Le Japon accablé de statistiques décourageantes

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Alors que le Japon semblait voir le bout du tunnel - l'économie nippone a signé trois trimestres consécutifs de croissance -, la série de statistiques publiées aujourd'hui remet en cause le scénario d'une reprise durable et met une nouvelle fois en exergue les fragilités de l'Archipel.En octobre, de nombreux indicateurs ont viré au rouge. Sur le marché du travail tout d'abord, la dégradation se poursuit. Le nombre de personnes sans emploi a augmenté de 100.000 par rapport à octobre 2001, à 3,62 millions, portant le taux de chômage à 5,5%, soit le pire niveau depuis la seconde guerre mondiale hormis le mois de décembre 2001, où le taux de chômage avait également atteint ce niveau. Par ailleurs, pour de nombreux économistes, ces chiffres sont biaisés et ne reflètent pas la réalité du marché de l'emploi au Japon dans la mesure où l'on n'est pas considéré comme chômeur si l'on travaille au moins une heure par semaine. Dans ces conditions, les experts jugent que le taux de chômage réel est deux fois supérieur à celui officiellement annoncé.Cette faiblesse du marché de l'emploi pèse naturellement sur la consommation des ménages, qui représente tout de même 60% du produit intérieur brut japonais. Or cette demande interne, qui avec une hausse de 0,8% au troisième trimestre a été le principal moteur de l'activité, montre des signes de faiblesse. Le mois dernier, les achats des ménages salariés ont diminué de 0,7% sur un an après un bond de 4,1% en septembre, en raison d'un recul des revenus salariaux de 1,6%. Or cette tendance devrait se poursuivre dans les mois qui viennent. Les entreprises japonaises, quand elles ne font pas faillite, sont contraintes de réduire drastiquement leurs coûts, notamment salariaux. C'est le cas par exemple de Sanyo Electric qui a annoncé son intention de réduire les salaires de certains employés d'un maximum de 30%.Inquiets, les consommateurs japonais restreignent leurs consommation et la demande étrangère n'est pas suffisante pour prendre le relais. Dans ces conditions, les entreprises réduisent leurs investissements et leur production alimentant un cercle vicieux de contraction de l'activité. A cet égard, on peut noter que la production industrielle a reculé de manière inattendue en octobre, baissant de 0,3% en raison d'une diminution des commandes de machines et de la production automobile. Enfin, et ce n'est pas le moindre des handicaps qui pèsent sur le Japon, l'Archipel ne parvient pas à émerger de la déflation. Les prix ont continué de baisser au Japon en octobre, reculant de 0,9% sur un an, ce qui correspond au 38ème mois consécutif de baisse. Cette pression sur les prix tend à décourager un peu plus les consommateurs -qui préfèrent repousser leurs achats en anticipant une poursuite de la baisse- et à grignoter les profits des entreprises tout en renchérissant leur dette en termes réels. La semaine dernière, le Premier ministre Junichiro Koizumi a demandé l'élaboration d'un collectif budgétaire de 3.000 milliards de yens, soit près de 25 milliards d'euros, pour l'année afin de sortir le pays de cette phase de déflation.Dans ce contexte, le pessimisme de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) prend tout son sens. Dans une récente étude (lire ci-contre), les experts du Château de la Muette estiment que le Japon ne devrait pas afficher une croissance de plus de 1% en 2003 ainsi qu'en 2004. L'année en cours pourrait se solder par une croissance proche de zéro.

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