Le Crédit Agricole en bonne voie pour contrôler le Lyonnais

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L'offensive est officiellement lancée. Comme attendu depuis ce week-end, le Crédit Agricole a en effet déposé son offre publique d'achat sur le Crédit Lyonnais, selon un communiqué diffusé par le CMF. L'offre de la Banque verte, qui est en fait mixte, propose 5 de ses actions et une soulte de 148,24 euros en échange de 4 actions Crédit Lyonnais. Sur la base des cours de vendredi dernier, le Lyonnais est valorisé à 56 euros par titre, soit 19,5 milliards d'euros au total.Compte tenu de sa participation actuelle de 17,79%, le Crédit Agricole devra donc encore débourser 16,1 milliards d'euros, dont au maximum 10,9 en espèces. D'ores et déjà, il est assuré d'obtenir les titres de quatre actionnaires du GAP (AGF, Commerzbank, BBVA et IntesaBCI), représentant dans leur ensemble 21,2% du capital.760 millions de synergies attenduesLes synergies envisagées par la Banque verte, qui veut garder les deux réseaux, sont de 110 millions d'euros en banque de détail en France, de 490 millions à deux ans dans la banque de financement, de 75 millions dans la gestion d'actifs, de 45 millions dans les services financiers et de 40 millions pour les frais de holding. Bref, le Crédit Agricole attend 760 millions d'euros d'économies en 2004, date à laquelle l'opération sera relutive. Ces réductions seront notamment atteintes par des réductions d'effectifs. "Il n'y aura pas de licenciements secs mais environ 4.600 départs naturels envisagés", a déclaré à Reuters un porte-parole du Crédit Agricole.En ce qui concerne la direction du nouveau groupe, il est prévu que Jean Laurent, actuel directeur général de Crédit Agricole SA, soit le numéro un de l'exécutif, avec le titre de directeur général. Dominique Ferrero, actuel directeur général du Lyonnais, deviendra premier directeur général délégué et Yves Chevillotte, actuel directeur général délégué de Crédit Agricole SA, directeur général délégué. En tout cas, la détermination dont fait preuve aujourd'hui la Banque verte tranche avec les hésitations qui l'avaient conduite il y a trois semaines à laisser BNP Paribas emporter la première manche en reprenant les 10,9% de l'Etat. Mais, "pourquoi ne pas le dire, ce qui s'est passé il y a trois semaine a été un stimulant", a déclaré René Carron, le nouveau patron de Crédit Agricole SA, lors d'une conférence de presse. Le Crédit Agricole s'est donc clairement ressaisi et il est difficile de ne pas y voir la conséquence de la récente nomination de René Carron, alors que nombre d'observateurs avaient auparavant critiqué la frilosité de la Banque verte dans le dossier Crédit Lyonnais.En revanche, il s'agit d'un coup dur pour BNP Paribas qui avait pourtant placé la barre très haut en s'adjugeant les 10,9% de l'Etat à 58 euros par titre, et en ramassant par la suite des titres sur le marché jusqu'à détenir 16,23% du Lyonnais. La réaction de la banque de la rue d'Antin sera donc très attendue. Si tous les éléments sont "acceptables", BNP Paribas ne devrait pas s'opposer au Crédit Agricole. Dans le cas contraire, "toutes les options sont possibles", a-t-on laissé entendre à La Tribune (voir ci-contre). Néanmoins, la marge de manoeuvre est étroite pour BNP Paribas. Car une surenchère sera difficile et si elle laisse la main, la banque rentrera juste dans ses frais, son prix de revient étant voisin de 55 euros par action.Le marché semble quant à lui avoir déjà tranché. Après avoir subi une pression baissière continue depuis sa première offensive, l'action BNP se reprend et gagne 7,48% à 40,54 euros, en fin d'après-midi. Bref, le marché semble considérer que le risque de dilution lié à une OPE de BNP Paribas s'écarte peu à peu. "Le rapprochement étant amical (...) il nous apparaît à ce jour peu vraisemblable que le groupe surenchérisse sur l'offre du Crédit Agricole", écrivait lundi matin Aurel-Leven. Une opinion partagée par Pierre Bucaille, analyste chez Fideuram-Wargny, qui estime dans une interview à latribune.fr (voir ci-contre) qu'une contre-offre serait trop dilutive. S'exprimant ce matin, Jean Laurent a d'ailleurs exprimé le souhait que BNP Paribas apporte ses titres à l'offre de la Banque verte.Regain de spéculation sur la Société GénéraleMais la BNP n'est pas la seule à profiter de la nouvelle. L'action Société Générale s'envole de 10,50%, à 57,35 euros, toujours portée par la spéculation. Car après ce qui ressemble à un échec sur le Lyonnais, BNP Paribas pourrait, selon des observateurs, se retourner une nouvelle fois vers la Société Générale. "Il reste un seul réseau de taille nationale disponible en France, c'est celui de Société Générale", note un analyste cité par l'AFP, qui met toutefois en garde contre un optimisme excessif. "BNP et SG n'ont pas le couteau sous la gorge, ils ne devraient pas se rapprocher dans les prochaines 48 heures, mais on ne peut pas empêcher le marché de spéculer", ajoute-t-il.Avec un gain de 6,06%, à 12,42 euros, Dexia est quant à lui toujours en vue mais un peu moins que lors des dernières envolées des bancaires. Il faut dire que la banque franco-belge a écarté toute possibilité de rapprochement avec la Société Générale, indiquant qu'elle se concentrait uniquement sur le Crédit du Nord. Seulement, l'actionnaire à 80% du Crédit du Nord (la Société Générale) ne veut pas vendre.Enfin, les actions des deux principaux intéressés, le Crédit Agricole et le Crédit Lyonnais, sont demeurées suspendues toute la matinée. En fin d'après-midi, le titre Crédit Agricole perd 1,91% à 14,86 euros, tandis que celui du Lyonnais monte de 2,37% à 54 euros.

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