré par Benoît Hamon, porte-parole et leader de l'aile gauche du PS. Un texte de 45 pages présentant un éventail de propositions contre les inégalités, dans le domaine de la santé, des discriminations, du logement ou de l'éducation. Le projet a recueilli 59 voix pour et 12 abstentions, parmi lesquelles celles de François Hollande, Manuel Valls et Pierre Moscovici.

"C'est bien beau d'avoir une sorte de concours Lépine des propositions pour l'égalité réelle, mais la réalité, c'est qu'il faut ordonner, prioriser ses propres priorités", a commenté mercredi matin sur RTL le sénateur-maire PS de Dijon, François Rebsamen, proche de François Hollande. Manuel Valls avait de son côté déploré mardi soir "l'absence de tout chiffrage". "On ne peut pas tout promettre", a averti le député-maire d'Evry.

Les opposants au texte, qui ont toutefois pris soin de ne pas voter contre, essayant ainsi d'échapper à l'accusation de la division, dénoncent un véritable "arbre de Noël" de promesses. Ce qui renvoie, selon eux, le PS à son image de parti qui se perd dans des catalogues de propositions avant les élections pour se révéler gestionnaire rigoureux une fois au pouvoir. Ce qui ne manque pas de susciter des déceptions. Parmi les mesures qui ont suscité l'ironie des "réalistes" du PS, l'objectif ambitieux en terme de logement, qui voudrait que personne ne soit  "contraint de dépenser plus de 25% de son budget" pour se loger.

Martine Aubry s'est déchaînée mardi soir contre l'aile réformiste du PS, défendant "un texte de choix de société, pas de dépenses publiques". "Ce qui m'intéresse, c'est que 99% du PS a compris que les Français voulaient qu'on soit tourné vers eux, qu'on apporte des réponses nouvelles et innovantes", a affirmé la première secrétaire du PS. "Notre voie : forcément à gauche car c'est cela qui portera notre crédibilité", a-t-elle insisté. Le fabiusien Guillaume Bachelay s'est moqué des "réalistes" qui "courbent l'échine face au réel".

Les militants socialistes se prononceront le 2 décembre sur ce texte, avant une convention nationale le 11 décembre.

Ces escarmouches entre dirigeants socialistes sonnent en fait le début de la campagne des primaires pour la désignation du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012. Martine Aubry, qui a conclu un pacte de non-agression avec Dominique Strauss-Kahn, cultive son alliance avec l'aile gauche du PS, emmenée par Benoît Hamon. Soutenue par Laurent Fabius, elle a pris soin aussi de se ménager un accord avec Ségolène Royal, l'ex-candidate de 2007, dont les partisans ont approuvé mardi soir le texte sur l'égalité réelle. Tout comme les amis de Bertrand Delanoë.

Face à Martine Aubry, François Hollande se veut le tenant d'une approche "sérieuse" de la campagne présidentielle de 2012. L'ancien patron du parti préconise la définition de trois à cinq objectifs prioritaires, avec la jeunesse comme thème principal. "Je vous mets en garde contre le fétichisme de deux ou trois slogans qui devraient permettre de régler les problèmes", a répliqué mardi soir la première secrétaire du PS. Mercredi, Ségolène Royal a volé au secours de Martine Aubry en appelant les socialistes à éviter "les clivages et les postures". "Chaque chose en son temps, nous sommes dans le temps du travail collectif pour montrer que la France mérite mieux que ce qu'elle a. Ensuite il y aura le temps des candidatures", a asséné la présidente de Poitou-Charentes.

Reste que, pour nombre de socialistes, ce pré-programme présidentiel répond aussi à un souci tactique évidemment non avoué par les dirigeants du PS. Il s'agirait d'opérer une manoeuvre de dissuasion vis-à-vis de Dominique Strauss-Kahn. Jugé trop à droite par l'électorat de gauche, le directeur général du FMI ne serait pas le mieux placé pour porter un programme idéologiquement très marqué.

 

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