Accueil tiède pour le plan Raffarin de baisses d'impôts

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Du soutien sans faille de l'UMP à la fuite en avant stigmatisée par le Parti socialiste, la décision du gouvernement dévoilée par Jean-Pierre Raffarin de baisser l'impôt sur le revenu (IR) de 3% l'an prochain suscite de nombreuses réactions. A droite, le président de l'UMP, Alain Juppé, estime que les choix du Premier ministre sont "bons" et qu'il a "le soutien sans faille de toute l'UMP". Une précision nécessaire après les réserves émises par certains membres de la majorité sur la nécessité de baisser l'impôt sur le revenu en 2004. Si le libéral François d'Aubert applaudit des deux mains la décision gouvernementale (voir entretien ci-contre), d'autres dans la majorité demeurent prudents au moment de donner leur point de vue. Qualifiant cet arbitrage de "pari", le sénateur centriste Jean Arthuis, interrogé par latribune.fr, considère "très bien de baisser les impôts mais il n'y a pas que l'IR". "Pour faire de la croissance, il faut des allègements des charges sociales", souligne l'ancien ministre de l'Economie. Inquiet de l'état des finances publiques, l'élu mayennais met en garde contre le risque d'une aggravation des déficits publics et leur financement par un accroissement de la dette de la France. La dette, c'est aussi la préoccupation de François Bayrou. Le président de l'UDF juge que le gouvernement fait preuve "d'imprudence" avec une baisse d'impôts qui nourrira la dette et qu'on est de fait "en train de préparer aux enfants un avenir plombé". En 2002, la dette représentait 59,1% du PIB et la barre des 60% devrait être franchie en 2003. "Fuite en avant"A gauche, sans surprise, le premier secrétaire du PS François Hollande critique la baisse des impôts annoncée par Jean-Pierre Raffarin et en impute la responsabilité au président de la République. Invité de France Inter, le député socialiste a rappelé que Jacques Chirac avait promis 30% de baisses d'impôts pendant sa campagne et a souligné que "ça n'a pas marché en 2002, la croissance a été faible, ça a encore moins marché en 2003, la croissance sera quasi nulle, on continue en 2004 parce que Jacques Chirac lui-même en a décidé". "Il y a une fuite en avant de la part du gouvernement", a-t-il ajouté, estimant que le gouvernement veut sans doute "passer les élections", sous-entendant qu'ensuite un retour de bâton au travers de nouvelles ponctions fiscales peut être redouté, notamment pour financer le déficit de la sécurité sociale. Hier le Premier ministre s'est borné à à dire qu'une hausse de la CSG "n'est pas l'ordre du jour". La décision du gouvernement de baisser l'IR de 3% en 2004 s'inscrit dans un scénario global avec une croissance attendue à 1,7%. Cette hypothèse, considérée comme un "socle" par le Premier ministre, implique une nette accélération de l'activité l'an prochain puisque l'acquis de croissance sera faible. En 2003, la croissance devrait être de 0,5% selon la dernière estimation divulguée ce matin par le ministre du Budget Alain Lambert. Cela implique, estime Philippe Waechter, directeur des Etudes Economiques de Natexis Asset Management, une croissance de 0,4 à 0,5% par trimestre l'an prochain. Pour lui, la baisse d'impôt annoncée par le Premier ministre est "symbolique" et "purement politique". Symbolique car "les effets à court terme sur la consommation et donc la croissance sont faibles", politique car il s'agissait de tenir les promesses du candidat Chirac. Manque de réformes structurellesPour l'économiste, interrogé par latribune.fr, l'important aurait été de "définir des réformes structurelles" afin de rassurer entreprises et ménages. Philippe Waechter regrette notamment "le flou" qui persiste autour de la question du déficit de la Sécurité sociale. En fait, résume-t-il, on a le sentiment que la "politique économique du gouvernement est contrainte par les promesses de Jacques Chirac et qu'hormis cela on se laisse porter par la vague. Si la croissance est bonne aux Etats-Unis et en Allemagne, alors tant mieux, sinon le gouvernement ne semble pas disposer d'armes de rechange pour relancer l'activité".Hervé Gouletquer, chef économiste au Crédit Lyonnais, se veut moins sévère. Si lui aussi considère que sur le plan économique et budgétaire, la baisse de 3% de l'IR n'était "ni utile, ni souhaitable", il estime également que derrière cette décision transparaît une vision de la société. "Les pouvoirs publics considèrent que dans le monde tel qu'il est la France ne peut avoir un niveau de prélèvements plus élevé qu'ailleurs". Certes, dans la situation actuelle, le problème des déficits publics va se poser, admet Hervé Gouletquer, qui considère que les autorités pourraient utiliser le niveau "insupportable" de ces déficits pour ensuite "faire pression" afin de réduire les dépenses publiques.

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