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L'initiative européenne "ne relancera pas la croissance à court terme"

La Tribune

Publié le 19 octobre 2008 à 21:56 - Mis à jour le 19 octobre 2008 à 21:56

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18 juillet 2026

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La Tribune : L'initiative européenne de croissance vous paraît-elle bien engagée ?Philippe Maystadt : Il me semble que le premier accueil réservé aux propositions de la Commission et de la banque qui ont été discutées une première fois au conseil Ecofin (du 7 octobre à Luxembourg, ndlr) est manifestement favorable. J'ai entendu tous les ministres des Finances soutenir l'initiative, avec parfois des accents différents : certains d'entre eux ont souligné qu'il était au moins aussi important d'investir dans la recherche et l'innovation que dans des réseaux de transport. Ce point a été souligné, mais il est tout à fait dans la ligne des propositions faites aussi bien par la Commission que par notre banque. Avez-vous le sentiment que, lorsque les Quinze parlent d'une initiative européenne de croissance, ils parlent tous de la même chose ?Pour le moment, on observe une assez grande convergence. Au début, il y a eu en quelques malentendus quand certains ont eu tendance à présenter cette initiative comme une mesure pour relancer l'économie européenne à court terme. L'expression "initiative de croissance" peut prêter à confusion. Selon moi, c'est aujourd'hui clarifié : il ne s'agit pas du tout d'une mesure de type keynésien pour essayer de provoquer la relance à court terme, mais d'investissements visant à améliorer structurellement la compétitivité de l'économie européenne, à augmenter le potentiel de croissance à long terme.S'agissant des réseaux de transports, il va falloir trier parmi les 660 milliards d'euros de projets que proposait le rapport Van Miert en juin dernier...Ce processus est en cours. L'unanimité s'est faite au sein du conseil Ecofin pour donner évidemment la priorité aux projets les plus avancés, où les perspectives d'association du secteur privé sont les plus réelles et pour lesquels il existe un engagement clair de toutes les parties concernées. Vous avez le sentiment que cela sera facile à faire, dans la mesure où chaque pays a son idée des projets qui sont prioritaires ?Je pense qu'on arrivera à un accord sur une série de projets prioritaires. C'est d'ailleurs pourquoi c'est une bonne chose que cet accord soit ratifié au plus haut niveau, c'est-à-dire à celui des chefs d'Etat et de gouvernement pour marquer clairement l'engagement de tous les Etats concernés. En tout cas, la Commission travaille sur une liste de ce qu'on pourrait appeler les "super-priorités." Quels sont les meilleurs critères pour définir ces priorités, selon vous ?Il faut d'abord que l'impact de ces projets sur le développement économique soit suffisant. Et en principe, puisque c'était le but du travail du groupe Van Miert, tous les projets figurant dans la liste remplissent cette première condition. J'ajouterai qu'il faudrait qu'il s'agisse en plus de projets pour lesquels on est assuré du soutien de toutes les parties concernées. Je ne suis pas sûr que tous les projets de la liste Van Miert remplissent nécessairement cette deuxième condition.De manière générale, le secteur privé vous paraît-il prêt à jouer le jeu de cette initiative européenne de croissance ?Il est intéressé pour autant qu'il s'agisse de projets économiquement viables et présentant un degré suffisant de rentabilité. Il n'y a pas de secret ! C'est pour cela que je ne pense pas que tous les projets de la liste Van Miert peuvent se prêter à un partenariat public-privé. En effet, certains d'entre eux, même s'ils sont tout à fait justifiés du point de vue de l'économie globale, notamment en fonction de ce qu'ils vont permettre comme développement économique dans la région concernée, ne présentent pas nécessairement des perspectives de rentabilité financière intéressantes.Lequel par exemple ?Je prendrai l'exemple d'un projet qui me paraît tout à fait justifié d'un point de vue économique global, le train Lyon-Turin. Il permet d'achever le Marché unique en assurant une meilleure liaison entre l'Italie et le reste de l'Europe. Mais pour un financier privé, ce projet, avant longtemps, ne présentera pas une rentabilité suffisante. Donc, selon moi, au départ, pour ce projet, il faudra mobiliser des fonds publics.Quelle sera la contribution précise de la Banque Européenne d'Investissement à cette initiative européenne de croissance ?Nous avons estimé que, de manière réaliste, nous pourrions financer pour 50 milliards d'euros les réseaux transeuropéens d'ici à 2010 et pour un montant similaire (40-50 milliards) des projets dans le domaine de la recherche et de l'innovation.En outre, nous avons mis sur la table un certain nombre de propositions, qui devraient permettre d'associer davantage le secteur privé au financement de ces projets. Il s'agit d'opérations où nous prenons plus de risques que dans nos prêts normaux. Nous le faisons à travers ce que nous appelons "la facilité de financement structuré", qui existe déjà et que nous pourrions amplifier. Pour le moment, il y a 250 millions d'euros de provisions, que nous pourrions raisonnablement augmenter. On considère généralement que le "levier" qu'elles suscitent est d'à peu près 1 à 6 - cela dépend du type de projet que nous finançons et du degré de risque que nous prenons.Evidemment, il faut que nos gouverneurs, c'est-à-dire les ministres des Finances, acceptent de prélever sur le surplus annuel de quoi alimenter cette provision. Selon moi, nous pourrions utiliser davantage ce mécanisme qui se révèle intéressant dans certains cas, parce que c'est le seul moyen de faire vraiment ce partenariat avec le secteur privé.Nous étudions également des formules de titrisation qui permettraient d'accroître notre marge de manoeuvre. Mais je dis "nous étudions", donc je ne vous annonce pas qu'on lance le mois prochain. Ce sont des questions très complexes, mais nous estimons que cette piste est intéressante à explorer. Il y a certainement un potentiel.

La Tribune

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