Paradoxes chiraquiens

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Jacques Chirac est confronté depuis dimanche soir à une multitude de paradoxes. Il a perdu mais l'opposition n'a pas gagné - pas avec 55% des sympathisants socialistes, sinon davantage, votant "non". Il est massivement désavoué par les Français, mais sa base électorale ne l'a pas abandonné, bien au contraire - dans le camp de l'UMP, de l'UDF ou parmi les divers droite, de six à huit électeurs sur dix ont opté pour le "oui". Mais si l'électorat de la droite modérée l'a très largement soutenu, il n'a en rien exprimé ce faisant un soutien franc et massif à la politique conduite par le gouvernement mené par Jean-Pierre Raffarin.Une fois ces quelques constats dressés, la réponse s'impose, en deux temps. Il faut un nouveau gouvernement. Ce sera fait dès aujourd'hui. Et une nouvelle politique économique. Mais laquelle ? Le moins que l'on puisse dire est qu'elle est difficile à imaginer.Aujourd'hui, le nouveau Premier ministre va décréter une "mobilisation générale" pour l'emploi. Inévitable quand 79% des chômeurs ont voté "non", tout comme 71% des intérimaires et 69% des titulaires d'un CDD. Il lui faudra sans doute aussi rassurer le secteur public (64% de "non"). Incarner les revendications des jeunes, des ruraux, des revenus modestes, qui ont majoritairement rejeté le projet de constitution jugé trop "libéral" et perméable aux effets néfastes de la mondialisation.Ramené à sa plus simple expression, le choix auquel est confronté le président de la République s'apparente à un véritable dilemme. Donner un coup de barre à gauche pourrait être le moyen de donner des gages aux partisans du "non", mais soulève deux difficultés. La première est d'ordre politique : Jacques Chirac n'a aucune chance de conquérir, voire d'amadouer l'électorat de gauche ; en revanche, le risque de s'aliéner une base électorale qui lui est restée fidèle est réel. La seconde difficulté est économique : avec 4% de déficit public, plus de 1000 milliards d'euros de dette, la France n'a pas les moyens de subventionner des emplois, et les recettes attendues des privatisations programmées de GDF, EDF ou Areva lui sont nécessaires.Faudrait-il, à l'inverse, s'en remettre aux principes de l'économie de marché pour rendre plus flexible le marché de l'emploi, lever les obstacles à l'embauche ou aux licenciements et maintenir les privatisations ? Cette alternative ne serait pas viable politiquement et serait au contraire perçue comme une véritable provocation."L'impulsion nouvelle et forte" promise dimanche soir par Jacques Chirac s'apparente dès lors à la quadrature du cercle. On lui souhaite bien du courage...

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