Accord à l'arraché sur les retraites

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Coup de théâtre: le gouvernement est parvenu jeudi soir à arracher un accord sur la réforme des retraites avec deux organisations syndicales, la CFDT et la CGC. Au terme d'une réunion qui n'aura duré que deux heures, le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a parlé de "compromis acceptable" au vu des "avancées" présentes dans le nouveau texte du gouvernement sur les retraites. Jean-Luc Cazettes, président de la CFE-CGC, a fait part lui aussi de son accord et a appelé ses troupes à ne plus se joindre aux mobilisations contre la réforme. A l'inverse, le président de la CFTC Jacques Voisin a exprimé la "déception" de son organisation, notamment sur la question des basses pensions, affirmant qu"il appartenait à la direction de la CFTC de porter un jugement. Le ministre de la Fonction publique Jean-Paul Delevoye s'est aussitôt félicité: on "a aujourd'hui franchi une étape très importante puisque des organisations syndicales et notamment la CFDT ont accepté un compromis sur un texte équilibré", a-t-il déclaré à l'issue de la réunion de négociation. C'est à 17 heures qu'avait commencé cette rencontre de la dernière chance. Bien mal commencé, d'ailleurs, puisque dès les premières minutes, FO avait claqué la porte. Et la CGT, pour sa part, n'avait même pas fait le déplacement. Si bien que les deux ministres, François Fillon et Jean-Paul Delevoye, s'étaient retrouvés face aux seuls syndicats réformistes, la CFDT, la CFTC et la CGC (ainsi que le Medef).Pour le gouvernement, l'enjeu était de taille: il s'agissait de débloquer une situation qui semblait dans l'impasse après l'échec des négociations menées pendant la nuit de mercredi à jeudi sur le projet de réforme des retraites. Après dix heures de discussions, les partenaires sociaux s'étant séparés à 4 heures du matin sur un échec. Le gouvernement "est allé au bout de ses possibilités", avait alors affirmé François Fillon, le ministre des Affaires sociales.Aux syndicats qui exprimaient leurs revendications, forts du succès des grèves et manifestations de mardi, le gouvernement a présenté durant cette réunion marathon une nouvelle version de son projet, comportant 14 "ajustements". Des modifications qui ont donné satisfaction à certaines organisations, mais qui n'ont été jugées suffisantes par personne.Retraite minimum: 85% du SmicLe projet remanié ne transformait pas, en effet, les grands principes de la réforme des retraites voulue par le gouvernement. Comme attendu, les évolutions portaient sur certains points sensibles, comme le montant minimum de la retraite ou le départ à la retraite des salariés ayant commencé à travailler très tôt. Avant présentation par François Fillon des concessions supplémentaires de jeudi soir, le nouveau projet relevait de 75% à 85% du SMIC le montant de la retraite garantie aux salariés ayant effectué toute leur carrière au salaire minimum. Ce seuil de 85% du SMIC serait applicable à partir de 2008. Un geste de bonne volonté également en faveur des salariés ayant commencé très tôt: le droit à prendre leur retraite avant 60 ans serait étendu à ceux ayant commencé à travailler à 16 ans, et non pas seulement à 14 ou 15 ans comme prévu jusqu'ici. Autre avancée importante: les fonctionnaires devraient bénéficier de la création d'un régime de retraite additionnel et obligatoire "afin de prendre en compte une partie des primes dans la limite de 20% du traitement indiciaire". Ces différentes dispositions présentées dans la nuit de mercredi à jeudi n'ont convaincu personne. La CGT et FO, syndicats les plus en pointe dans la contestation du principe même de la réforme des retraites, ont été les plus virulents. "Amplifier la mobilisation"Bernard Thibault, leader de la CGT, a ainsi déclaré "ne pas avoir eu satisfaction sur le mandat qui (lui) a été donné par les grévistes et les manifestants". "Le texte ne modifie ni l'approche politique de la réforme ni son financement", a-t-il précisé, ajoutant: "on a besoin d'amplifier et d'élargir dans les prochains jours la mobilisation pour le 25 mai". Ce jour-là, une manifestation nationale est prévue à Paris. Pas plus de soutien pour le gouvernement chez Marc Blondel, de FO, selon qui ce texte "ne bloque pas la dégradation des pensions, au contraire, il va y avoir un phénomène d'accélération". Et Marc Blondel a affirmé vouloir demander aujourd'hui à ses militants de "faire des assemblées générales pour continuer l'action. Je ne vous cache pas que nous allons essayer de généraliser le mouvement initié par nos camarades fonctionnaires le 19 mai", a-t-il précisé pour que les choses soient bien claires.Si l'hostilité de la CGT et de FO n'est pas vraiment une surprise, le gouvernement a certainement été beaucoup plus déçu par les réactions des autres centrales syndicales, au premier rang desquelles la CFDT, pour qui certaines propositions avaient été taillées sur mesure. Certes, François Chérèque, leader de la CFDT, a relevé "un certain nombre d'avancées" dans les propositions gouvernementales mais pour aussitôt souligner qu'à "cette heure, elles ne suffisent pas". Il faut croire que les nouvelles concessions obtenues jeudi soir ont suffi au leader syndical pour revoir sa position. Grève reconduiteDans la lignée de l'échec des négociations de jeudi matin, la situation des transports est demeurée extrêmement tendue en Ile-de-France, surtout à la RATP. Dans l'après-midi, le trafic était nul sur la ligne 8, quasi nul sur la ligne 6, et très faible sur les lignes 1, 2, 12, et 13. En revanche, trois RER sur quatre fonctionnaient sur la ligne A, ainsi que 75% des bus. Une évolution positive à noter, toutefois: la reprise du trafic sur le RER B, après une interruption totale depuis mardi. Mais le mouvement n'est pas fini à la RATP, puisqu'une petite moitié des assemblées du personnel tenues jeudi ont décidé de reconduire la grève jusqu'à vendredi. A la SNCF, la situation a tendance à revenir doucement à la normale. Dans l'après-midi, des perturbations subsistaient toutefois sur la ligne C du RER, la branche SNCF de la ligne A et le réseau de banlieue Paris-Saint-Lazare.Jeudi matin, les Parisiens, qui avaient été pris par surprise hier par la prolongation des perturbations dans les transports publics, se sont semble-t-il rabattu sur leurs voitures. Résultat: le trafic automobile était complètement saturé sur la plupart des axes autoroutiers convergeant vers Paris. A 8 heures, on comptait 260 km de bouchons. Des embouteillages qui s'étaient malgré tout résorbé pour l'essentiel en début d'après-midi.

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