OPA, offre publiquement autorisée

Intérêt national : un noble concept de science politique, qui peut paraître déplacé, voire choquant dans la sphère économique et surtout financière. La politique ne se fait pas à la corbeille, mais la corbeille doit-elle souffrir de la politique? En invoquant "l'intérêt national" pour exprimer sa "vigilance" à l'égard des mouvements en cours dans la pharmacie, et en affichant sa préférence pour "la construction d'un grand groupe pharmaceutique européen marqué par les relations franco-allemandes" jugée "stratégique pour la France", Jean-Pierre Raffarin a choqué et suscité une levée de boucliers. Chacun y a vu une mise en garde à peine voilée à l'adresse du suisse Novartis, qui envisage de jouer le chevalier blanc d'Aventis, labo franco-allemand basé à Strasbourg, assiégé par le français Sanofi-Synthélabo. Un chevalier blanc? Le Premier ministre ne voit l'avenir d'Aventis qu'en tricolore. Et parce que le chevalier ne porte pas la casaque bleue constellée d'étoiles qui lui sied, attention, Matignon voit rouge. Avec un certain opportunisme, le Premier Ministre argua de la menace terroriste, notamment "bio-terroriste", pour légitimer un discours protectionniste : il faut garder sous pavillon français les spécialistes des vaccins que sont Pasteur et Mérieux, filiales d'Aventis. Certes, la Confédération Helvétique ne fait pas partie de l'Union européenne. Mais Novartis se montra froissé et ne manqua pas de glisser que son siège de Bâle se situe à 300 mètres de la frontière française! Le Medef est immédiatement monté au créneau. Le cabinet de conseil de vote aux actionnaires Deminor y est allé de son couplet indigné. Et vendredi, le comité des actionnaires d'Aventis s'est étonné des "interférences" du Premier ministre, lequel n'a évoqué "ni l'intérêt des entreprises, ni celui de leurs salariés, ni celui de leurs actionnaires". Aventis se défend bec et ongles contre l'offre de Sanofi, les syndicats redoutent une casse sociale sévère en France et outre-Rhin. Ladite casse serait lourde aussi dans le cas d'un rapprochement Novartis-Aventis, mais sans doute moindre dans les deux pays où les "doublons" sont par nature plus limités qu'entre le Français et le Franco-Allemand. Quant aux actionnaires, à valoriser toujours Aventis plus que le prix offert par Sanofi, ils envoient un message clair à ce dernier : imprimatur de l'Etat ou pas, si vous voulez croquer Aventis, votre offre, il faudra l'augmenter.

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