Chirac se convertit à Davos

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Le président de la République ne s'est jamais rendu à Davos. Pas plus,d'ailleurs, que ses prédécesseurs. Mais, plus que les autres, il a semblé mettre un point d'honneur à bouder le rendez-vous annuel du gotha des affaires, de l'économie et des médias. Pas pour lui, ce "sommet des riches"... On peut trouver plusieurs justifications à ce rejet. La très forte présence - pour ne pas dire la domination - américaine à Davos a pu l'amener à conclure que le discours français serait accueilli, au mieux, avec scepticisme. L'impact dans l'opinion publique d'une visite en forme d'allégeance aux plus puissants patrons de la planète a sans doute pesé lourd dans la décision non seulement de ne pas faire le déplacement, mais aussi de décourager fermement la plupart des ministres souhaitant le faire en son nom.Alors, pourquoi accepter le voyage de Davos en 2005? Deux raisons viennent à l'esprit. La première relève de la pure spéculation: peut-être Jacques Chirac a-t-il modifié son jugement de l'événement. Il avait tout de même pris soin l'an dernier d'envoyer au Forum un proche collaborateur, Frédéric Lemoine, alors secrétaire général adjoint de l'Elysée en charge des questions économiques. Cet inspecteur des Finances est parti, depuis, "pantoufler dans le privé". Mais il n'est pas impossible qu'il ait quitté Davos l'an dernier partageant une opinion largement répandue: non seulement la parole européenne a manqué, mais elle a été ardemment souhaitée par de nombreux participants. Ce message a peut-être été transmis au "patron".La seconde raison est sans aucun doute plus décisive. Jacques Chirac tient à promouvoir l'initiative française en matière de financement du développement. Depuis que le rapport Landau lui a été remis le 14 septembre dernier, le président de la République a fait sienne l'idée d'une taxe internationale. Celle-ci pourrait rapporter 20 des 50 milliards de dollars annuels nécessaire pour atteindre l'objectif du millénaire fixé par l'ONU: réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes (1,2 milliard actuellement) vivant avec moins d'un dollar par jour.Le président français a sans doute été d'autant plus désireux de s'exprimer qu'il coupera - de quelques heures à peine - l'herbe sous le pied de Tony Blair. Le Premier ministre de Sa Majesté a fait de la lutte contre la pauvreté l'un des principaux objectifs de son semestre en tant que président du G7. Son ministre des Finances (et rival acharné sur le front politique intérieur) Gordon Brown rentre tout juste d'une tournée en Afrique.Il reste à démontrer - ce que l'on ne peut qu'ardemment souhaiter - que cette compétition tous azimuts finira par déboucher sur des initiatives concrètes et spectaculaires en faveur des pays les plus pauvres.

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