Demi ou quart de point, le dilemme de la BCE

latribune.fr - Quel est votre pronostic sur l'ampleur de la baisse des taux ? Jean-Paul Betbèze - Une baisse de 50 points de base serait la bienvenue, correspondant d'ailleurs à ce que les marchés attendent. Une réduction d'un quart de point serait considérée comme très insuffisante, et s'expliquerait peut-être par des difficultés internes, par exemple entre pays, entre responsables de la banque centrale, ou bien par un désir de lisser les choses, d'attendre encore... Enfin, le statu quo démontrerait l'existence d'un vrai problème, d'un blocage monétaire face à une politique budgétaire qui ne serait pas jugée satisfaisante.Svenja Nehls-Obeji - Nous tablons sur une baisse limitée de 25 points de base. Le discours de Wim Duisenberg (le président de la BCE, ndlr) devant le Parlement européen mardi dernier semble clairement préparer une baisse de taux pour aujourd'hui, mais il n'a pas été particulièrement alarmiste. Il a notamment souligné qu'il n'y avait pas de problème de liquidité au sein de la zone. Par ailleurs, les dernières statistiques soulignent que la zone euro hors Allemagne ne se porte pas trop mal. Enfin, une baisse de taux d'une ampleur limitée combinée à un biais baissier permettrait de maintenir l'anticipation d'une nouvelle baisse de taux début 2003. Cependant, si les inquiétudes sur le système bancaire notamment allemand sont plus prononcées que ce que Duisenberg nous suggère dans son discours, une baisse de taux de 50 points de base n'est pas exclue. Cette détente monétaire n'intervient-elle pas trop tard ? Jean-Paul Betbèze - Oui : la BCE a une vision trop serrée de son objectif de stabilité des prix, sans prendre assez en compte les effets d'erreurs de mesure (0,5%) et de rattrapage de prix entre pays (effet dit Balassa, un autre 0,5%). La FED n'a pas un tel objectif, à ce point précis, et il vaudrait mieux que la BCE se donne les coudées plus franches, ce qui ne veut pas dire qu'elle serait plus "molle" dans la lutte contre l'inflation. Au contraire.Svenja Nehls-Obeji - Pas forcément. Hormis dans le cas d'une situation bancaire plus grave que ce que laisse entendre la BCE, il faut admettre que le ralentissement de la zone euro n'est pas d'origine monétaire. Les entreprises doivent restaurer leur profitabilité et cela passe nécessairement par des ajustements douloureux, notamment du côté des effectifs. Ces ajustements prennent du temps, notamment compte tenu de la plus forte rigidité des marchés du travail de la zone euro comparés notamment à celui des Etats-Unis. Quel sera l'impact de cette baisse du loyer de l'argent ? Jean-Paul Betbèze - Ce sera une façon de réduire les tensions qui se dessinent dans certains pays, notamment en Allemagne. Mais on sait que la baisse des taux agit surtout sur les anticipations : en l'espèce il s'agit de montrer l'engagement de la BCE, de relayer une reprise vraiment molle, et donc d'aider, aussi, au respect du Pacte de stabilité et de croissance.Svenja Nehls-Obeji - Une baisse de taux donnera un peu d'air aux banques via une réduction de leur coût de refinancement, permettant ainsi d'éviter un "credit crunch". Ainsi l'investissement et la consommation ne seraient pas contraints par l'offre de crédit. Par ailleurs, la baisse des taux sera également un élément positif pour la Bourse, ce qui soutiendra en partie la confiance des agents. L'ampleur de la baisse des taux de la BCE étant cependant limitée, il ne faut pas attendre trop de soutien de la politique monétaire pour la croissance. De même nous prévoyons un effet négligeable sur l'inflation. Comment selon vous les gouvernements de la zone euro doivent-ils agir pour permettre à cet assouplissement monétaire d'avoir le meilleur effet sur l'activité dans la zone euro ? Jean-Paul Betbèze - Dans le contexte européen, il n'y a pas d'autre action à mener que de réduire les obstacles structurels au fonctionnement des marchés : flexibilisation, privatisation, homogénéisation...Svenja Nehls-Obeji - Dans l'idéal, les gouvernements devraient capitaliser les baisses de taux pour mettre en place des réformes structurelles nécessaires afin de permettre à terme à la zone euro d'augmenter son potentiel de croissance. La dégradation des finances publiques est cependant significative dans les grands pays de la zone euro. L'ampleur limitée de la baisse de taux qui se profile permettra ainsi au mieux d'éviter que les soldes budgétaires se dégradent encore davantage. Cela montre à quel point la situation actuelle est délicate en terme de "policy mix" au sein de la zone euro.

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