Les syndicats font le plein contre la réforme des retraites

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C'est, comme attendu, à un mouvement social de très grande ampleur que l'on assiste aujourd'hui. Mobilisés sur le thème de la défense des retraites, les syndicats ont réussi à organiser des manifestations importantes à Paris et en province, tout en paralysant, ou à peu près, les transports publics.L'aspect le plus visible de la mobilisation syndicale de ce jour concerne donc le secteur des transports. En milieu de journée, toutes les formes de transport, du métro parisien aux bus de province en passant par le train et les avions, étaient très fortement perturbées - quand elles n'étaient pas purement et simplement interrompues.Ainsi, à la SNCF, on comptait à midi près de 60% de grévistes, soit quasiment le double de ce qui avait été observé lors de la grève précédente, le 3 avril dernier. Sur les lignes TGV, le trafic était assuré à raison d'un train sur trois ou quatre pour les liaisons concernant Paris. En revanche, aucun TGV ne circulait de province à province. Circulation minime ou tout à fait nulle, également, pour les trains Corail et les trains régionaux (TER).A Paris, le réseau RATP était lui aussi presque totalement paralysé par un grève suivie par plus de 90% du personnel. Presque aucun métro ne circulait, à l'exception de la ligne 14, entièrement automatique, tandis qu'un bus sur cinq, environ, circulait. Les transports urbains étaient peu ou prou paralysés également dans la plupart des grandes villes de province.En ce qui concerne le transport aérien, le programme prévu a été respecté, à savoir l'annulation d'environ 80% des vols, essentiellement pour les courts et moyens courriers.En dehors des transports, le reste du secteur public et des administrations a été largement touché. Chez France Télécom, la direction recensait 57% de grévistes à la mi-journée, son homologue de la Poste en comptant 47,6%. La grève semblait extrêmement suivie dans les hôpitaux, ainsi qu'à l'Education nationale: 74,18% dans les écoles, 70,54% dans les collèges, 64,20% dans les lycées professionnels, 65% en lycées, 55,28% chez les non-enseignants, selon le ministère. Dans les médias, les quotidiens nationaux et une partie des journaux régionaux n'ont pas paru, tandis que les programmes de l'audiovisuel public ont enregistré de sérieuses perturbations.Un million de manifestantsL'autre volet de la journée de protestation contre le projet de réforme des retraites élaboré par le gouvernement tenait aux manifestations. Organisées un peu partout en France, celles-ci ont connu un succès certain.Toutes les organisations syndicales - CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, FSU, Sud, CNT, ainsi que les organisations de retraités - appelaient à défiler dans la plupart des villes françaises. A 14h00, on dénombrait des cortèges dans une quarantaine de villes, rassemblant plus d'un million de manifestants selon les syndicats et au moins 500.000 selon la police. Des chiffres en tout état de cause très supérieurs à ceux de la journée d'action sur les retraites du 3 avril. A Paris, la manifestation rassemblait 250.000 personnes selon des sources syndicales et 70.000 selon la police, contre 80.000 personnes (organisateurs) ou 26.000 (police) le 3 avril. A Marseille, les organisateurs recensaient 200.000 manifestants, et à Toulouse, entre 60.000 (police) et 100.000 (syndicats). Les dirigeants syndicaux se sont réjouis de l'ampleur de ces mouvements. "Un cap est franchi dans la mobilisation", a estimé Bernard Thibault (CGT). François Chérèque (CFDT) s'est félicité de constater que "quand la CFDT décide de mobiliser, le privé se mobilise", tandis que Marc Blondel (FO) soulignait : "le but est de dire à Raffarin que s'il veut être le représentant démocratique de la population, il faut tenir compte de l'opinion des gens". A l'inverse, Ernest-Antoine Seillière, président du Medef, s'est inquiété de l'impact de ces grèves sur l'économie française: "si la France ne se gouverne pas dans la rue, le Medef vous dit qu'elle s'appauvrit dans la rue", a-t-il lancé.Côté gouvernemental, enfin, on a gardé un profil plutôt bas. Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, a déclaré que cette "journée importante" de mobilisation des salariés sur les retraites devait être "une occasion nouvelle" pour le gouvernement "d'expliquer, d'expliquer, d'expliquer" sa réforme.C'est demain mercredi que le gouvernement tirera les leçons de la mobilisation d'aujourd'hui. François Fillon, le ministre des Affaires sociales, recevra les syndicats pour une dernière réunion de négociations. L'occasion pour le ministre de lâcher quelques concessions dans l'espoir de briser le front syndical, en essayant surtout d'arracher l'accord de la CFDT (lire ci-contre). Dans l'espoir que la grande grève de ce mardi ne se renouvelle pas dans les semaines qui viennent.Intervenant mardi après-midi à l'Assemblée nationale, lors de la séance des questions au gouvernement, François Fillon s'est ainsi dit "prêt à discuter". "J'ai entendu deux messages dans les rues de nos villes aujourd'hui: un premier message de ceux qui ne veulent pas que la réforme des retraites se fasse (...) et un autre de tous ceux qui veulent améliorer le projet du gouvernement", a-t-il déclaré. S'affirmant prêt à rencontrer ces derniers, François Fillon a énuméré les points ouverts à la discussion: "l'amélioration du projet sur la question des petites retraites, sur le minimum contributif, sur la question de ceux qui ont commencé à travailler très tôt et qui ont eu de très longues carrières, sur la prise en compte de la question des primes aux fonctionnaires d'une manière ou d'une autre dans le calcul de la pension (...), du rachat des années d'études pour ceux qui commencent leur vie professionnelle tardivement et enfin de la question essentielle de la progressivité de la réforme, notamment pour la fonction publique, pour ceux qui sont proches de la retraite".

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