Déclaration de Wim Duisenberg

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Mesdames et Messieurs, le Conseil des gouverneurs de la BCE s'est réuni aujourd'hui pour la deuxième fois en dehors de Francfort. Je commencerai donc par remercier notre hôte, le gouverneur Trichet, de nous avoir conviés à Paris pour cette réunion et du très agréable accueil qu'il nous a réservé. Le président du Conseil de l'UE, M. Fabius, et M. Solbes, Commissaire européen, ont également assisté à la réunion.Comme à l'accoutumée, nous avons procédé à l'examen des récentes évolutions monétaires, financières et économiques et de leur incidence sur la politique monétaire visant à maintenir la stabilité des prix à moyen terme. À l'issue de cet examen, le Conseil des gouverneurs a décidé de ne pas modifier les taux d'intérêt de la BCE. En outre, nous avons procédé à un échange de vues sur les résultats obtenus jusqu'à présent ainsi que sur les défis pour l'avenir.Avant de procéder à une évaluation plus générale, je souhaiterais vous rendre compte brièvement des évolutions observées depuis la dernière réunion du Conseil des gouverneurs. S'agissant du premier pilier de notre stratégie de politique monétaire, aucune nouvelle donnée relative aux évolutions monétaires n'a été publiée depuis le 5 octobre. En ce qui concerne le second pilier, les cours du pétrole et les taux de change sont demeurés deux éléments importants de notre analyse. Avant de baisser légèrement, les cours du pétrole ont connu une nouvelle flambée en liaison avec les préoccupations des marchés quant à l'incidence des tensions politiques au Moyen-Orient. Dans le même temps, la croissance du PIB réel au cours des quatre trimestres écoulés jusqu'au milieu de l'année 2000 s'est révélée très soutenue. Comme indiqué lors de notre dernière réunion, l'évolution des cours du pétrole suscite une relative incertitude sur la dynamique de la croissance à court terme, ainsi qu'en témoignent les résultats d'enquêtes ou les indicateurs de confiance. Si ces indicateurs ont légèrement reculé ces derniers mois, ils restent globalement à des niveaux élevés, tandis que les facteurs déterminants pour la poursuite d'une croissance vigoureuse demeurent favorablement orientés. La relative stabilité des marchés obligataires confirme également cette tendance.Comme nous l'avions prévu lors de la réunion du Conseil des gouverneurs il y a deux semaines, les évolutions récentes des prix de l'énergie ont eu une forte incidence sur les taux d'inflation ; en septembre, la progression de l'IPCH s'est accélérée pour s'établir à 2,8 %, contre 2,3 % en août et 2,4 % en juillet. Cette évolution était attendue et figurait déjà dans les considérations ayant motivé nos décisions de politique monétaire du 5 octobre. Globalement, les derniers événements confortent le message sur lequel nous avons insisté le 5 octobre, à savoir que la politique monétaire doit veiller en permanence à ce que les anticipations continuent d'être fermement ancrées sur le maintien de la stabilité des prix en dépit du niveau actuel des taux d'inflation.À l'occasion de cette réunion, je souhaiterais, au-delà des commentaires concernant les dernières évolutions, tirer un bilan des deux années pratiquement achevées depuis l'entrée en vigueur de l'Union monétaire et souligner les principaux défis à relever. Tout d'abord, le processus d'élaboration de la politique monétaire et sa mise en Oeuvre ont fonctionné efficacement. Notre objectif de maintien de la stabilité des prix à moyen terme rencontre l'adhésion croissante du public. En outre, l'économie de la zone euro a remarquablement surmonté la phase de morosité qui prévalait au début de 1999 et l'activité a retrouvé un niveau qui n'avait pas été enregistré depuis plus d'une décennie. Non seulement la croissance du PIB réel a été supérieure à 3 1/2 % durant les quatre derniers trimestres, mais l'emploi a également progressé tandis que le chômage a reculé sensiblement. À l'évidence, la valeur externe de l'euro contraste fortement avec cette situation très favorable. La sous-évaluation de l'euro suscite des craintes quant à d'éventuelles implications négatives pour l'économie mondiale, notamment eu égard au risque pour la stabilité des prix au sein de la zone euro. Dans le cadre de son mandat et conformément à sa stratégie prospective, le Conseil des gouverneurs veillera à ce que la stabilité des prix soit maintenue à moyen terme. La confiance des investisseurs dans la stabilité interne de l'euro et les perspectives de croissance favorables au sein de la zone euro contribuent à rendre attrayants les investissements dans la zone et favoriseront le raffermissement de la valeur externe de l'euro. De fait, au cours de la période à venir, des mesures appropriées et énergiques devront être prises pour faire face à un certain nombre de défis, mais il y a lieu de rester confiant. La politique monétaire veillera à ce que les risques résultant de l'évolution des prix à l'importation n'engendrent pas des tendances inflationnistes plus durables, contribuant ainsi à préserver une croissance régulière du PIB et de l'emploi à moyen terme. Les gouvernements ont progressivement reconnu les avantages que des finances publiques saines et des politiques appropriées procurent à long terme, afin de ne pas imposer une charge excessive aux générations futures. Toutefois, il convient de ne pas relâcher les efforts. Si les soldes budgétaires globaux se sont améliorés sensiblement, cela est dû en grande partie au niveau relativement bas des taux d'intérêt et à la forte reprise de la croissance. Ces conditions favorables doivent être mises à profit pour intensifier le processus d'assainissement budgétaire. Les autorités gouvernementales doivent montrer leur engagement en faveur d'un assainissement budgétaire structurel en associant la maîtrise des dépenses aux prochaines réformes fiscales. Cela permettrait de tirer pleinement avantage de ces réformes. Les gouvernements ont également adopté certaines mesures concernant les marchés des produits afin de les rendre plus concurrentiels, ce qui bénéficiera aux consommateurs. Les effets favorables sur les prix, la croissance et l'emploi résultant de l'ouverture de certains secteurs à la concurrence sont indéniables dans les domaines des télécommunications et de l'énergie. Il s'agit à présent de poursuivre la déréglementation en vue de stimuler également l'activité dans d'autres secteurs de l'économie. Les gouvernements et les partenaires sociaux ont pris certaines initiatives visant à améliorer le fonctionnement des marchés du travail. Les résultats remarquables obtenus ces dernières années en matière de croissance de l'emploi s'expliquent également par le poids croissant de l'emploi à temps partiel et témoignent d'une plus grande flexibilité des marchés du travail. De nombreux acteurs peuvent contribuer à la poursuite des réformes sur les marchés du travail. Les partenaires sociaux joueront un rôle capital en maintenant une politique de modération salariale, compatible avec la stabilité des prix, et en tenant compte à la fois de l'évolution de la productivité et de la nécessité de poursuivre la réduction du chômage. Les bénéfices découlant de cette attitude sont déjà perceptibles. En outre, il existe un large consensus sur l'origine essentiellement structurelle de la persistance d'un taux de chômage élevé ; il s'agit d'un défi permanent auquel on doit répondre par des politiques visant à éliminer les rigidités structurelles des marchés du travail et à réduire les effets dissuasifs résultant des régimes fiscaux, de sécurité sociale et de retraite. La poursuite des réformes structurelles est particulièrement importante eu égard à l'évolution des métiers dans une économie qui doit être ouverte aux progrès rapides des nouvelles technologies et de la mondialisation. Le Conseil des gouverneurs estime que les vingt-deux premiers mois de l'Union monétaire ont été une réussite. Il est déterminé à continuer de relever les défis liés à la politique monétaire et a la conviction que les autres composantes de la politique économique rempliront leur rôle dans le cadre général de la politique de la Communauté et de la zone euro.Nous sommes à présent à votre disposition pour répondre à vos questions.

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