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Afrique de l’Ouest

Mali : des manifestants en croisade contre la force française Barkhane

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 03 août 2017 à 17:39 - Mis à jour le 03 août 2017 à 17:43

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Des manifestants ont scandé des slogans hostiles à la France, en dénonçant la force française Barkhane, ce jeudi 3 aout devant le siège de l’ambassade française à Bamako. Les manifestaient répondaient à l’appel de plusieurs associations de la société civile malienne, qui entendent par là alerter l’opinion internationale sur la situation sécuritaire dans le nord-Mali et le rôle de la France dans la guerre qui oppose le gouvernement de Bamako aux groupes rebelles.

Il est bien loin, le temps où le président français de l'époque, François Hollande, était accueilli en héro au Mali et la France glorifiée dans toutes les rues de Bamako et des grandes villes du pays. Il est vrai qu'en janvier 2013, la France a envoyé ses soldats pour stopper l'offensive des groupes jihadistes qui, après avoir mis en coupe réglée la partie septentrionale du pays, visaient la capitale Bamako.

Depuis, le vent a tourné et trois ans après, c'est tout un autre sentiment qui prévaut au sein d'une large frange de l'opinion malienne par rapport à la présence militaire française dans le pays. C'est ce que témoigne la manifestation qui s'est déroulée, ce jeudi 3 août devant l'ambassade de la France à Bamako.

A l'appel de plusieurs associations de la société civile malienne, des centaines de manifestants ont scandé des slogans hostiles à la France et à la Force Barkhane qui a succédé à Serval pour appuyer les 5 pays de la bande sahélienne dans leur lutte contre le terrorisme et les trafics illégaux de tout genre.

«Oui à l'intégrité territoriale du Mali», «Non au Silence coupable de la France», «Nous avons enfin compris : la France et Barkhane on en a marre !», lisait-on sur plusieurs banderoles déroulées lors de la manifestation qui s'est tenue sans heurts, même si les autorités ont mis en place un important dispositif sécuritaire sur les lieux du mouvement.

Selon les initiateurs du mouvement, il s'agit par ces actions de dénoncer «la partialité de la France dans le conflit qui opposent depuis des années le gouvernement malien et les groupes rebelles», comme l'a expliqué à la presse locale et en marge de l'évènement,  Mamady Dramé du mouvement Waati Serra (On a tout compris). Selon lui, il s'agit surtout d'alerter «l'opinion internationale sur la situation alarmante qui prévaut au nord du Mali».

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«Le choix de la devanture de l'ambassade de France se justifie par l'implication présumée de ce pays dans la gestion de la crise. C'est elle qui a mobilisé la communauté internationale à venir au Mali. La force Serval est partie, mais Barkhane et Minusma sont là. Malgré, le Mali continue de perdre progressivement son intégrité territoriale. Le moment est venu pour la France de clarifier sa position. Elle est et restera le premier partenaire du Mali. Mais elle doit contribuer à la stabilité du nord, une région par qui la sécurité du Sahel passe».

Présomption de complicité

Ce n'est pas la première fois que la France est accusée, à tort ou à raison, de viser d'autres intérêts que d'aider le Mali à retrouver son intégrité territoriale et à ramener la paix dans le nord. Cependant, c'est la première fois que des associations appellent à manifester publiquement et à décider de faire entendre leurs voix.

La manifestation n'a d'ailleurs pas mobilisé grand monde, mais elle reste symbolique pour les organisateurs, surtout qu'elle intervient quelques jours après les affrontements entre deux principaux groupes armés dans la région de Ménaka et qui se sont soldés par la débâcle du Gatia, une milice d'autodéfense pro-Bamako, face aux éléments de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) qui regroupe plusieurs mouvements rebelles touaregs. La CMA a même pris un temps le contrôle de la ville renforçant ainsi son emprise sur cette partie nord-est du pays, alors qu'elle contrôle depuis 2012 la région de Kidal dans l'extrême nord du pays, toujours hors contrôle de Bamako. Au sein de la CMA figurent plusieurs groupes indépendantistes comme le MNLA qui avait proclamé en 2012 l'indépendance de l'Azawad, après avoir chassé l'armée malienne en s'appuyant sur les mouvements jihadistes qui infestaient la zone.

La MINUSMA et l'ONU également en ligne de mire

«La force française Barkhane et la MINUSMA observent de façon passive les exactions contre les populations civiles qu'elles disent sécuriser», argue de son côté Adama Ben Diarra, le porte-parole d'un autre mouvement ayant pris part à la manifestation.

Les manifestants ont aussi réclamé plus d'engagements de la Mission des N0ations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) dans la sécurisation des populations et la lutte contre le terrorisme.

En dépit de l'accord signé entre le gouvernement malien et les groupes rebelles en 2015 à Alger et la présence des Casques bleus de la MINUSMA et ceux de l'opération française Barkhane, les forces armées maliennes peinent en effet à contrôler et à sécuriser la partie nord du pays. Les groupes rebelles constituent toujours une menace au processus de paix, alors que les groupes jihadistes continuent à mener des attaques, étendant leur présence aux pays voisins notamment au Niger et au Burkina. C'est ce qui a poussé les pays du Sahel à mettre sur pied une force conjointe à travers le G5 Sahel afin de lutter plus efficacement contre les groupes armés avec un mandat offensif et assez clair. Pour l'heure, le financement bloque la mise en place de cette force de 5 000 à 10 000 hommes et en attendant, c'est Barkhane qui se charge de la traque aux terroristes.

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La recrudescence des attaques et la situation dans le nord -où l'Etat malien n'est toujours pas présent- amplifient ainsi le sentiment «d'un double jeu français» pour bon nombre de Maliens.

Aboubacar Yacouba Barma

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