Logique industrielle contre logique budgétaire

En 2002, le précédent locataire de Bercy, Francis Mer, avait en effet piloté avec une certaine habileté le sauvetage de l'opérateur public, au bord du gouffre, croulant sous plus de 70 milliards d'euros de dettes. Du remplacement de Michel Bon par Thierry Breton au poste de président de l'entreprise jusqu'à l'augmentation de capital, le ministre s'était particulièrement impliqué.Avec le changement de statut de l'opérateur voté au parlement fin 2003, Francis Mer avait ensuite ouvert la voie à sa privatisation, comme le lui réclamait Thierry Breton. Mais la levée de ce verrou avait été accompagnée d'une précaution toute politique, ayant sans doute fait l'objet d'un "deal" entre le patron de Bercy et celui de France Télécom : cette privatisation n'interviendrait que si un projet industriel la justifiant était proposé. En d'autres termes, contrairement à ce que Francis Mer avait bien négocié en cédant opportunément à bon prix des actions de Renault et du Crédit Lyonnais, France Télécom ne serait pas soumis à une logique patrimoniale pure. Et quoi qu'il ait pu en "coûter" aux caisses exsangues de l'Etat, ce "deal" tient, vaille que vaille, la distance. Mais pour combien de temps encore ?Certes, outre la bénédiction de Francis Mer, il a sans aucun doute reçu aussi l'assentiment de Jean-Pierre Raffarin dont Thierry Breton est proche. Mais si le Premier ministre est resté en place, la nouvelle donne politique pourrait ne plus rien garantir. Et les promesses d'hier ne plus être tenues demain. Avec Nicolas Sarkozy, arrive en effet à Bercy un poids lourd à qui les deux têtes de l'exécutif ne pourront toujours dire non. D'autant que ses marges de manoeuvres financières sont pour le moins réduites. Or, mettre rapidement sur le marché des actions France Télécom serait un bon moyen de faire rentrer de l'argent dans les caisses. La Norvège vient ainsi de céder 10% de ses parts dans son opérateur public Telenor. Mais procéder de la sorte, ce serait faire bien peu de cas de cette fameuse stratégie industrielle qui est, de plus, censée aider à faire passer en interne la pilule de la poursuite du désengagement de l'Etat. Pour contrer ceux qui plaideraient pour une mise en Bourse d'actions FT, Thierry Breton ne devrait en outre pas manquer d'expliquer à sa nouvelle tutelle tout l'intérêt qu'il y a à attendre. Avec l'Etat encore majoritaire, l'opérateur ne peut en effet envisager que des opérations en position de force - rachat d'un concurrent ou à la rigueur fusion entre égaux - puisqu'il n'est en aucun cas opéable. Une logique assurément pertinente, mais qui dépend aussi, comme l'essentiel des dossiers du nouveau gouvernement, de la difficulté de l'équation budgétaire...

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