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Politique - La Tribune AfriqueIntégration régionale - La Tribune Afrique

G5 Sahel : les Etats-Unis amplifient la méfiance à l’égard des bases occidentales dans la région

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 12 juin 2017 à 05:30

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Le Conseil de sécurité n’a pas pu parvenir à un accord pour l’adoption de la résolution portée par la France et destinée à donner le feu vert à la force militaire régionale de lutte contre le terrorisme dans la zone sahélienne. En cause, la réticence des Etats-Unis, soutenus par la Grande-Bretagne et qui ont émis plusieurs griefs au mandat sollicité par les pays du G5 et entériné dans la requête française. Des arguments qui risquent de réduire la capacité d’action de cette force 10 000 hommes, ce qui...

C'était pourtant attendu que la requête portée par la France devant le Conseil de sécurité de l'ONU, pour donner mandat à la force militaire régionale du G5 Sahel, passe comme une lettre à la poste. Il n'en fut pourtant rien, puisque la résolution soumise le  mardi 6 juin dernier n'a pas encore pu être adoptée jusqu'à présent et de toute évidence, il va falloir encore attendre la suite des tractations pour espérer le feu vert du Conseil de sécurité.

Les Etats-Unis ont en effet fait part de plusieurs objections par rapport à la première mouture de la version présentée par la France, et en dépit de certaines révisions apportées par la suite à certaines dispositions pour tenir compte justement de ces griefs, les violons ne sont toujours pas près d'être accordés entre les favorables à la résolution et ses détracteurs.

D'un côté, la France soutenue par les autres membres permanents du Conseil notamment la Russie et la Chine, ainsi que les autres non-permanents -parmi lesquels des pays africains et européens, sont favorables à la résolution en soutien au G5 Sahel et, de l'autre côté, les Etats-Unis soutenus par leur traditionnel allié la Grande-Bretagne, s'opposent à une résolution en bonne et due forme. Tout au plus ont-ils consenti à accepter le principe d'une simple déclaration de soutien à l'initiative sous-régionale des pays sahéliens et cela après une révision en profondeur des termes de la déclaration.

Dès la présentation de la requête française, les Etats-Unis ont émis des réserves sur le projet de résolution qui donne mandat à la force régionale de 10 000 hommes, décidée par le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso, «d' utiliser tous les moyens nécessaires  pour  combattre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic de personnes», dans toute la bande sahélienne.

«Nous trouvons le mandat de cette force beaucoup trop large, manquant de précisions», a expliqué à l'AFP un haut responsable américain, pour qui autoriser l'usage de la force pour une «large palette d'activités, serait de nature à créer un dangereux précédent». «Nous soutenons le principe d'une force conjointe du G5 Sahel, comme un important exemple potentiel des efforts africains pour combattre l'extrémisme», a aussi déclaré un autre diplomate américain à la même source, ajoutant toutefois qu'une résolution du Conseil de sécurité «n'est pas toujours la seule, ni la plus sage des solutions pour offrir un soutien politique ».

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La France a donc dû revoir certaines dispositions du texte et a proposé une seconde version vendredi dernier et dans laquelle, il est précisé que les groupes armés, potentiellement ciblés par la force du G5 Sahel, sont ceux qui sont inscrits sur la lite des groupes terroristes de l'ONU.

Mauvais signal au départ

C'est donc un nouveau texte, revu sur plusieurs points, qui sera de nouveau soumis cette semaine à l'appréciation des 15 membres du Conseil de sécurité. Si la France et les pays du G5 espèrent toujours faire adhérer les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, c'est un mauvais signal envoyé pour l'opérationnalisation de la force régionale. Surtout pour les pays membres du G5 Sahel qui n'attendent que ce feu vert pour mettre en action la force dont l'état-major sera installé à Bamako au Mali, où se concentreront les interventions militaires de la force mixte.

Il y a quelques semaines pourtant, les membres du Conseil de sécurité du G7, dont notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, s'étaient engagés à soutenir l'initiative sahélienne. «L'ensemble des pays du G7 soutient la mise en place  de la force conjointe du G5 Sahel pour lutter contre le terrorisme», s'est félicité à l'époque, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui a plaidé la cause des pays membres à l'occasion du dernier Sommet de Taormina en Italie, où il était invité spécial et a rencontré à ce titre plusieurs dirigeants occidentaux.

En prélude au feu vert de l'ONU, le processus d'opérationnalisation de la force régionale s'est accéléré ces derniers temps avec la réunion, les 5 et 6 juin, du Conseil des ministres du G5 qui a validé d'importantes décisions, notamment la nomination d'un chef d'état-major. Le 2 juillet prochain, les chefs d'Etat des cinq pays membres de l'organisation devraient se retrouver à nouveau à Bamako pour un sommet spécial, consacré à la question. Un sommet auquel le président français Emmanuel Macron est attendu comme il l'avait lui-même promis.

L'attitude des Etats-Unis sonne donc comme une douche froide pour les pays de la région, car de toute évidence, on s'achemine vers l'adoption d'un texte qui risque de réduire la capacité d'action de la force régionale. Or, c'est justement le but recherché surtout que le manque de moyens et de mandat véritablement offensifs, est l'un des facteurs qui rendent inefficaces l'intervention des Casques bleus de la MINUSMA, comme en témoigne la situation sécuritaire actuelle qui prévaut dans le nord-malien et à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina.

Des inquiétudes et des interrogations

Avec la recrudescence, ces derniers jours, des attaques transfrontalières des groupes armés et autres bandes terroristes qui sévissent dans la sous-région à partir du foyer malien, la réticence des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne a vite fait de susciter des interrogations et des inquiétudes dans l'opinion des pays de la sous-région et au-delà.

Il est en effet incompréhensible, pour certains observateurs de la situation, qu'au moment où l'Afrique prend enfin en charge la résolution de ses propres conflits, l'élan se voit briser par des puissances occidentales, lesquelles, paradoxalement, intensifient leur présence militaire dans la sous-région.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup se demandent d'ailleurs à quoi sert la multiplication de ses bases militaires occidentales qui n'ont jusque-là pas empêché les groupes terroristes de mener des attaques et d'étendre même leur champ d'action. Il y a en effet de quoi exacerber les commentaires et sur les réseaux sociaux, certains se demandant même s'il est temps pour les pays de la sous-région de s'interroger sur les motivations réelles de la présence des forces occidentales au Sahel. Avec l'effet amplifiant, très cher aux théoriciens du complot et très en vogue sur le continent, la situation donne libre cours à toutes sortes d'interprétations.

Les Etats-Unis, présents depuis longtemps dans plusieurs pays, sont en train de construire une grande base militaire aérienne destinée au décollage des drones à Agadez dans le nord du Niger. La France est présente dans le Sahel avec Barkhane et ses 4000 soldats et plusieurs autres pays européens ont décidé également de s'installer militairement sur place. Dernier en date, l'Italie à la suite de l'Allemagne qui a déjà annoncé en décembre dernier la construction d'une base logistique de soutien à ses opérations au Mali, près de Niamey au Niger.

Le financement, le nerf de la guerre

Selon plusieurs sources concordantes rapportées par les médias américains, c'est la question du financement qui expliquerait les réticences des Etats-Unis et de leur allié britannique. L'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité imposera en effet à l'ONU d'y contribuer financièrement dans un contexte de réduction de ses dépenses consacrées aux budgets des Opérations de maintien de la paix (OMP). C'est du reste ce qu'attendent les pays membres du G5 Sahel et qui constitue visiblement la pomme de discorde avec l'Oncle Sam. Ce n'est tout compte fait pas une surprise au vu des engagements pris par le nouveau président américain Donald Trump, par rapport à la contribution financière de son pays aux opérations de maintien de la paix de l'ONU.

Pour l'heure, seule l'Union européenne a annoncé qu'elle versera 50 millions d'euros dans le cadre de sa contribution à la mise en place de cette force régionale. Devant les réticences des Américains et de la Grande-Bretagne à ne pas engager financièrement l'ONU dans un nouvel effort de guerre, cette question de financement risque de nuire à l'efficacité de la force régionale.

Les pays du G5 Sahel sont en effet parmi les plus pauvres du monde et ont déjà payé un lourd tribut à cette lutte contre le terrorisme qui plombe leurs efforts de développement, au vu des budgets assez conséquents qu'il a fallu consacrer aux dépenses militaires et de sécurité. Dans un contexte économique assez tendu, il leur sera impossible d'assumer le coût financier de l'opération qui reste encore à déterminer. Et c'est n'est pas la CEDEAO ou l'Union Africaine -qui ont certes déjà accordé leur soutien à la force régional- qui sera d'un grand secours.

Autant dire que la force régionale du G5 Sahel est encore en zones troubles, en dépit de la forte volonté des dirigeants des pays membres. La France qui espérait, à travers cette force, diluer sa présence au Sahel et écarter un risque d'enlisement pour Barkhane, risque de devoir encore consentir des concessions aux Etats-Unis pour ne pas enrayer le processus.

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Les conditions d'un mauvais départ pour la force régionale sont en train d'être réunies, alors que sur le front, la situation ne cesse de s'aggraver, amplifiant ainsi les menaces sécuritaires au sein de la toute la région et au-delà.

Aboubacar Yacouba Barma

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