Gerhard Schröder accepte un compromis sur les baisses d'impôts

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Gerhard Schröder recule pour faire avancer son "agenda 2010". Le Chancelier allemand est parvenu, dans la nuit de dimanche à lundi, à un compromis avec l'opposition chrétienne-démocrate (CDU/CSU) et libérale (FDP) sur le programme de baisses d'impôts et de réforme du marché du travail. L'opposition, majoritaire à la chambre haute du Parlement (Bundesrat), pouvait en effet bloquer les réformes. Le Bundesrat avait d'ailleurs déjà rejeté un premier projet le 17 novembre dernier. Mais le prix à payer par Gerhard Schröder pourrait être politiquement important. Après neuf heures d'âpres discussions, le Chancelier a d'ailleurs eu le triomphe plus que modeste. "Tout est dans tout", a-t-il déclaré, avant de préciser que si "ce résultat ne correspond naturellement pas à tout ce que nous avions souhaité, il est respectable". "Nous pouvons l'accepter et il peut faire avancer notre pays", a-t-il conclu. Une loi devrait être adoptée par les deux chambres du Parlement avant la fin de l'année, peut-être dès vendredi prochain 19 décembre. Le principal point d'achoppement a été le montant des réductions d'impôts pour 2004 et leur financement. Gerhard Schröder souhaitait des baisses de taxes supplémentaires s'élevant à 15,6 milliards d'euros pour l'an prochain. Cette somme sera en fait ramenée à 7,8 milliards d'euros, car l'opposition a refusé que l'Etat fédéral s'endette à nouveau lourdement pour financer ces cadeaux fiscaux. L'autre moitié de la baisse prévue sera reportée sur l'année 2005, mais les impôts baisseront en tout de 14 milliards d'euros si on ajoute les réductions déjà votés et qui n'ont pas été remises en cause. Seul un quart de cette baisse d'impôts sur 2004 sera ainsi financé par l'emprunt. Le reste le sera par une baisse de 30% du crédit d'impôt accordé pour le financement d'un logement et par une réduction de l'avantage fiscal réservé aux utilisateurs de transports en commun. L'Etat compte aussi et surtout sur une accélération des privatisations. Les ventes d'actifs publics, et notamment d'actions Deutsche Telekom, pourraient rapporter 5,3 milliards d'euros. Hans Eichel, le ministre des Finances, a cependant indiqué que "toutes les participations de l'Etat était concerné".L'autre volet de ce compromis est la réforme du marché du travail. L'application de la loi facilitant les licenciements des nouvelles personnes embauchées au 1er janvier sera élargie aux entreprises de moins de 10 salariés. Les sociaux-démocrates voulaient originellement la limiter aux firmes de moins de 5 employés. En revanche, Gerhard Schröder n'a pas cédé face à la revendication du centre-droit de lever l'obligation pour les entreprises de se conformer aux accords salariaux nationaux. Rappelons que d'autres éléments ne posaient aucun problème entre les deux parties sur ce même sujet : la baisse des indemnisations pour les chômeurs de longue durée et l'impossibilité de refuser un emploi sous prétexte d'une "surqualification". Cette réforme du marché du travail ne sera pas sans influence sur le France, estime l'économiste d'Exane, Emmanuel Ferry. "Cet accord va intensifier les efforts de la France pour introduire des réformes du marché du travail et de la sécurité sociale dès l'an prochain", considère-t-il. Quel sera l'impact économique de cet accord sur la croissance allemande ? Edmund Stoiber (CSU), le leader de l'opposition, a parlé d'un "signal positif" pour l'économie allemande. Le ministre de l'Economie, Wolfgang Clement (SPD), estime à 0,6 point de croissance l'impact de cette réforme sur la croissance de l'an prochain. Mais la plupart des économistes, qui étaient sceptiques sur l'impact du premier projet de baisses d'impôts de Gerhard Schröder (au mieux 0,3 point de croissance), seront sans doute sans illusions sur l'effet de ce compromis. Pour preuve, le président de l'Ifo, Rüdiger Parsche, a jugé qu'il ne s'agissait que d'une "réformette". La clé de la reprise de l'économie allemande reste donc encore pour longtemps le rebond américain et son effet d'entraînement sur les exportations. En tout cas, en termes politiques, Gerhard Schröder joue gros. La gauche de son propre parti pourrait grincer des dents après ce coup de boutoir dans l'Etat-providence. Et le chancelier s'expose également au mécontentment des grands syndicats comme IG-Metall dans l'industrie ou Ver.di dans les services. Il compte cependant sur un succès de ces réformes pour relancer une popularité actuellement au plus bas (le SPD compte 23 points de retard sur la CDU/CSU dans les derniers sondages). Avec le compromis de cette nuit, il lui sera pourtant difficile de s'attribuer seul un éventuel succès.

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