Stéphane Rozès : "Ces cantonales sont un laboratoire de la présidentielle"

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Stéphane Rozès, politologue, président de la société de conseil Cap et enseignant à HEC et Sciences Po, analyse pour La Tribune, les enjeux des élections cantonales, un an avant la présidentielle de 2012.

Quels seront les thèmes de l'élection présidentielle de 2012 ?

Premièrement, la dimension spirituelle du futur président, sa capacité à incarner la fonction présidentielle et, ensuite, l'articulation dans son projet temporel entre la question sociale et la question nationale. Chacun se demande comment le pays doit et peut se réformer pour se déployer dans la mondialisation et quelle est sa place dans ce mouvement, dans le commun national dont le président est la figure.

Quels sont les enjeux pour les candidats ?

Nicolas Sarkozy doit renouer avec le pays alors qu'il connaît une crise de leadership inégalée pour un président sortant. Il oscille entre une ligne sociale-républicaine, inspirée par Henri Guaino et qui nécessiterait qu'il se représidentialise au travers d'un 'récit commun' et la ligne actuelle identitaire-nationale, inspirée par Patrick Buisson [conseiller de Nicolas Sarkozy, ancien journaliste à Minute, Valeurs actuelles ou à la télévision, sur LCI et Histoire, Ndlr], qui vise à faire rupture en infléchissant le logiciel républicain avec un travail sur les origines.

Marine Le Pen commence à transformer le FN de parti protestataire en alternative politique. Elle perpétue des thèses xénophobes en pointant les musulmans et derrière les immigrés, au nom de la République et de la laïcité,elle articule la question sociale et nationale avec la fermeture des frontières censée éviter les délocalisations dans un sens et les flux migratoires qui concurrencent le salariat de l'autre. Quant à la gauche, le pays attend son candidat car, sur le fond, à part l'anti-sarkozysme, le flou domine. Mais pour tous, ces cantonales sont déjà un laboratoire de la présidentielle.

Nicolas Sarkozy déploie-t-il avec le refus du "front républicain" une ligne de conduite claire ?

Oui. La ligne nationale-identitaire vise à déplacer dans les représentations le débat : des questions économiques et sociales, plus favorables à un candidat comme Strauss-Kahn aux questions culturelles comme l'identité et la laïcité .. et à déplacer le débat gauche/droite à droite/extrême-droite. Du discours de Grenoble, qui établit un lien entre immigration et insécurité et ancienneté de la nationalité pour juger des délinquants, en passant par le débat de l'UMP liant laïcité et Islam et par le refus du "front républicain" qui renvoie dos à dos la gauche et le FN, la logique d'opinion et les faits électoraux actuels amènent Marine Le Pen au second tour. Car Sarkozy récupère l'électorat FN en 2007 en lui donnant une place positive au sein de la Nation ("travail-mérite-pouvoir d'achat"). Faire un lien immigration - insécurité ou pointer le mauvais musulmans renforce le FN. Mais cette orientation ouvre le champ des possibles à Nicolas Sarkozy.

L'analyse est qu'en campagne le (la) candidat(e) socialiste ambigu(ë) sur la République et la laïcité, car porté comme aujourd'hui par un tropisme multiculturaliste et de droit à la différence, se coupera des catégories populaires et ne passera pas le second tour. Les droites gaullistes, humanistes et démo-chrétiennes et les principaux ténors de la majorité (hormis Jean-François Copé) sont, pour des raisons de valeurs, hostiles à cette orientation qui à terme préfigure un scénario à l'italienne, une alliance UMP-FN devenant tacitement ou explicitement nécessaire et possible. Ils comprennent également qu'en cas de duel Sarkozy/Le Pen en 2012, le pays contraint de voter Sarkozy pour des raisons républicaines s'en libèrera en votant majoritairement à gauche aux législatives.

La personnalité du candidat socialiste joue-t-elle ?

Oui. Nicolas Sarkozy n'est pas un doctrinaire. Il va voir comment le candidat socialiste se positionne sur la réforme et la république pour choisir définitivement sa stratégie. A l'issue du second tour, il va regarder déjà comment se sont comportés les électorats en présence de son orientation identitaire-nationale avec la fin du front républicain.

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Commentaires
a écrit le 01/04/2011 à 15:02 :
N'importe quoi!
a écrit le 29/03/2011 à 20:28 :
A vouloir trop intellectualiser la politique , le réacteur est en train de péter , et ils ne savent pas comment nous expliquer comment s'en sortir , c'est drôle a voir mais pas pour longtemps . Il faut interdire aux enarques de rentrer en politique tant qu 'ils n'ont pas remboursés leurs études à l'état qui les avaient formés pour être des hauts fonctionnaires .
a écrit le 28/03/2011 à 13:54 :
Rien compris.
a écrit le 28/03/2011 à 12:40 :
fine analyse, comme toujours, cousin.
a écrit le 28/03/2011 à 12:29 :
Je plains fort nos etudiants qui ont à subir la dimension vocabulairienne spirituelle de cet analyste qui pense pouvoir remplacer la pensée représentationnelle par un logiciel formulistique suranné... mon dieu.. c'est comme cela qu'on engendre des cranes d'oeuf..qui sont capables de nous faire passer des vessies pour des lanternes ou d'ecrire des analyses sans fond..
a écrit le 28/03/2011 à 12:28 :
Le Labo grandeur nature se situe en Val d'oise terre d'éligibilité de M.DSK;
Il suffit de voir le réaction d'Argenteuil,qui préfére des politiques laborieux à des Bobos gauchisants.
Les 3 cantons sont passés à l'UMP,alors que depuis 40 ans,ces sceteurs étaient à Gauche gauche.
Réponse de le 28/03/2011 à 13:36 :
Bien en accord avec cette analyse.
a écrit le 28/03/2011 à 12:25 :
Ce n?est pas une crise d?autorité dans une union de façade.
C?est une perte totale de crédibilité que ce soit à l?intérieur où à l?extérieur de son Union.
Il n?en est pas plus le chef qu?il n?est représentatif des Français. La fonction de Président lui échappe. Et, depuis les vacances aux invitations du Maroc, de la Tunisie et de l?Egypte et la révolution Arabe il s?est complètement discrédité.
Il essaie de se rattraper mais c?est trop et trop tard.
Encore, sur ces élections et a contre courant il a modifié la loi électorale pour y amplifier l?élimination des minorités et en a programmé la disparition.
C?est ce manque total de crédibilité qui me fait affirmer qu?il est foutu et c?est pas plus mal. C?est plus sûr car ca vient de l?intérieur.
a écrit le 28/03/2011 à 12:13 :
C'est étrange ... même les politologues semblent avoir quitté la réalité :)
C'est tellement plus simple et évident que ce qui leur est possible d'envisager ! rire
a écrit le 28/03/2011 à 12:08 :
BLABLA COMME IL EXISTE UN DENI DE GROSSESSE IL EXISTE UN DENI D IMMIGRATION ET MARINE VOUS ENFERME DANS CE PROBLEME QUE VOUS NIEZ
a écrit le 28/03/2011 à 10:15 :
NS n'est pas un doctrinaire, dites vous; en matière électorale (politOcarde ?) peut être. Par contre sur sa "vision des choses", tout prouve qu'il est dogmatique...

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