"La CGT et FO s'enferment dans une impasse"

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latribune.fr - Quel regard portez-vous sur le climat social actuel ?Guy Groux - On est dans une situation très curieuse, très différente de 1995 et bien sûr de 1968. Les syndicats qui mènent le conflit demandent une renégociation du projet de loi sur les retraites. Ce faisant, ils formulent une revendication maximaliste et s'enferment dans une impasse. En effet, ils demandent rien de moins au gouvernement que de se déjuger non seulement par rapport à lui-même et à sa majorité parlementaire, mais aussi par rapport aux syndicats (CFDT et CGC, ndlr) qui ont donné leur accord au projet Fillon. Les pouvoirs publics ne peuvent accéder à une telle exigence. En conséquence, et sauf surprise, la réforme devrait passer. La détermination du gouvernement ne devrait pas faiblir, d'autant que l'électorat de droite ne se prive pas d'exercer des pressions en ce sens sur les parlementaires dans leurs circonscriptions. Comment la CGT et FO se sont-elles mises dans cette situation ?Toutes les deux ont sans doute d'une part sous-estimé la détermination du gouvernement et d'autre part surestimé leur capacité à mobiliser, et ce y compris dans le public. En France, il y a désormais un très large consensus sur le nécessité de réformer le système de retraite, même si les avis sont plus partagés sur les modalités. Face à ce consensus, les syndicats ont lancé un pari "ingagnable", tentant de mobiliser public et privé. Or, dans le secteur public, on n'avait pas envie de rejouer l'hiver 1995. De plus, on ne peut négliger l'impact dans les esprits des fonctionnaires des avancées obtenues lors des négociations et mises en valeur par la CFDT lors de son ralliement au texte Fillon. A mesure que le mouvement donne des signes d'essoufflements, on perçoit aussi des risques de radicalisation... Comment sortir de cette situation ? C'est vrai que le risque de pourrissement du conflit existe. Les grévistes sont minoritaires, les manifestants sont de moins en moins nombreux... cela provoque du dépit chez certains et des débordements ont lieu. Ce sont des moments difficiles à gérer pour les organisations syndicales qui doivent adopter des positions permettant de prendre en compte le découragement des uns et l'exaspération des autres. Ce dépit est mis à profit par des militants d'extrême gauche mais il ne faut pas exagérer leur rôle, qui est loin d'être central. D'ailleurs, on doit souligner que les débordements restent très minoritaires, cela n'a rien à voir avec 1968, cela relève plus du folklore. Dans ce contexte, le gouvernement ne doit pas céder à la tentation de briser les organisations syndicales, les obligeant à revêtir l'habit des bourgeois de Calais. A l'inverse, à l'occasion du débat parlementaire, les pouvoirs publics pourraient donner des signes d'apaisement en acceptant des amendements provenant de la gauche et reprenant certaines revendications de la CGT notamment. Mais attention, la marge de manoeuvre du gouvernement est étroite, il ne lui est pas possible d'aller trop loin dans cette voie sans prendre le risque de décrédibiliser la CFDT qui a joué le jeu de la négociation.Que révèle ce conflit sur le syndicalisme français ?Je crois que par delà la grève, cela montre une société française bloquée vis à vis des réformes. Ce conflit met également en lumière les difficultés de la CGT. La confédération traverse une mauvaise passe. Après avoir joué un rôle moteur dans les négociations pour la réforme, elle se retrouve confinée dans une alliance dont elle ne voulait pas forcément avec FO, Sud et la FSU. Elle doit aussi faire face aux risques de débordements de sa base radicale. Plus largement, ce conflit donne un coup d'arrêt au mouvement auquel on assistait depuis 4 à 5 ans et qui conduisait à un rapprochement entre la CGT et la CFDT. Rappelons que lors du dernier congrès de la CGT, la direction avait, non sans s'exposer à de sévères broncas, fait admettre à ses militants l'idée des 40 ans de cotisations pour tous et celle d'insécurité professionnelle, qui renvoie implicitement à une sorte de reconnaissance des aléas et des flexibilités qui touchent l'emploi. Avec ce conflit des retraites, l'alliance entre ces deux grands syndicats connaît donc un accident de parcours mais tout n'est pas remis en cause. Il se joue encore des choses au niveau de l'Europe sociale. On peut même penser que si les pouvoirs publics veulent amorcer une véritable politique de réforme, ils ont intérêt à terme à avoir comme interlocuteurs des organisations fortes et représentatives.Ce sera peut-être même essentiel pour les chantiers à venir...Effectivement, le gouvernement va sortir dans de bonnes conditions de la réforme des retraites avec l'adoption d'une loi. Mais le deuxième acte comme les suivants (réforme de la Sécurité sociale, décentralisation, réforme du marché de l'emploi...) vont demander beaucoup de prudence. A ce moment là, le gouvernement aura tout intérêt à avoir en face de lui des syndicats représentatifs et prêts à jouer le jeu. Sinon...

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