L'urgence pour l'Allemagne, c'est la résorption du chômage

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La Tribune : L'Union européenne n'arrive pas à se donner un nouveau souffle. Les tensions entre les dirigeants, comme on l'a vu ce week end, sont de plus en plus fortes. Une évolution qui préoccupe un réassureur ?Nikolaus von Bomhard : l'Union européenne a déjà été sonnée cette année par les rejets de la Constitution européenne en France et aux Pays Bas. Les électeurs sont lassés au vu des problèmes qui ne font que croître. Le débat aujourd'hui sur le budget est un nouveau pavé dans la marre, qui ne risque guère de réconcilier les citoyens avec l'Europe. C'est dommage. Les hommes politiques doivent trouver une nouvelle vision qui redynamise le processus d'intégration. C'est certainement un problème de génération. Au moment de la création de l'Europe, la population avait vécu de près ou de loin la guerre ou au moins leurs parents, et ils leur en parlaient régulièrement, ce qui a changé dans la génération suivante. J'étais en France juste après le référendum et j'avoue que je n'avais jamais vu les Français aussi déprimés. On n'a fait que parler de cela, alors que j'étais venu évidemment pour parler de réassurance. Voilà presque un mois qu'Angela Merkel a été élue chancelière. Vous l'avez rencontrée la semaine dernière. Quelles sont vos premières impressions ?Je pense que la chancelière a bien pris conscience de l'urgence des problèmes à régler au vu de la situation actuelle et qu'elle a bien l'intention de tenter de les résoudre.Quels sont à votre avis les dossiers les plus urgents ?Il y a trois domaines, la politique de l'emploi d'abord et les premières mesures ont déjà été définies, la politique fiscale qui va être abordée dans un deuxième temps, et la réforme du financement des systèmes de santé, point clé qui divise encore les deux grands partis mais à laquelle elle veut se consacrer dans la première moitié de 2006. C'est évidement pour nous le dossier essentiel. L'important est qu'il y ait une discussion objective, de manière à assurer la pérennité du système compte tenu de notre problème démographique. Aujourd'hui nous n'avons pas assez de cotisants, ni assez de contribuables.Que préconisez-vous ?Il est évident qu'il faut développer la responsabilité individuelle et introduire pas par pas un peu plus de couverture par capitalisation. Pas totalement. Mais en partie. Le gouvernement sait bien qu'il n'a pas d'autre alternative. Il faut changer le système. Je pense en tout cas que le projet d'assurance citoyenne sur la santé à laquelle chacun participe selon ses revenus, y compris ceux du capital (ndlr : proposé par le SPD) serait une erreur fatale. On ferait rentrer une clientèle d'un certain âge aujourd'hui assurées privées qui pèseraient forcément sur le système d'ici quelques années. Ne pensez-vous pas qu'il serait nécessaire d'aboutir à une convergence des systèmes européens ?Pourquoi ? Je pense que le système allemand qui met en concurrence des assurances publiques et des assurances privées est un très bon système. Ce serait dommage de supprimer cette concurrence. Mais il faut le réformer. Prenez les USA et la Suisse, ils ont un système au final beaucoup plus cher que le nôtre.L'Allemagne est dirigée par une chancelière est-allemande. Le SPD est également présidé par un est-allemand. UN hasard ou un symbole des difficultés de la vieille Allemagne à se rénover ? On ne peut pas styliser les problèmes en se fixant sur l'origine des dirigeants actuels. Mais il est clair que le système tel qu'il a fonctionné jusqu'à présent ne peut plus marcher. Il a été conçu à une période où les rapports de force étaient autres. L'Allemagne n'a plus l'énorme avantage économique dont elle jouissait jusqu'à la fin des années soixante dix et qui lui a permis de redistribuer les bénéfices. Elle n'a plus la marge de manoeuvre dont elle a pu disposer à une certaine époque. Il faut donc recalibrer le système.Ce qui veut dire au final repousser de plus en plus la responsabilité sur l'individu, ce qui correspond à une baisse du niveau de vie ?Nous ne pouvons plus repousser indéfiniment les problèmes qui nous attendent. De la même manière qu'un chef d'entreprise, même s'il termine une excellente année, doit prendre les décisions nécessaires pour assurer l'avenir de son groupe. La difficulté est de faire comprendre aux gens l'urgence et la nécessité des changements à imposer. Nous nous plaignons régulièrement de la pauvreté qui frappe l'Allemagne. Mais voyons les choses en face, même en moyenne on vit très bien. C'est l'Etat en revanche qui est pauvre.L'Allemagne, par rapport aux autres pays, impose finalement faiblement le patrimoine et les successions. Ne pensez-vous pas que cela serait un levier à exploiter ?Ce type d'impôts est dangereux. D'autant plus qu'aujourd'hui que le capital est très mobile. Economiquement, ce serait une erreur car vous pourriez certes faire vite rentrer de l'argent. De l'autre côté, vous freineriez l'entrée de capitaux étrangers. Sans compter les énormes frais d'administration.Quelle alternative proposez-vous ?La clé de nos problèmes réside clairement dans la résorption du chômage. Cela réduirait la charge sur les systèmes sociaux et donnerait de l'élan à la consommation. Ce qui passe à mon avis par un salaire combiné avec une prime de soutien, de manière à pousser ceux qui sont peu qualifiés à reprendre un emploi, quitte à accepter un salaire moindre. Il faut aussi encourager la mobilité.Encourager la mobilité, avez-vous dit. Votre voisin Allianz va se transformer en société européenne. Certains de vos concurrents profitent de leur siège aux Bermudes. Vous réalisez l'essentiel de vos activités de réassurance à l'étranger. Allez vous rester à Munich ?Nous pourrions gérer nos activités dans la réassurance de n'importe quel endroit dans le monde. Mais vous avez également besoin d'avoir un accès à des ressources humaines de qualité. Et Munich pour cela est un emplacement exceptionnel. Nous souffrons évidemment de certains inconvénients liés à la législation comme la fiscalité. Nous devons être du coup d'autant plus efficaces, pour compenser ces déficiences. C'est aussi une question d'image. Les Bermudes bénéficient d'avantages qui faussent la concurrence. Mais nous avons une image de solidité liée à notre histoire et à notre siège qui est aussi part de notre réussite et que nous ne pouvons pas mettre en danger.Certains analystes, et notamment les agences de notation, vous reprochent toujours de jouer les deux tableaux, réassurance et assurance directe. Y tenez vous toujours ?Bien évidemment. Il est exclu d'y renoncer. Cela nous apporte - sans compter les avantages de la diversification - un savoir faire qui nous permet d'être un interlocuteur privilégié de certains partenaires. A Abu Dhabi notamment nous sommes en train, de mettre en place avec le gouvernement un système d'assurance santé. Grâce à notre expertise. En Chine également, sommes entrés dans ce marché en fondant une société avec le groupe d'assurance chinois le plus important. Même si cela vous empêche d'obtenir la notation AA ?Compte tenu de notre position de leader dans la réassurance, nous voulons récupérer une notation AA qui nous est dû. Mais pas à n'importe quel prix. Il est hors de question que nous changions notre stratégie et notre modèle. Et vous acceptez que certains de vos concurrents soient mieux notés alors que vous êtes persuadez que vous êtes les meilleurs et que au vu de vos résultats, vous auriez droit à une meilleure notation?Cela est douloureux à accepter. Mais que faire ? Vous pouvez être sûr que nous connaissons très bien nos concurrents. Ce n'est pas cependant dans notre style de dénoncer leurs faiblesses. Certains le font. Pas nous.Au fait maintenant que la Swiss Re va racheter l'activité de réassurance de GE, vous n'êtes plus le leader...après 125 ans de domination...Nous sommes toujours au sommet de la liste. Tout dépend évidemment des critères que vous choisissez. Total des primes, rentabilité,... Sur ce dernier critère cette année, nous serons nettement le meilleur. Mais vous savez notre stratégie n'est pas d'être le plus gros en terme de chiffre d'affaires. La qualité prévaut. Et la réputation. Et pour nos clients, nous ne sommes que deux ou trois à jouer en première classe.La filiale de GE ne vous intéressait pas ?On nous a proposé le dossier. Comme tout ce qui se passe sur le marché. Mais nous ne cherchons pas à racheter un concurrent. Nous sommes intéressés éventuellement par des portefeuilles d'activités. Pas par une entreprise en totalité.Ni Scor ?Non. Nous avons trop d'activités qui se recoupent. Si nous rachetions Scor, nous risquerions de perdre des clients qui préféreraient étaler leurs risques. Quel intérêt ? Nous serions intéressés en revanche par certaines parties de son portefeuille. Mais je ne pense pas que son propriétaire soit prêt à nous céder seulement les appartements qui nous intéresse.Nous venons de vivre deux années de suite perturbées par de graves catastrophes naturelles aux Etats-Unis et au japon. Est-ce la conséquence du réchauffement de la terre ?C'est indubitablement lié aux changements climatiques. S'y ajoutent les cycles naturels des températures. Nous nous trouvons actuellement dans une période chaude sur l'Atlantique Nord, ce qui conduit forcément à une recrudescence des cyclones. Nous sommes actuellement dans le premier tiers de ce cycle qui dure habituellement 20 à 30 ans. Nous devons donc adaptés en conséquence notre politique et notre stratégie. Vous venez d'être élu au conseil d'administration d'Unicredit qui vient d'avaler l'HypoVereinsbank (HVB). Cette opération signe t-elle la mort définitive de la Deutschland AG, ce système capitalistique né après la Seconde Guerre qui liait étroitement les mondes financier et industriel par un enchevêtrement de participations croisées?Vous savez, cela fait presque deux ans que je dirige ce groupe et jamais je n'ai ressenti cette Deutschland AG dont vous parlez. Ce qui est sûr c'est que cette opération pour nous est le point final de notre politique de restructuration de notre portefeuille de risques.Pourquoi le management d'HVB s'est il jeté dans les bras d'une banque italienne. Parce qu'il savait que la banque était trop fragile pour avoir une chance seule? Ou a t-il fait une erreur en se donnant à bon marché alors qu'il commence à relever la tête ?Nous sommes d'avis qu'il est mieux pour HVB dans la situation actuelle de s'être adossée à un partenaire fort. Sa marge de manoeuvre était trop limitée. Son niveau de rentabilité est trop faible et si la conjoncture ne repartait pas dans les deux ans, voire si un imprévu du type du 11 septembre intervenait, sa situation aurait pu devenir très délicate. Ce qui l'aurait placé dans une situation périlleuse. Elle n'avait pas les moyens de surcroît d'être un acteur dans le mouvement de concentration qui affecte le marché bancaire européen.Maintenant que vous êtes un acteur de référence d'Unicredit, allez vous également sur le terrain devenir partenaire ?C'est un sujet de réflexion évidemment. Unicredit est présent sur de nombreux marchés où nous ne sommes pas, notamment dans les pays d'Europe de l'Est, ce qui pourrait représenter pour nous un canal de distribution intéressant. Mais j'ai toujours dit que ce n'était pas mon intention de scier des accords qu'il peut avoir avec des concurrents. Comme avec Allianz en Italie ?C'est à Unicredit de décider.Et en France, comment comptez vous vous renforcer ?C'est un marché difficile. Et il n'est pas question de chercher à gagner des parts de marché pour faire du volume si les prix ne permettent pas de couverture suffisante. Dans la responsabilité civile pour l'assurance automobile par exemple, nous assistons à une augmentation extrêmement forte des indemnisations pour des dommages corporels graves. Ceci est dû à l'évolution de la juridiction et cela nous pose de réels problèmes. Pas question donc pour nous de souscrire à n'importe quel prix. Nous avons de la patience. S'il faut attendre, nous attendrons.L'assurance est un métier un peu aride. Quand on vous entend parler, on a l'impression que c'est un secteur palpitant. Qu'est ce qui vous fascine au final ?Quand on travaille dans ce secteur, on se rend compte rapidement qu'on est amené à couvrir des sujets très vastes. Dans la Micro-économie, la macro-économie, la politique, le climat, même dans la culture, l'assurance a sa part à jouer. Dans tous ces domaines où la matière est dense, il faut être au courant de tout de manière à être en mesure de prendre les bonnes décisions. C'est clairement un défi intellectuel.

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