La reprise mondiale menacée par les bulles spéculatives ?

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Pour la première fois depuis le début des années 1990, toutes les grandes zones de la planète sont en expansion. Les Etats-Unis devraient connaître en 2000 une hausse du PIB supérieure à 4 % pour la quatrième année consécutive, la zone euro est en phase d'accélération et les économies émergentes d'Asie ont retrouvé une croissance explosive. Même le Japon semble sortir peu à peu du marasme dans lequel il se trouve depuis une décennie. Dans ce contexte, l'optimisme est de rigueur. Le FMI vient d'ailleurs de relever ses prévisions de croissance de 3.4 % à 4.2 % pour l'année en cours. Pour 2001, le Fonds table sur une hausse de 3.9 % du PIB mondial.Patrick Artus, directeur des études économiques de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), ne partage cet enthousiasme. S'il ne remet pas en cause les prévisions de croissance pour l'an 2000, il insiste sur les risques qui pourraient se manifester à l'horizon 2001-2002. Trois dangers menacent selon lui la poursuite de la croissance mondiale : le retour de l'inflation, le ralentissement de l'activité en Europe et la contraction des marchés d'actifs mobiliers et immobiliers." Le contexte désinflationniste des années 1990 n'est plus d'actualité ", insiste l'économiste. Les tensions devraient continuer de se manifester dans la hausse des cours des matières premières. La reprise des économies émergentes d'Asie depuis le milieu de l'année 1999 a en effet poussé la demande mondiale de métaux et d'énergie vers de nouveaux sommets. L'offre de matières premières, qui est traditionnellement rigide à court-terme, a été incapable de réagir à cette progression de la demande, engendrant une progression considérable des cours (triplement du prix du pétrole entre janvier 1999 et mars 2000). Patrick Artus craint également que l'indexation des salaires, qui a jusqu'ici été limitée, entretienne l'inflation dans les années à venir. Selon lui, les politiques monétaires restent à l'heure actuelle trop accomodantes pour assurer la stabilité des prix.Alors qu'une majorité d'économistes espère que l'Europe connaîtra, dans les prochaines années, une croissance " à l'américaine ", le directeur des études économiques de la CDC est plus sceptique. Pour lui, l'expansion est avant tout soutenue, outre-Atlantique, par l'énorme effort d'investissement consenti par les entreprises depuis la fin des années 80. Le stock de capital s'est par exemple accru de 6 % par an depuis 1987, générant des gains de productivité considérables. Cette " grande débauche de capital " permet aux Etats-Unis d'afficher un taux de croissance potentielle de 4 % par an. La situation du continent européen est radicalement différente. Le stock de capital a progressé à un rythme deux fois inférieur à celui des Etats-Unis, et la croissance potentielle ne dépasse pas les 2.5 % par an. L'expansion actuelle s'explique plus par un rattrapage des performances médiocres du début des années 1990, que par une amélioration intrinsèque de la productivité européenne. " C'est pourquoi nous pensons que l'euro est uns devise structurellement faible. Les capitaux fuient l'Euroland à la recherche de zones dans lesquelles les perspectives de croissance sont meilleures ", estime Patrick Artus.Mais, le risque majeur pour la croissance mondiale ne doit être recherché ni dans l'inflation, ni dans le ralentissement de l'économie européenne. Il se trouve plutôt dans l'envolée du prix des actifs. " Les ressources du secteur privé (revenus des ménages, profits des sociétés, emprunts) ne peuvent être utilisées que dans deux buts. L'un est l'acquisition de biens et services ; l'autre est l'achat d'actifs mobiliers et immobiliers. Comme la croissance des ressources du secteur privé est plus rapide que celle de la consommation de biens et services, des flux de capitaux croissants viennent s'investir sur les marchés d'actifs. Or, l'offre de ces actifs augmente relativement peu, en particulier sous l'effet de la contraction des émissions d'obligations publiques. Mécaniquement, le prix des actifs est poussé vers le haut ". Cette spirale haussière pourrait cependant s'achever dans la douleur, à l'instar de ce qui s'était passé au Japon lors de l'éclatement de la bulle immobilière au début des années 90.

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