Havas : on refait le match ?

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Pauvres petits actionnaires d'Havas... L'interminable assemblée générale du 9 juin, tant attendue, aura mis leurs nerfs à rude épreuve. Certains, excédés par les deux suspensions de séance qui ont prolongé au-delà de 15 heures la réunion commencée à 10 heures, piaffaient d'impatience aux portes de la salle de cocktail de la Maison de la Chimie, désespérément closes, réclamant légitimement de quoi se désaltérer et se sustenter. D'autres ne décoléraient pas d'assister au match entre le PDG Alain de Pouzilhac et le premier actionnaire, Vincent Bolloré, à la tête de 20,4% du capital, depuis une salle annexe, faute de place dans le grand auditorium, bondé malgré ses 1000 places. D'autres encore, notamment chez les plus fidèles ou les salariés du groupe publicitaire, étaient sincèrement attristés, voire atterrés, de l'issue du vote: Bolloré a remporté les quatre sièges d'administrateurs qu'il réclamait et que le conseil lui refusait. Une victoire par KO debout, à la régulière, arbitrée par les actionnaires. Las, la victoire de la démocratie actionnariale saluée par tous est apparue vendredi entachée de quelques soupçons, non d'irrégularités, mais de mensonge par omission. Si juridiquement Vincent Bolloré n'était point tenu de révéler dès jeudi son action de concert signée le matin même de l'AG avec le deuxième actionnaire, l'homme d'affaires norvégien Alexander Vik, le dogme de la transparence, pilier de la bonne gouvernance dont il se réclame, aurait imposé que les actionnaires puissent voter en connaissance de cause. D'autant plus que Vik, détenteur de près de 5% du capital, n'avait jamais dévoilé ses intentions. Jacques Séguéla, le patron de la création chez Havas, avait présenté en secret Vik à Alain de Pouzilhac: un "vieil ami" entré au capital pour le soutenir. Promesse en fut faite mais non tenue. Ce revirement de dernière minute et la réélection triomphale de Séguéla au conseil jeudi, avec 87% des voix dont celles de Bolloré fatalement, ont éveillé le doute: cet actionnaire mystère était-il le loup dans la bergerie? Aucun des dirigeants n'a voulu s'exprimer sur le sujet jusqu'alors. Le match n'est certainement pas fini, puisqu'il se murmure que le PDG, loin d'être démissionnaire, préparerait déjà la belle. Les petits actionnaires, eux, n'en sont pas sortis vraiment gagnants. Dupés par une victoire en trompe-l'oeil jeudi, ils ne pourront qu'assister à distance aux futurs échanges des deux joueurs. En quatre ans, ils ont vu le cours d'Havas divisé par trois. Depuis l'arrivée de Vincent Bolloré en juillet dernier, l'action a certes gagné près de 10%, mais elle vient de perdre 4% en deux séances après l'assemblée. Le marché vend Havas et on se demande si le public tremble par empathie ou boude par cynisme. Certains courtiers ont dégradé leur opinion sur la valeur par crainte de l'instabilité, des départs de créatifs maison ou de pertes de clients en cas de démission du PDG. Mais bon nombre d'analystes ont tout simplement considéré que la victoire de Bolloré retirait tout attrait spéculatif au dossier. C'était avant la révélation de l'action de concert. La partie ne fait peut-être que commencer.

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