La Hongrie repousse à plus tard l'adoption de l'euro

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Alors qu'elle doit rejoindre l'Union européenne en mai prochain, la Hongrie devrait reporter la date prévue de son adhésion à la zone euro. Jeudi, le nouveau ministre des Finances Tibor Draskovics, nommé la veille en remplacement de Csaba Laszlo démissionnaire, a annoncé qu'il allait "revoir l'agenda de l'intégration [de la Hongrie] à la zone euro". Le président de la Banque centrale hongroise, Peter Akos Bod, a par ailleurs confirmé que cette déclaration signifiait de facto un report de la date de demande d'adhésion à l'Euroland. Jusqu'à maintenant, la Hongrie prévoyait d'adopter l'euro en 2008. C'est la première fois qu'un des nouveaux entrants dans l'Union européenne revoit son calendrier concernant l'euro. Cette décision est le résultat du déficit public énorme qui grève les finances du pays depuis plusieurs années. En 2003, le budget de l'Etat hongrois a ainsi affiché un déficit représentant 5,6% du PIB. C'est certes beaucoup mieux qu'en 2002, où le déficit avait atteint 9,2% du PIB, mais c'est moins bien que l'objectif de 5,2% fixé par le gouvernement. Du coup, le Premier ministre a voulu faire un exemple en révoquant Csaba Laszlo et en nommant Tibor Draskovics. La nomination de ce dernier est en effet un message lancé aux investisseurs étrangers et à Bruxelles. L'homme, âgé de 49 ans, est un "technicien" de la finance qui est connu pour sa vision "orthodoxe" de la politique budgétaire. Citée par l'AFP, l'économiste de GKI, Miklos Hegedus, considère que cette nomination signifie "une politique financière et budgétaire plus stricte". Tibor Draskovics devrait entrer en fonction le 15 février prochain. Son but sera simple : ramener le déficit public à 3,8% du PIB en 2004 et à 2,8% en 2005. Une tâche ardue, car l'économie hongroise ne présente pas une image des plus réjouissantes. La croissance a ralenti en 2003, notamment en raison de la faiblesse de l'économie de l'Union européenne. Elle ne devrait pas dépasser 3% en 2003 (après 3,3% en 2002). Selon Morgan Stanley, elle devrait être de 2,7%, dépassant ainsi la République Tchèque (2,4%), mais se situant derrière la Pologne (3,5%) et la Slovaquie (4%). Mais si le retour de la croissance est une clé importante pour la baisse du déficit, le curseur sera bien difficile à trouver pour Tibor Draskovics. Car en Hongrie, le taux d'inflation demeure très élevé (4,6% attendu par Morgan Stanley pour 2003), bien au-delà des chiffres enregistrés en République Tchèque (0,1%) et en Pologne (0,9%). Les taux d'intérêt devront donc rester élevés, alors qu'ils ont déjà nettement plus haut que dans les autres pays "entrants". La banque centrale hongroise affiche en effet un taux de base à 12,5%. Un taux qui est supérieur de 650 points de base à celui de la Slovaquie, de 720 points de base à celui de la Pologne, et de 1.050 points de base à celui de la République Tchèque dont le taux est équivalent à celui de la BCE. Ces taux élevés visent à réduire l'inflation en faisant monter le forint, la monnaie hongroise, face à l'euro. Mais en vain. En un an, le forint a perdu près de 13% de sa valeur face à l'euro et, malgré la nomination de Tibor Draskovics, il reculait encore de plus de 0,5% jeudi face à la pièce bicolore. Selon un stratégiste de la Bank of America, Callum Henderson, les investisseurs "attendent que la politique économique du gouvernement se traduise concrètement" avant d'acheter du forint. Il est vrai que le plus gros du travail reste à faire pour le nouveau ministre des Finances, notamment la réforme cruciale du système de santé. Le tout dans un climat de moins en moins favorable, compte tenu des prochaines élections législatives prévues pour 2006.

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