"L'industrie pétrolière est en haut de cycle"

latribune.fr : Quel est votre scénario concernant le prix du pétrole à moyen terme ? Aymeric de Villaret : Nous considérons que le prix du brut devrait rester à un niveau assez élevé. En 2004, nous nous attendons à un prix moyen de 24 dollars le baril. Nous pensons en effet que l'Opep pourrait encore abaisser ses quotas de production lors de la réunion du 4 décembre si, évidemment, les niveaux de prix actuels s'affaissent un peu courant novembre. Cette baisse des quotas serait effective dès le 1er janvier. Bien sûr, ce scénario ne tient pas compte d'éléments exceptionnels comme un hiver rigoureux. Or, ces derniers mois, les éléments exceptionnels (guerre en Irak, troubles au Nigeria, grève au Venezuela) ont été nombreux. Quelles sont les perspectives pour les autres éléments importants pesant sur les compagnies pétrolières européennes, comme le dollar ou les marges de raffinage ?Concernant le dollar, nos économistes s'attendent à une poursuite de la baisse durant l'année 2004. Sur le plan des marges de raffinage, nous restons confiants jusqu'à la fin de l'année. Elles devraient rester à un niveau élevé.Dans ce contexte, doit-on s'attendre à de bons résultats pour les deux derniers trimestres de 2003 ?Les résultats du troisième trimestre seront bons par rapport à l'an passé, mais en termes séquentiels, ils seront moins satisfaisants. Cette faiblesse s'expliquera par de moindres marges dans la distribution et un recul de l'activité pétrochimique. Reste que, dans la perspective d'un prix du pétrole plus bas durant l'année 2004, nous pensons que l'industrie pétrolière est actuellement en haut de cycle. Le secteur est-il correctement valorisé ? Il convient de faire une distinction entre la valorisation et le potentiel du secteur. Actuellement, il est vrai que le secteur valorise un baril aux alentours de 20 dollars. Mais ce n'est pas une raison pour être à l'achat sur le secteur car le momentum n'est pas positif puisque nous sommes en haut de cycle. De plus, son béta reste inférieur à 1. En résumé, le secteur n'est certes pas cher, mais il ne dispose pas d'un potentiel de surpondération du marché. Quelles sont vos valeurs préférées dans le secteur ? Nous ne sommes positifs que sur une valeur, Total. Le groupe français a en effet la meilleure visibilité et le meilleur rapport croissance-rentabilité. Les autres valeurs sont moins convaincantes. Concernant BP, tout dépendra des modalités de son alliance avec le russe TNK. Quant à Statoil, le management ayant démissionné, l'incertitude est complète sur la stratégie d'internationalisation jusqu'ici affichée. Shell, enfin, a réalisé beaucoup d'acquisitions et doit désormais les digérer. A l'exception du groupe français, aucune valeur ne se détache donc clairement pour le moment. Quel mode de valorisation adoptez-vous pour les compagnies pétrolières ?Le plus significatif, à notre avis, est le rapport entre le cash-flow disponible et la valeur d'entreprise (capitalisation plus dettes). Les compagnies ont en effet besoin de cash pour investir. Dans cette perspective, Total ne présente d'ailleurs pas de décote notable par rapport aux majors du secteur.Que cherche SCH dans sa bataille contre Total autour de Cepsa ? La banque espagnole veut forcer Total à racheter l'intégralité du capital de Cepsa à un prix supérieur au prix de revient de sa participation, qui est de 18 euros par action. La bataille est désormais juridique et il est difficile d'y voir clair, mais l'intérêt de Total est de ne rien faire et de se contenter de rester sur la défensive. Cette affaire peut-elle peser sur le cours du groupe français ? Une telle incertitude n'est jamais bonne. La direction de Total a été surprise, elle l'a elle-même reconnu, mais sa réaction me semble appropriée. L'important reste que le groupe français ne fasse pas d'OPA car un rachat trop élevé de Cepsa casserait leur rentabilité. La présence en Russie des compagnies pétrolières est-elle un élément déterminant pour l'avenir ? Où est le pétrole ? Si on fait abstraction du Moyen-Orient, il est en Russie. Il est donc important pour les sociétés du secteur d'y être présentes. Reste à savoir comment cette présence doit prendre corps. BP a fait le choix d'investir directement dans une compagnie locale. D'autres préfèrent négocier des contrats directement sur place. L'avenir dira quelle est la bonne réponse.

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