La faillite de Refco, ou quand les banques choisissent de ne pas voir...

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Personne ne lit donc correctement les prospectus fournis par une entreprise qui s'introduit en Bourse? Apparemment non. C'est en tout cas la conclusion que l'on peut tirer de l'affaire Refco. L'un des plus grands courtiers au monde a dû se placer mardi sous la protection du chapitre 11 des faillites américaines et vendre son fleuron, l'entité chargée des transactions sur les produits dérivés. Pourquoi? Parce que le PDG dissimulait des dettes d'au moins 430 millions de dollars - depuis des années. Et pour que ces dettes ne soient pas trop voyantes, il faisait naviguer le prêt dans les livres de comptes...C'est la révélation de cette affaire, et le problème de confiance sur les marchés qui en a résulté, qui ont scellé le sort de Refco. Certes, une place financière n'est jamais à l'abri de malversations. Mais tout de même. Que faisaient les auditeurs chargés de surveiller les comptes de Refco? N'avaient-ils rien remarqué? Ce serait une jeune recrue du service comptabilité qui aurait tiré la sonnette d'alarme il y a quelques jours... En fait, les auditeurs - en l'occurrence le cabinet Grant Thornton - avaient déjà laissé planer un doute. Dans le document préparé en vue de l'introduction en Bourse, en août dernier, Refco déclarait ainsi que Grant Thornton avait identifié deux "déficiences significatives" dans les contrôles internes de l'entreprise: d'une part, le courtier ne consacrait pas assez de temps ni de ressources humaines à la production de documents financiers requis par la SEC, et de l'autre, il n'avait pas de procédures formelles pour la clôture de ses livres chaque trimestre. De tels manquements auraient eu de quoi alerter plus d'un professionnel. Eh bien non! Les banques - Goldman Sachs, Banc of America Securities et Credit Suisse, qui patronnaient l'introduction en Bourse de Refco, ont choisi de ne rien voir - et de ne rien dire. Dans un contexte post-scandales, que ce soit Enron, Arthur Andersen ou WorldCom, on aurait pu espérer un peu plus de rigueur...Que s'est-il donc passé? Les professionnels ont-ils été bluffés par un PDG brillant? Les banques en sont-elles encore à privilégier les juteuses commissions qu'elles reçoivent à l'occasion d'une introduction en Bourse au mépris de l'éthique? Elles n'auraient donc pas évolué depuis l'accord passé avec les autorités sur les conflits d'intérêts qui avaient entaché la réputation de Wall Street il y a quelques années? Incroyable!Quoiqu'il en soit, les acteurs de cette affaire pourraient bien avoir à répondre de leurs actions - et de leur inaction - puisque les poursuites en nom collectif, de la part d'investisseurs grugés, devraient pleuvoir...

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