Chaos gouvernemental en Turquie

Confusion politique en Turquie. Après la démission ce matin du ministre des Affaires étrangères Ismail Cem, le ministre de l'Economie très pro-occidental Kemal Dervis a lui aussi annoncé vers 15 heures son retrait du gouvernement. Dès lors, il apparaissait qu'après la défection des 35 députés pro-gouvernementaux de mardi, les heures du gouvernement de Bülent Ecevit étaient comptées et des élections anticipées devenaient inévitables. Mais une heure après cette annonce, la chaîne de télévision NTV annonçait que finalement Kemal Dervis retirait sa démission, suite à "des pressions" du président de la République Ahmet Necdet Sezer.Les marchés avaient très mal réagi à la suite de l'annonce du départ de Kemal Dervis. La livre turque avait de nouveau passé les 17.000.000 de livres pour un dollar avant que la banque centrale turque n'intervienne. Finalement, l'annonce du retrait de la démission a ramené la livre à la hausse et à 17h20, elle se situait à son niveau de clôture de la veille autour de 16.750.000 livres pour un dollar. Pour autant, la situation de la Turquie ne s'éclaircit pas franchement. Car, si les marchés pouvaient craindre une victoire électorale des anti-européens (islamistes et nationalistes), la démission de Dervis laissait libre cours à la création d'un nouveau parti libéral et pro-occidental. Apparemment, la décision avait été prise hier de créer ce parti entre Dervis, Cem et le vice Premier ministre démissionnaire Ozkan. Désormais, la création de ce parti est remise en question sans que la perspective d'élections générales anticipées soit pour autant écartée. En effet, à l'appel du parti nationaliste MHP, le Parlement pourrait s'autodissoudre le 1er septembre, ce qui provoquerait immédiatement de nouvelles élections. Nul ne sait alors quel sera le destin des partis pro-UE et, surtout, nul ne sait comment le clan pro-occidental s'organisera. Dans l'immédiat, il semble que Bülent Ecevit tente de reprendre les rennes du pouvoir en demandant à tous les députés et ministres démissionnaires de revenir au sein de son parti, le DSP, et de son gouvernement. S'il est entendu et si l'attitude de Kemal Dervis est imitée, la crise turque s'achèvera provisoirement et le risque d'élections disparaîtra. La clé de la situation a sans doute été le prêt du FMI de 16 milliards de dollars. Les représentants du Fonds pour la Turquie se trouvent actuellement à Ankara. Les investisseurs ont semblé en effet craindre, lors de l'annonce de la démission de Dervis, une remise en cause de ce prêt dont il avait été le négociateur, l'artisan et le garant. Un refus de ce prêt par le FMI pourrait créer une situation "à l'Argentine" qui pourrait nuire aux entreprises occidentales fortement implantées en Turquie, comme par exemple Renault. Les conséquences géopolitiques seraient également incontrôlables.

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