L’effet Enron

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Si Enron n'avait pas fait faillite, le géant de la distribution Kmart aurait pu échapper au même sort et le conglomérat Tyco n'aurait pas eu à se couper en quatre. Cette thèse, pourtant osée, trouve un nombre croissant de partisans à Wall Street, où l'onde de choc créée par la faillite de la septième entreprise des Etats-Unis n'en finit pas de se répandre.Dans le cas de Kmart, ce sont les « surety bonds », des titres émis par les compagnies d'assurance pour garantir les risques inhérents à l'interruption d'activité, qui sont en cause. Enron s'était doté d'une protection identique, et sa faillite a imposé à ses assureurs de prendre le relais du paiement des salaires, des cotisations sociales, etc..Conséquence : les compagnies d'assurance ont aussitôt considérablement relevé leurs exigences en matière de colatéral lié aux « surety bonds ». Concrètement, Kmart a dû consentir des paiements immédiats et en cash pour maintenir les garanties, avec les conséquences que l'on sait.Quant à Tyco, un conglomérat revendiquant un chiffre d'affaires annuel d'une quarantaine de milliards de dollars et baptisé le « mini GE », son démantèlement inattendu a été résumé ainsi par son PDG Dennis Kozlowski : « Beaucoup d'entreprises vont payer pour les péchés d'Enron. »Tyco vaudra 50% de plus une fois scindé en quatre entités cotées séparément, assure M. Kozlowski. La raison principale ? Après une décennie caractérisée par une véritable boulimie d'acquisitions, investisseurs et analystes avaient de plus en plus de mal à déchiffrer la réalité que les comptes de Tyco étaient supposés refléter.Personne ne soupçonne a priori Tyco de manipulations comparables à celle d'Enron. Mais la moindre incertitude sur la transparence des comptes fait désormais figure d'épouvantail.Pour s'être manifesté dans des circonstances aussi fondamentalement différentes que celles de Kmart et Tyco, l'effet Enron a d'ores et déjà fait la preuve de son ampleur. Au delà de ces cas extrêmes, il a, pour certains experts, pesé sur la confiance des investisseurs au point d'affecter le cours des actions dans leur ensemble. Pour faire bonne mesure, il est à l'origine d'un malaise politique de plus en plus pesant et d'une pression désormais considérable - le président Bush lui-même le réclame - pour l'adoption de règles comptables plus rigoureuses.Les banques d'affaires de Wall Street elles-mêmes ne se font pas prier pour appeler à un tel assainissement sur un ton parfois indigné. Mais sans elles, comme le rappelait fort opportunément le Wall Street Journal il y a quelques jours, Enron n'aurait jamais connu une ascension aussi spectaculaire. En échange de leur assistance, notamment dans le financement des fameux fonds d'investissement créés pour débarrasser Enron de sa dette, elles ont perçu des centaines de millions de dollars de commissions. Et se retrouvent du coup assez mal placées pour donner des leçons d'éthique.

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