La croisade d'Eliot Spitzer

Les banques d'affaires, Merrill Lynch en tête, qui sont dans le collimateur d'Eliot Spitzer, l'Attorney General de New York, assurent naturellement la main sur le coeur que les reproches qui leur sont adressés sont totalement injustifiés. Les travaux de leurs analystes sont tout à fait indépendants, et aucune pression n'est exercée sur eux afin qu'ils fassent assaut de compliments à l'égard d'entreprises qui se transforment comme par enchantement en clients de fort lucratives activités de banques d'affaires.A Wall Street, cette collusion est un secret de polichinelle. Jamais un analyste ne l'avouerait publiquement. Mais il leur arrive de le reconnaître en privé.Eliot Spitzer ne se lance pas dans la bagarre sans munitions. Il a amassé une belle collection de courriers électroniques internes en provenance de Merrill, la première maison de titres des Etats-Unis. On peut y lire comment le patron de la recherche mène un "recensement" demandant aux analystes d'évaluer leurs contributions à l'apport de nouvelles commissions de banques d'affaires. On y découvre l'ex-analyste vedette en charge de l'Internet, Henry Blodget, traiter de "piece of junk" - en gros, de détritus - le titre InfoSpace.com en même temps qu'il le recommande à ses clients.Ces propos sont pris en dehors de leur contexte, rétorque Merrill Lynch. Mais on attend encore que la vénérable institution de Wall Street nous explique quel contexte pourrait les justifier.Eliot Spitzer, qui a également dans sa ligne de mire des firmes comme Morgan Stanley ou Salomon Smith Barney, aurait entamé des négociations avec Merrill Lynch. A la clé : des millions, voire des dizaines de millions de dollars d'amendes destinées en partie à dédommager les investisseurs lésés et une série de nouvelles pratiques. Il serait notamment explicitement précisé si l'entreprise dont il est question a été cliente de la banque au cours des trois années écoulées ou si la banque entend en faire l'un des ses prospects dans un proche avenir.Si Merrill et l'Attorney General n'ont pas trouvé un accord d'ici demain, ces changements seront imposés par un ordre déjà donné par un tribunal new-yorkais.Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler qu'Eliot Spitzer est un élu. Et que Wall Street est non seulement l'un des plus importants employeurs de New York, mais aussi l'une des principales sources de financement de ses hommes politiques.Le pari est donc osé. Mais il semble marcher : la SEC elle-même vient de faire savoir qu'elle était en consultation avec Eliot Spiter, et pourrait s'associer à ses poursuites.Thierry Arnaud à New York

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