La Turquie toujours au bord de la crise politique

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Le climat politique est resté particulièrement lourd aujourd'hui en Turquie, mais aucun événement décisif n'est venu aggraver la crise politique larvée déclenchée hier par la démission de quatre ministres et de 31 députés du parti du Premier ministre. Dans la foulée, la Bourse d'Istanbul avait reculé de 4,7%, tandis que la livre turque atteignait son plus bas historique à 1.706.000 livres pour un dollar. Les marchés craignent en effet des élections anticipées à l'automne qui amèneraient une chambre ingouvernable dominée par les nationalistes anti-européens et par les islamistes. Dans ce cas, la stabilité politique de la Turquie et son orientation vers l'Occident pourraient être compromises. Dans l'immédiat, les marchés redoutent la remise en cause du prêt de 16 milliards de dollars consenti par le FMI contre des réformes politico-économiques et qui est crucial pour la sauvegarde de l'économie turque.Aujourd'hui, le Premier ministre Bülent Ecevit n'a montré aucun signe de vouloir céder à la pression. Il a remplacé les quatre ministres démissionnaires et a affirmé à la leader d'opposition Tansu Ciller qu'il n'était pas prêt à démissionner. En conséquence, la bourse d'Istanbul n'a chuté que de 1,8% et la livre est remontée légèrement. Mais, à 77 ans et rongée par une maladie qui le rend indisponible depuis plus de trois mois, le degré de résistance de Bülent Ecevit reste limité. En fait, la situation dépend peu du Premier ministre lui-même. Son partenaire de coalition, le parti ultra-nationaliste MHP, a d'ores et déjà demandé la réunion du parlement pour réclamer son autodissolution. Avec la défection d'une trentaine de députés de son parti le DSP, le rapport de force devient nettement défavorable à Bülent Ecevit. L'avenir immédiat du gouvernement dépend cependant surtout d'un seul homme, le ministre de l'Economie Kemal Dervis. Chouchou de l'Occident et du FMI, sa démission entraînerait à la fois un écroulement des marchés et la chute inéluctable de Bülent Ecevit. D'autant que l'ensemble du pôle "libéral" et pro-UE du gouvernement le suivrait. Aujourd'hui, Kemal Dervis a montré une volonté de pacifier la situation, affirmant qu'il n'existait "aucune instabilité excessive". Mais les médias et les observateurs le soupçonnent de vouloir créer un parti libéral pro-européen avec le ministre des Affaires étrangères Ismail Cem. Dans l'après-midi, Dervis et Cem se sont rencontrés, officiellement seulement pour "discuter du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne". La rencontre a toutefois relancé les rumeurs dans les milieux économiques qui, par ailleurs, doutent fortement du succès d'un parti dirigé par Dervis lors d'élections anticipées cet automne.Du côté des institutions internationales, la situation est regardée de très près. Le responsable du FMI pour la Turquie doit se rendre à Ankara jeudi et l'on en saura alors sans doute plus sur l'avenir du prêt de 16 milliards de dollars. Néanmoins, il est fort probable que le Fonds refuse d'accorder cet argent si des élections ont lieu cette année. Actuellement, le parti islamiste AKP est donné vainqueur des élections avec plus de 22% d'intentions de votes. La dernière expérience d'un gouvernement dirigé par les islamistes s'était soldée en 1997 par une intervention de l'armée et par une crise de confiance des investisseurs. En attendant, les agences de notation n'ont pas tardé à réagir. Standard & Poor's et Moody's ont ainsi ramené leur opinion sur le pays de stable à négatif. S&P's avait déjà abaissé son point de vue de positif à stable le 26 juin. L'agence envisage par ailleurs d'abaisser la notation de la dette turque. Autant d'éléments qui ne contribueront pas à l'amélioration du climat dans le pays.

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