Le numérique secoue le marché de la photo

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Après des débuts fulgurants, le succès de la photographie numérique ne fait que se confirmer. En France, ce marché continue de croître fortement en 2005. Environ 4,85 millions d'appareils photos numériques devraient se vendre cette année, soit 21% de plus qu'en 2004, selon le cabinet d'études GFK. Si le nombre d'appareils écoulés sur l'année ralentit, par rapport aux taux de progression des débuts, il se maintient tout de même à un rythme de croissance à deux chiffres. Le marché avait enregistré des progressions considérables avec une hausse de 60% de ventes en 2004. Une année faste qui succédait déjà au taux de croissance exceptionnel de 127% en 2003.L'appétit pour le numérique se propage si bien qu'au 1er trimestre 2005, plus de 30% des foyers français étaient équipés en appareil photo numérique contre 17% en décembre 2004. Les ventes d'appareils numériques sont d'autant plus importantes que les prix baissent. En 2002, le prix moyen d'un appareil numérique était de 536 euros, aujourd'hui il est tombé à 245 euros.Le succès du numérique s'explique en outre par la quantité illimitée de clichés qu'il permet d'obtenir et du travail, de plus en plus sophistiqué, réalisé sur la qualité de l'image. A titre de repère, en 2004 les appareils les plus répandus avaient une résolution de 4 à 5 mega pixels ; d'ici 2009, le standard sera de 9 mega pixels. La qualité argentique semble pour sa part complètement dépassée...Du coup, face à cet engouement pour la technologie numérique, les appareils argentiques font grise mine. Même si 80% des Français possèdent un appareil photo argentique, une infime proportion d'entre eux continue d'en acheter. Ainsi, d'après GFK, les ventes d'appareils argentiques n'ont cessé de baisser depuis 2002, reculant de 29% en 2003, 47% en 2004 et devrait encore baisser de 51% en 2005. Moins de 300.000 unités devraient être écoulées cette année, ce qui correspond seulement à 5% du total des ventes totales d'appareils photo.Les entreprises sous pressionDe fait, les premiers à souffrir du virage numérique sont les entreprises qui ont tardé à s'adapter. Ainsi, avec seulement 40% des tirages numériques imprimés en magasin, l'activité de développement des photos s'essouffle. Le service photo de la Fnac devrait ainsi fermer 18 boutiques avant la fin de l'année et 10 en 2006. Pour les fabricants le bilan est plus lourd... Leica, le fabricant allemand paye actuellement son entrée ratée dans le monde du numérique. Le groupe a perdu depuis 2002, 30% de son chiffre d'affaires qui était de 100 millions d'euros 2004. Même signe de mauvaise santé sur les effectifs, réduits d'un tiers en deux ans. Face à des ressources financières qui s'épuisent, le directoire de Leica est même contrait de lancer une augmentation de capital pour assurer sa survie. Celle-ci est loin d'être garantie aujourd'hui... Coup dur aussi chez Kodak qui parvient toutefois à rester au 4e rang des fabricants derrière Canon, Sony et Olympus. Le groupe, très présent dans le développement de photo argentiques, a été contraint de fermer cinq de ses onze laboratoires français en septembre 2004. Kodak a par ailleurs annoncé un vaste plan de suppressions d'emplois qui pourrait toucher jusqu'à 25.000 personnes, et qui vise à économiser 1,8 milliard de dollars par an. Kodak cherche par ailleurs à se ressaisir en lançant une vague de nouvelles offres sur le numérique. De l'encre au séchage instantané au logiciel qui fait du tirage "un jeu d'enfants", Kodak cherche à rattraper la distance. Mais le groupe souffre de la pression concurrentielle de ses rivals. Pour le japonais Olympus, la baisse de régime est bien présente même si elle ne donne pas lieu à une vague de restructuration. Le chiffre d'affaires sur la branche appareils photos numériques a perdu 21% sur un an. La pression sur les prix a entamé la rentabilité globale et ce, malgré un chiffre d'affaires sur l'ensemble des activités du groupe nippon en progression de 45,4% entre le premier trimestre 2004 et le premier trimestre 2005.Savoir surfer sur la vaguePourtant, certains arrivent à tirer leur épingle du jeu. De son côté, Canon n'a pas eu besoin de plan de restructuration pour rester numéro un du marché. Le groupe a su voguer sur la vague du numérique dès son émergence. Celle-ci lui a permis d'atteindre ses objectifs de bénéfices pour le 1er semestre 2005, alors que le groupe a enregistré une progression de 9,2 % du chiffre d'affaires de sa section photo sur la période, grâce au succès du numérique. Ainsi, la réactivité de Canon lui a aussi permis de maintenir son rang pour les cinq prochaines années.Par ailleurs, parmi les grands gagnants de la photo numérique, on note les "novices" du secteur, prompt à comprendre cette nouvelle tendance. Nouvellement entrés sur le marché de la photographie, les sociétés d'informatique comme Hewlett-Packard (HP) ou Epson se sont en effet emparés du phénomène plus rapidement que les professionnels en place. Ils sont ainsi parvenus à s'inscrire parmi les leaders de la branche. HP s'est fait notamment une place sur le marché de la photo numérique en rachetant Snapfish, le spécialiste de la vente photo sur Internet qui compte 13 millions de membres.Quoi qu'il en soit, le succès de Canon ou encore celui de HP dans ce secteur de pointe est bien la preuve que le virage du numérique profite à ceux qui ont su le prendre à temps, tandis que l'argentique devrait être désormais destiné au marché haut de gamme. Pour sa part, le secteur de la photo numérique semble offrir d'autres opportunités de développement puisqu'il permet aussi aux entreprises de se développer dans les accessoires (cartes mémoire, imprimantes, etc.). Reste à savoir combien de temps va durer ce cycle de croissance pour la photo numérique, alors que l'émergence des téléphones appareils photos de haute qualité pourrait constituer la concurrence de demain.

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