L'optimisme allemand touché par la hausse de l'euro

L'optimisme marque une pause en Allemagne. Mercredi, pour la première fois depuis dix mois, l'indice ZEW, qui mesure les attentes des investisseurs et des analystes pour les six mois à venir, a reculé. La baisse est certes mesurée: l'indice se replie de 0,6 point à 60,3 points. Mais il marque incontestablement la fin d'une période faste où, chaque mois, cet indice dépassait largement les attentes. De fait, cet indice a surpris les observateurs puisque le consensus établi par UBS Warburg prévoyait une progression de 3,1 points. Pour preuve de la déception, l'indice francfortois Dax-30 est passé dans le rouge à la publication de l'indice et perdait en fin d'après-midi 0,51% après avoir gagné jusqu'à 0,81% dans la première heure de cotations.S'il n'y a donc pas de retour au pessimisme, il y a bel et bien un doute qui s'est insinué dans l'esprit des investisseurs. Un doute sur la rapidité et la vigueur de la croissance qui s'explique, selon l'institut ZEW, par "la récente appréciation de l'euro qui devrait peser sur les chiffres d'affaires et les résultats des exportateurs allemands". Car, en l'absence d'investissements des entreprises et de nette reprise de la consommation des ménages, la machine économique allemande ne pourra repartir que grâce au commerce extérieur. Et, évidemment, chaque progression de l'euro met en péril ce scénario. La baisse du dollar est d'ailleurs un sujet d'inquiétude global. Mardi, le président de la Bundesbank Ernst Welteke a indiqué que "si nous assistons à des corrections abruptes, cela chamboulerait les conditions de compétitivité et cela serait globalement néfaste à l'économie mondiale". Autrement dit, si l'euro dépasse la fourchette des 1,10-1,20 dollar, la croissance européenne pourrait être gravement touchée. Mais le retour à l'inquiétude en Allemagne s'explique également, selon le ZEW, par les doutes de plus en plus forts portant sur la capacité de l'économie américaine à développer une croissance durable et soutenue. Là encore, les exportateurs allemands, dont les économistes attendent tout, pourraient pâtir d'une demande américaine plus faible. En fait, le recul du mois d'octobre apparaît comme une correction nécessaire d'un optimisme porté ces derniers mois par un euro plus faible et par la vague de réformes outre-Rhin. Ce contexte a peut-être poussé les investisseurs à un excès de joie. Car, comme le souligne Andreas Rees, économiste chez HVB, il existe "un fossé entre ces attentes et la situation actuelle". Et Rainer Guntermann, économiste chez Dresdner Kleinwort, d'ajouter: "rien n'a changé concernant le scénario de la reprise, si ce n'est qu'elle devrait être bien moins vigoureuse". Il faudra certes attendre l'indice Ifo la semaine prochaine pour savoir si ce retour au calme a des conséquences sur les perspectives des entreprises. Mais, d'ores et déjà, ce léger recul ramène à la réalité les économies européennes et les met face à leur incapacité à créer elles-mêmes de la croissance. Nul doute que Gerhard Schröder appuiera sur ce point pour faire passer son train de réformes auprès de son parti, du Bundestag et de l'opinion publique allemande.

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