Multimédia culturel : les éditeurs font de la résistance

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La notoriété du Louvre sur CD-ROM ou la profondeur éditoriale de l'Encyclopédie Universalis n'y font rien: les chiffres de vente des CD-ROM culturels ne sont guère reluisants et le secteur ne fait franchement pas le poids face au jeu sur PC. Alors que, voici cinq ans, le hors jeu s'octroyait la moitié du marché en valeur, il n'en représente désormais plus que 30%. Plus grave, en cinq ans, le volume des ventes de CD-ROM culturels a été divisé par cinq, et le prix moyen d'une encyclopédie par deux, à 50 euros en moyenne. "La faute en revient à l'absence de renouvellement de l'offre et à la faiblesse de la promotion, selon Lionel Jarlan, directeur des achats de micro-informatique de la FNAC qui se défend d'être un fossoyeur de ce marché. Notre enseigne a toujours joué le jeu, encore faut-il disposer d'une offre et d'une promotion crédibles".L'effet de ciseau (développement lourd qui ne peut être délocalisé, distribution peau de chagrin) taille en pièce les acteurs du secteur, qui ne se comptent plus que sur les doigts de la main. L'événement majeur de l'année 2005, la reprise des équipes de marketing d'Hachette Multimédia par la société Emme, prépare un rebond, avec rationalisation de l'offre et investissements de promotion. "Si Hachette garde la maîtrise de son fonds éditorial, ce rapprochement concentre les investissements de développement", constate Eric Kalasz, directeur général adjoint de la société Emme et transfuge d'Hachette Multimédia.Sur le terrain aussi bien commercial qu'éditorial, la résistance s'organise donc pour mieux défendre un enjeu aussi bien éducatif que culturel. "Nous sommes des créateurs de liens dans tous les sens du terme, entre les notions, les concepts, les images et les textes, insiste Denis Fasse, directeur du marketing et de la communication de l'Encyclopédie Universalis. Nous faisons reculer la culture mosaïque qu'Internet comme la télévision contribuent à entretenir. C'est pour cela que nous associons papier (avec l'ouvrage 'Notions' dont nous avons écoulé plus de 6.000 exemplaires), CD-ROM et Internet". "La montée des abonnement Web est de bon augure, confirme Eric Kalasz. Hachette Multimédia fidélise 3.000 abonnés par an avec un forfait de 3 euros par mois".La rationalisation de la politique éditoriale est aussi au coeur d'une stratégie de conquête. Celle de la Réunion des Musées Nationaux est exemplaire. "Après avoir rapproché les services multimédia et audiovisuel pour des développements en commun, nous avons recentré nos gammes, confirme Virginie d'Allens, responsable du département audiovisuel et multimédia. Nous privilégions deux pistes: une nouvelle offre concentrée sur une collection Jeunesse axée sur l'histoire de l'Art, avec un premier titre sur la préhistoire prévu en février 2006, et de beaux produits à l'ergonomie et à la valeur ajoutée incontestables en poursuivant notre collection 'Fac-similés numériques' dont 'Les carnets de Picasso' est le quatrième titre. Nous avons toutes les raisons d'y croire: pour le 'Picasso', nous nous fixions 3.000 exemplaires vendus début 2006, mais quelques semaines seulement après son lancement, nous en sommes déjà à plus de 2.000 exemplaires vendus".Si Emme et ses confrères ne bénéficient que marginalement du réseau captif de la RMN, ils renforcent aussi leurs propres réseaux, que ce soit à l'international pour Emme qui est présent sur la plupart des pays européens et aux Etats-Unis, ou en vente directe avec les équipes de l'Encyclopedia Britannica pour l'Encyclopédie Universalis. Le tout en faisant le pari d'un transfert sur des nouvelles technologies: "2006 sera l'année du développement de contenu sur la téléphonie, annonce Eric Kalasz, si le PC n'est pas devenu un outil grand public (compte tenu de son prix), le téléphone, lui, permet de toucher un vaste public. Et c'est une opportunité pour que nos contenus soient appréciés". Pour les éditeurs, l'heure est donc plus que jamais à la reconquête du public, en collant à ses attentes et à ses usages. Le multimédia culturel n'a pas dit son dernier mot.

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