L'économie du terrorisme

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Jusqu'à présent, le verdict des chiffres est à la fois cynique et rassurant. Globalement, les attentats du 11 septembre 2001 ont peu coûté à l'économie mondiale en général et à l'économie américaine en particulier. La première économie mondiale s'est contractée de 0,3% au troisième trimestre 2001, mais elle avait régressé de 1,6% au cours des trois mois précédents. Les indices S&P et Nasdaq ont chuté respectivement de 7% et 9,9% le jour de la reprise des cotations mais ils avaient perdu 28,5% et 66,9% depuis leur sommet. L'Amérique est entrée en récession dès mars 2001. La tragédie du 11 septembre n'a que marginalement accentué cet état de fait (Robert Shapiro, de la Brookings Institution, en évaluait récemment l'impact à 0,05% du PIB). Elle n'a pas empêché la reprise qui se confirme de manière spectaculaire cette année.La "facture" du 11 septembre pour les seuls Etats-Unis a été évaluée à quelque 120 milliards de dollars. Il faut y ajouter une quinzaine de milliards de soutien aux compagnies aériennes et surtout, la forte inflation en matière de défense et de sécurité. Le seul Pentagone réclame pour 2004 une enveloppe de 400 milliards de dollars... hors Irak et Afghanistan, pour lesquels une enveloppe de 87 milliards vient d'être débloquée par le Congrès. Mais à l'échelle d'une économie de 10.000 milliards de dollars, ces chiffres, s'ils demeurent importants, méritent d'être relativisés.En outre, les baisses d'impôts voulues par George W. Bush auraient peut-être été plus difficiles à arracher aux parlementaires de Capitol Hill si la nécessité de soutenir l'activité au lendemain des attaques terroristes n'avait été présente. Leur effet continue d'être marquant, tant sur le revenu des ménages - chacun d'entre eux recevra en moyenne un chèque de 2.700 dollars du Trésor américain l'an prochain - que sur le creusement du déficit fédéral - qui court allègrement vers les 500 milliards de dollars. Mais là encore, la tragédie du 11 septembre a accentué une évolution plus qu'elle ne l'a générée.Pour autant, l'inquiétude des marchés n'est pas sans fondement. Si l'Amérique s'est remise de manière spectaculaire d'une agression aussi meurtrière, il en irait tout autant d'attaques à répétition. Israël, la Colombie, ou encore l'Irlande du Nord sont autant d'exemples témoignant de la difficulté de faire coexister une économie dynamique avec des actions terroristes récurrentes - la Banque d'Israël évalue le coût de l'intifada à 4% du PIB, le revenu colombien par habitant correspond à 45% de la moyenne latino-américaine, l'Irlande du Nord demeure la région la plus pauvre du Royaume Uni... On peut ainsi redouter que chaque nouvelle attaque ne produise un effet exponentiel. C'est - malheureusement - une réalité qui ne peut échapper aux terroristes.

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